Retour aux années Trente ?

par Gérard Leclerc

mardi 7 mars 2017

Dans l’échauffement des esprits, les accusations et les invectives tombent drues. Même des esprits réputés pondérés se livrent à des imputations pour le moins discutables. La manifestation du Trocadéro a été interprétée comme quasiment factieuse par certains qui ont dénoncé une contamination populiste. On aurait tort de prendre cela trop au sérieux, encore moins au tragique. Cela fait partie de la rhétorique habituelle. J’ai des souvenirs à ce propos. Au moment de la grande manifestation de défense de l’école libre en juin 1984, le débonnaire Pierre Mauroy était presque sorti de ses gonds, lors d’une explication sanglante avec Jacques Chirac à l’Assemblée nationale : « La règle dans une démocratie c’est le Parlement, ce n’est pas la rue (…). M. Chirac dirige le parti bonapartiste… M. Chirac ne cesse de rêver de Brumaire. » Rien que cela ! Jacques Chirac dans les bottes de Bonaparte ! Avec la distance, cela fait plutôt sourire.

Le retour à cette rhétorique, concédons-le, s’inscrit dans un autre climat et dans un autre contexte international. Ce sont les États-Unis de Donald Trump qui sont aussi sur la sellette. Un historien américain, Timothy Snyder, dans Le Monde daté de ce jour, n’hésite pas à évoquer le IIIe Reich : « Les populistes d’aujourd’hui ont retenu la leçon de 1933. » La référence est on ne peut plus explicite : « Le 27 février 1933, le siège du Parlement allemand brûle, Hitler jubile et l’ère nazie commence. » Quoi de commun avec le nouveau maître de la Maison-Blanche ? Ce fait, que comme Hitler, Trump prendrait prétexte d’une prétendue menace terroriste pour mettre en danger l’État de droit. Il faut mettre en balance l’opinion de l’historien avec celle d’un de ses confrères, Robert Paxton, qui dans la page voisine réfute la comparaison avec les nazis, et même avec le fascisme. Bien sûr, il y a des dangers pour les libertés, et Paxton craint une forme de dictature. Mais celle-ci serait avant tout au service du pouvoir de l’argent et d’un profit incontrôlé. « Le régime de Trump est une ploutocratie. » La distinction s’impose en effet, même si elle n’efface pas toute inquiétude. Tout de même, il faudrait peut-être relire d’urgence Hannah Arendt pour savoir si nous sommes menacés d’un nouveau 1933, à Washington et à Paris.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 7 mars 2017.

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