Traduit par Charlotte

Rétablir le christianisme en Irak maintenant ou jamais

par Brad Miner

mardi 12 septembre 2017

Le lendemain de la fête du travail marque la rentrée des classes pour des millions d’enfants américains. Cette année, Dieu soit loué, il marquera aussi la rentrée des classes pour les enfants irakiens chrétiens qui, reviennent dans les plaines de Ninive avec leurs familles pour reprendre leurs maisons et leurs vies qui avaient été si brutalement déracinées par le terrorisme et la guerre.

L’Aide à l’Eglise en détresse, Etats-Unis (Aid to the Church in Need USA ou ACNUSA), la division américaine de l’agence papale internationale, a beaucoup contribué à rendre ceci possible. (Aveu : je siège au conseil d’administration d’ACDUSA. Notre collègue et collaborateur à The Catholic Thing, George J. Marlin est le président du conseil.)

Dans un article précédent, j’ai parlé d’une conférence donnée par M. Marlin dans laquelle il réclamait un nouveau Plan Marshall pour le Moyen Orient. J’ai le plaisir d’annoncer que les premières étapes de la mise en œuvre d’un tel plan sont en cours en Irak.

Nous sommes vraiment ravis que ce mois-ci ACN espère rapatrier 15000 personnes à Qaraqosh, en Irak – cela représente 3000 familles.

Ce plan avec des maisons endommagées marquées en jaune, montre l’étendue de la destruction :

En tout dans la plaine de Ninive, plus de 1200 maisons ont été totalement détruites par ISIS, plus de 3000 ont été touchées par le feu, et plus de 8000 autres ont été partiellement endommagées et ont maintenant besoin de réparations d’un genre ou d’un autre. Parmi les églises les nombres sont, respectivement, 34, 132, et 197. C’est ce qu’on peut appeler un désastre non naturel.

Mais, comme je l’ai aussi écrit précédemment, le rapatriement des chrétiens dans la patrie originelle de l’Eglise dépend de la paix. Et bien qu’ISIS ait été repoussée de Ninive, il reste à voir si la sécurité et la sauvegarde des Irakiens – à Ninive et ailleurs – peuvent être garanties.

Voici l’histoire :

Quand le récent problème des réfugiés du monde est devenu une nouvelle, il s’agissait généralement de combats entre ISIS et diverses armées et milices domestiques – principalement en Irak et en Syrie. La plupart d’entre nous ont vu des photographies de longues queues de personnes déplacées à l’intérieur du pays (Internally Displaced Persons IDP) fuyant soit le combat soit les ultimatums d’ISIS faits aux chrétiens : convertissez-vous à l’Islam, quittez votre pays, ou mourez. Très peu de chrétiens ont choisi de se convertir et quelques-uns ont été passés au fil de l’épée. Mais la plupart – comme beaucoup, beaucoup de musulmans – se sont tout simplement enfuis : ou vers des pays étrangers ou des camps de réfugiés.

Les gros titres des journaux ont souvent parlé de l’afflux des musulmans en Europe, et trop souvent les histoires ont porté sur l’infiltration des membres de ISIS et d’autres terroristes qui, depuis le 11 septembre 2001, ont assassiné (au minimum) 20000 êtres humains dans le monde et en ont en plus blessé des milliers.

Mais ceux-ci sont les meurtres des attaques terroristes. Dans la guerre des islamistes en Syrie, près de 400 000 sont morts. Dix-neuf mille civils sont morts en Irak depuis 2014 (plus de 60 000 combattants armés ont été tués), mais un nombre encore plus dévastateur est le nombre total des personnes déplacées au Moyen Orient : 4 525 968.

L’Aide à l’Eglise en Détresse E.U. a aidé ces réfugiés depuis le tout début de la crise, et nous avons toujours eu deux objectifs à l’esprit.

- Nous avons cherché à procurer une aide humanitaire immédiate à ceux qui avaient été chassés de chez eux : eau, nourriture, abri, vêtements et médicaments – l’essentiel – mais aussi l’éducation pour les enfants, ce qui permet d’assurer qu’une génération d’enfants ne sera pas perdue.

- Et nous avons aussi toujours cru qu’un jour – comme cela s’est produit à la fin de la deuxième Guerre Mondiale – ces personnes déplacées reviendraient reprendre leurs maisons, leurs emplois, et leur ancien patrimoine. Des événements récents ont commencé à prouver que nous avions raison – et nous avons commencé à nous y préparer.

Dans le magazine des Chevaliers de Colomb, Columbia, John L. Allen Jr. a remarqué récemment que depuis 2011, Aide à l’Eglise en détresse « a dépensé 35,5 millions de dollars pour aider les réfugiés chrétiens en Irak et en Syrie, surtout ceux qui se réfugient à Erbil [au nord de l’Irak] et ailleurs au Kurdistan. La branche américaine de l’AED a contribué d’une manière importante à cet effort.

M. Allen a un terme merveilleux pour décrire le travail que nous commençons maintenant : Dunkerque à l’envers.

Après avoir passé les six dernières années à aider les gens qui fuyaient leurs maisons, AED s’intéresse maintenant à d’autres groupes, principalement à KofC, l’Association catholique d’assistance sociale du Moyen Orient (Catholic Near East Welfare Association), et aux services d’aide catholiques (Catholic Relief Services), pour aider au retour des réfugiés. Cet effort collectif a été appelé le Comité de reconstruction de Ninive (Nineveh Reconstruction Committee NRC)

Le but du NRC est simplement celui-ci : Permettre aux chrétiens irakiens qui le désirent de retourner chez eux dans les villages de la plaine de Ninive, où ils ont vécu pendant des siècles, et de le faire dans la dignité, la sécurité et aussi la sûreté. »

Naturellement, ces personnes (la plupart catholiques et orthodoxes) portent leur dignité avec elles et ne l’ont jamais sacrifiée malgré les souffrances et les dangers auxquels elles ont été confrontées. Pour aider cette dignité il sera urgent de reconstruire et de restaurer leurs maisons, leurs écoles et leur vie économique.

La sauvegarde et la sécurité, naturellement, sont des soucis constants et ACN/NRC ne peuvent pas les procurer. Il faudra la coopération des dirigeants irakiens locaux et nationaux – et des tiers intéressés. Dans la mesure où il y a la paix dans la région, c’est le rôle de ces gouvernements et des tiers intéressés (d’autres pays qui ont des intérêts en Irak et possèdent des consciences morales) de trouver des moyens de protéger les citoyens nouvellement revenus : catholiques, orthodoxes, yazidi et musulmans.

Les musulmans, qui autrefois vivaient en amitié relative avec leurs voisins chrétiens, ne peuvent pas ne pas être reconnaissants des efforts des chrétiens pour reconstruire Ninive, car eux aussi seront les bénéficiaires d’une activité économique renouvelée et, surtout, de la paix.

Ce que NRC établira à Ninive, c’est un genre de tête de pont – un terrain d’essai pour le rétablissement de communautés multi-religieuses là où l’amitié parmi les différentes croyances existait autrefois.

Si cela peut réussir là, cela peut réussir ailleurs. De toute façon, il se peut que ce soit maintenant ou jamais.

Mardi 5 septembre 2017

Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/09/05/now-or-never-for-rebuilding-christianity-in-iraq/

Image : Le retour : vu par un enfant iraquien

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