Retrouver la signification de l’Ascension

John M. Grondelski, traduit par Bernadette Cosyn

jeudi 2 juin 2022

C’est ce jour même la Solemnité de l’Ascension. Je sais que les spécialistes du droit canon ont mis les points sur les i et les barres sur les t pour transférer la célébration au dimanche suivant dans la plupart des états d’Amérique. Mais Jésus est monté aux Cieux le quarantième jour après Pâques, non le quarante-troisième jour.

Alors que les évêques américains falsifient (pardon, « adaptent pastoralement ») la célébration de l’Ascension – ostensiblement sous prétexte d’accompagner les catholiques qui trouveraient pesante l’obligation d’assister à la messe un jeudi – certains hiérarques ont décidé de fixer des limites dans l’accueil de « l’esprit du temps ». C’est pourquoi nous avons la liturgie subordonnée à la géographie (par l’intermédiaire du droit canon) : c’est le jeudi de l’Ascension en Pennsylvanie, mais le dimanche de l’Ascension dans l’Ohio.

Certains pourraient demander : pourquoi en faire toute une histoire ? N’est-il pas mieux d’aider le catholique moyen avec cet arrangement ? Ma réponse est non, et ce pour des raisons théologiques – parce que la discipline ecclésiastique et « l’adaptation pastorale » devraient être au service de la bonne théologie, et non l’inverse. L’arrangement actuel ne fait qu’accueillir le pire de l’individualisme et de l’utilitarisme américains.

Comment cela ?

Tout d’abord, en faisant bon marché de la signification de l’Ascension. Nos esprits n’aiment pas réfléchir trop profondément.

Jésus n’est pas monté aux Cieux simplement parce qu’Il avait fini d’enseigner tout ce qu’Il voulait et qu’il était temps de rentrer à la maison. Ce que Jésus fait, ce n’est pas juste pour Son avantage, mais par-dessus tout, pour « nous et notre salut ».

L’Ascension ne se limite pas à « Jésus voyageant dans le ciel sans avion ». L’Ascension est en lien direct avec Pâques dans le « passé » et la Seconde Venue du Christ dans le « futur ». Ces termes sont entre guillemets parce passé/futur sont notre catégorisation, pas celle de Dieu qui est, de toute éternité. Le pardon des péchés rendu possible par Pâques a pour résultat l’appel à la repentance que les Apôtres doivent porter aux extrémités de la terre avant la fin du monde, quand Jésus reviendra « de la même façon que vous l’avez vu partir ».

Donc l’Ascension fait partie intégrante de l’histoire de notre salut. Ce n’est pas souhaiter bon voyage au Christ, c’est notre engagement, avec date d’échéance. L’Ascension fait partie intégrante de notre voyage spirituel, pas seulement de celui de Jésus.

L’Ascension nous enseigne également l’attente divinement fixée. Jésus ordonne explicitement à Ses Apôtres de rester à Jérusalem et d’attendre l’Esprit-Saint. Il n’a pas dit attendez jusque telle date... Le discours de Jésus à l’Ascension est notoirement ouvert (comme les Apôtres l’entendent quand il leur est dit qu’il « ne leur appartient pas de connaître » le jour de l’établissement du Royaume). Ils doivent attendre le moment favorable de l’Esprit.

Ils ont attendu neuf jours. Pas sept. Dieu voulait qu’ils attendent neuf jours afin qu’ils se préparent pour l’Esprit-Saint. Heureusement qu’il n’y avait pas d’Américains parmi les Apôtres pour solliciter une dispense.

Parce que nous sommes des créatures liées au temps, nous attendons le moment favorable pour la grâce de Dieu. C’est pourquoi Pâques est lié aux quarante jours de préparation du Carême et aux quarante jours de célébration du Temps Pascal... jusque l’Ascension.

Les jours qui restent font partie de la période pascale mais ils endossent également un caractère distinctif. Ils ne sont plus uniquement la célébration de Pâques mais l’attente du Paraclet. Leur célébration se double de préparation.

C’est pourquoi nous pouvons dire – contrairement à certains liturgistes des années 60 – que les neuvaines ont une certaine approbation divine. Elles n’ont pas été inventées par de vieilles dames trimballant leur chapelet et ayant du temps à ne savoir qu’en faire. Elles sont le propre modèle de Jésus pour le temps nécessaire aux Apôtres pour se préparer à la Pentecôte, cette grande fête de l’Eglise (à égalité avec Pâques et Noël), qui clôt le temps liturgique de Pâques mais donne les moyens, jusqu’au Dernier Jour, pour la mission d’évangélisation donnée à l’Ascension.

Dans l’Eglise, nous avons perdu les neuvaines, rejetées à tort comme « dévotion populaire » anachronique. Nous avons perdu le sens de la nécessité de nous préparer et de nous mettre à l’épreuve constamment. Le Carême demeure notre seul temps sérieux de préparation. L’Avent est censé être un temps préparatoire mais a perdu toute nuance pénitentielle. Le rythme régulier de la pénitence a été réduit en Amérique (et en France) à l’abstinence obligatoire durant sept vendredi par ans (le reste étant probablement à la convenance) et au jeûne durant deux jours sur 365. Le temps d’action de grâce silencieuse d’après communion est bref et symbolique […] Où les catholiques américains (ou français ?) sont-ils supposés apprendre à attendre et à se préparer ?

Les théologiens contemporains nous disent que « nous sommes en voyage », et c’est vrai – un voyage vers la Parousie. Mais cela signifie « faire le lien » entre la vie de Jésus, Sa mort, Sa Résurrection, Son Ascension, l’Envoi de l’Esprit et Sa Seconde Venue. Nous ne le faisons pas.

À la place, nous « nous adaptons pastoralement », sans nous demander si les gens et/ou les métiers et/ou les horaires peuvent également « s’adapter » aux exigences du spirituel. Si nous ne posons pas cette question, les gens supposent instinctivement que ces demandes ne sont pas vraiment importantes. C’est tellement la tradition et la « discipline » – et les règles sont faites pour être changées ou transgressées.

Nous avons déjà perdu le sens de l’histoire de notre pays en transformant la plupart des jours civils de fête en congé du lundi. Pourquoi faisons-nous de même avec l’histoire de notre salut ?


Voir en ligne : The Catholic Thing

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