Réticence pascale

Père. Paul D. Scalia, traduit par Yves Avril

mercredi 17 juin 2020

Noli Me Tangere par Abraham Janssens, c. 1620
[Musée des Beaux-Arts de Dunkerque]

Les disciples de Notre Seigneur réagissent curieusement à Sa résurrection. C’est une combinaison de hâte et d’hésitation, de course et de réticence. Les femmes quittent rapidement le tombeau, effrayées et pourtant pleines de joie. Quelque chose dans leur réaction est à la fois prompt et hésitant. Même chose avec Pierre et Jean. Ils courent pour voir le tombeau vide, mais encore avec une certaine hésitation. Le passage se termine avec la curieuse déclaration qu’ils ne comprenaient pas encore l’Écriture, qu’il devait se lever d’entre les morts. Comme s’ils étaient encore en train de retenir quelque chose.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, notre Seigneur reproche aux disciples qui sont sur la route d’Emmaüs d’être dans leur cœur lents à croire. Quand Il apparaît plus tard dans la Chambre Haute, Il leur reproche une nouvelle fois leur incroyance et leur dureté de cœur parce qu’ils n’avaient pas cru. Et même, bien des semaines après, lors de Son Ascension, quand les disciples le voyaient, ils se prosternaient devant Lui mais ils doutaient.

Pour quelque raison, les disciples étaient lents à se convaincre eux-mêmes de la Résurrection. Ils voyaient le Seigneur debout dans son corps d’homme – et pourtant ils étaient réticents à donner leurs cœurs et leurs esprits à cette nouvelle réalité. Pourquoi ?

Bon, leur lenteur à croire nous dit quelque chose non pas tant sur les disciples en particulier mais sur le cœur humain en général. Ainsi nous devrions avoir une certaine sympathie pour eux. Nous croyons aussi et nous réjouissons de la résurrection de Notre Seigneur et pourtant nous sommes réticents à faire complètement confiance. En effet nous hésitons à nous confier nous-mêmes à Lui entièrement.

Deux choses à propos du cœur humain nous conduisent à cette réticence. La première est le contrôle. Nous aimons à régler nos vies – ce que nous pensons et disons et faisons. Nous aimons nos communautés planifiées et nos familles planifiées.

Mais le Christ ressuscité n’est pas sous notre contrôle. Dans les récits de la Résurrection, Il apparaît où et quand Il le veut. IL vient et s’en va tout soudain, sans qu’on le lui demande et sans qu’on l’attende. Il s’approche des disciples sur la route sans être reconnu et ensuite aussi soudainement disparaît de la table. Il apparaît soudainement et de façon inattendue dans la Chambre Haute, etc.

Il n’est pas comme les dieux païens que les gens gardent dans un temple ou sur une étagère chez eux. Même Marie Madeleine, une de ses disciples les plus fidèles, doit l’apprendre. Cesse de me tenir, lui dit-Il au tombeau, parce qu’elle essaie de Le retenir, de L’avoir selon ses propres conditions. Le Christ ressuscité est au-delà du contrôle des hommes.

Pâques n’est pas comme Noël. Nous pouvons venir adorer le bébé à la crèche comme nous le voulons. Il ne s’en va nulle part. Le Christ ressuscité est, en un certain sens, farouche et dangereux. Il pourrait entrer dans nos vies et tout bouleverser.

Nous essayons de prévenir cela en domestiquant tout l’événement. IL est réduit à des papillons, des pastels, et au Lapin de Pâques – ou à des théories sophistiquées disant que ce qui est réellement arrivé le matin de Pâques, c’est qu’Il est ressuscité …dans les mémoires de Ses disciples.

Ainsi, un critère pour éprouver la joie de Pâques est de Lui abandonner le contrôle. C’est seulement lorsque nous Lui permettons – imprévisible comme Il est – de façonner nos pensées, nos mots et nos actions que nous serons capables de connaître pleinement Pâques. Si nous ne le faisons pas, ce que nous connaîtrons, ce ne sera pas le Christ mais une caricature.

La seconde raison à notre réticence devant Pâques est la familiarité. Nous aimons ce qui est familier, même ce qui est mauvais pour nous. Nous nous éloignons de ce qui n’est pas familier, même quand cela est bon pour nous. Considérez le récit du démoniaque gérasénien (Mc 5 1-20). Le possédé vivait parmi les tombeaux. Il faisait résonner les alentours de ses gémissements et se frappait lui-même à coups de pierre. Les villageois ne pouvaient le maîtriser même avec des chaînes et des entraves. Notre Seigneur arrive et le libère de sa possession. Les villageois arrivent et trouve l’homme assis, complètement habillé et en possession de ses esprits – il n’est plus une menace. Ensuite ils font une drôle de chose, ils demandent à Jésus de partir. Ils demandent au Seul qui ait réussi à les délivrer de la terreur de partir. Pourquoi ?

Parce qu’ils ont perdu ce qui était familier. Tout menaçant et effrayant qu’était le démoniaque, au moins ils savaient ce qu’il était. Ils avaient façonné leurs vies autour de son existence. Il avait grandi dans leur familiarité. À un certain degré ils avaient grandi dans le confort avec lui. Et voilà que Jésus détruisait ce qui était familier et confortable. Ils ne pouvaient pas vivre leur ancienne vie. Il leur demandait de vivre une nouvelle vie, une vie qui n’était pas réglée ou façonnée autour du démoniaque.

Toute la scène est une image de la Résurrection. L’homme est comme mort : il vit parmi les tombeaux – lieux de mort – et il est sous la domination du démon. Son exorcisme signifie une nouvelle vie, la délivrance du démon et des tombeaux. Et les gens de la ville ne peuvent gérer cette nouvelle vie. Ils préfèrent l’ancienne – non pas parce qu’elle était bonne pour eux mais parce qu’elle était familière.

Il y a ensuite un autre critère de la joie de Pâques. C’est seulement lorsque nous voulons renoncer au péché – renoncer à la maîtrise de nos vies par le démon – que nous serons capables de nous réjouir pleinement à Pâques. C’est seulement quand nous voulons laisser de côté nos vieux péchés confortables et familiers – que nous voulons réellement les savoir disparus – que nous connaîtrons pleinement le Christ ressuscité. C’est pourquoi notre Mère l’Église nous fait toujours nous préparer Pâques par une saison de repentance. Nous passons quarante jours à considérer notre asservissement si bien que nous pouvons nous réjouir davantage de notre libération.

Notre Dame est celle qui se réjouit parfaitement de la résurrection du Christ. Elle a parfaitement renoncé à son contrôle : Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole. Elle était complètement délivrée du péché et donc capable de se réjouir dans la vie nouvelle que le Christ ressuscité apporte. Demandons son intercession – pour que nous puissions Lui abandonner le contrôle, désirer sérieusement être libérés de nos péchés et ainsi en venir à connaître plus parfaitement le pouvoir et la miséricorde du Christ ressuscité.

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À propos de l’auteur

Le père Paul Scalia est prêtre du diocèse d’ Arlington, Virginie, où il exerce en qualité de Vicaire épiscopal pour le clergé. Son nouveau livre : That Nothing May Be Lost : Reflections on Catholic Doctrine and Devotion.[Que rien ne peut être perdu : Réflexions sur la doctrine catholique et la dévotion]

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