Retour à Ozanam

par Gérard Leclerc

mercredi 8 juin 2016

Hier, le nom du bienheureux Frédéric Ozanam s’est imposé à moi dans le cadre d’une réflexion sur les mutations de notre temps, avec sa fameuse provocation : « Je passe aux barbares ». Je n’ignore pas que cette formule a pu prêter à équivoque et que l’on s’en est servi pour justifier des orientations qu’Ozanam aurait récusées. C’est pourquoi il conviendrait d’examiner soigneusement le contexte dix-neuvièmiste où s’est déployée la pensée de cet intellectuel catholique de premier plan. Contexte très différent du nôtre, mais qui nous offre souvent des analogies précieuses, car ceux qui nous ont précédés ont été aussi confrontés à des événements qui les déconcertaient, à des évolutions qui bouleversaient leur mode de pensée, leur façon de comprendre le monde et leur insertion dans ce même monde émergent.

Il y a a quelques mois, j’étais invité à un colloque organisé par l’association des amis de Montalembert, où on m’avait demandé un exposé sur la liberté de la presse. Montalembert fut parfois en désaccord avec Ozanam, mais il possédait la même flamme apostolique, avec le désir de témoigner de sa foi dans une période où l’Église était en pleine reconstruction à la suite de l’épreuve de la Révolution française. À l’instar d’Ozanam, on peut le définir comme un intégraliste, c’est-à-dire un chrétien intransigeant sur la doctrine, ce qui ne veut pas dire intégriste. Justement, la défense de la foi dans le climat intellectuel de son époque lui imposait de définir une certaine conception de la liberté religieuse, qui s’imposera par la suite, mais qui, sur le moment, suscitait l’hostilité de Louis Veuillot, publiciste chrétien de grand talent, et par ailleurs ami de Baudelaire.

On me pardonnera cette brève incursion historique dans le cadre d’une chronique généralement vouée à l’actualité immédiate. Mais l’analyse requiert souvent l’analogie historique. Pour un journaliste catholique, le XIXe siècle s’avère particulièrement intéressant comme terrain d’expérimentation. Habitué du combat intellectuel, Ozanam nous a donné un conseil de modération dans le débat, auquel nous devrions toujours être attentifs : « La controverse religieuse est inévitable. Elle n’a rien d’odieux si elle se souvient de son origine. La foi a voulu se communiquer sans nuire à la liberté de l’homme : elle n’a pas refusé la discussion (…). Il y a en ceci, de la part de la divine Providence, un ménagement plein de bonté. La bonté sera le caractère de la controverse chrétienne. » [1]

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 8 juin 2016.


[1Frédéric Ozanam, Des devoirs littéraires des chrétiens, Écrits brefs, Le Centurion.

Pour aller plus loin :

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