Renvoi d’ascenseur ?

Randall Smith, traduit par Bernadette Cosyn

mardi 5 janvier 2021

« La sédition de Londres » (Gordon Riots) par Charles green, 1896*
[collection privée]

Les émeutes de partisans de Trump que certains redoutaient pourraient se produire après une victoire présidentielle de Biden échouant de quelque manière à se matérialiser. Les gens ont-ils barricadé leurs commerces contre les partisans de chaque camp ou seulement contre ceux d’un seul ? Étaient-ce vraiment les partisans de Trump qui créaient des émeutes ?

Donc, maintenant que certains ont commencé à chanter « ding, dong, le sorcier est mort », les émeutes vont peut-être cesser, bien que cela aurait l’air suspect, comme si les émeutes ne découlaient pas d’une demande de justice pour les minorités mais étaient plutôt un prétexte couvrant les machinations d’un parti politique particulièrement partisan pour retourner au pouvoir.

Mais peut-être est-ce trop de cynisme. Je n’ai guère de doute que de nombreux émeutiers répondraient qu’ils manifestent pour la justice et ne sont absolument pas les pantins d’aucun parti politique. Ces manifestations se faisaient au nom de la justice pour les minorités. Puisque je suis curieux des motivations des gens, cette possibilité m’a donné à penser.

Il y a plusieurs années, j’ai écrit un article pour déplorer les graffitis. Je proposais d’imaginer une expérience – pour les besoins de la cause, nous ignorerons le commandement chrétien d’agir envers les autres comme on voudrait les voir agir envers nous-mêmes. L’expérience impliquait de trouver la maison de l’un de ces « artistes » du graffiti et, en son absence, de peindre quelques mots étranges et indéchiffrables en grosses lettres bulbeuses sur le mur de sa salle à manger, juste pour lui donner le sentiment de ce qu’il forçait les gens à endurer.

Pour des raisons probablement évidentes, j’ai récemment eu une fantaisie similaire sur la façon de répondre aux émeutiers professionnels de la classe bourgeoise d’Amérique. Serait-il mal de trouver où ils habitent et d’organiser des manifestations longues, bruyantes, « majoritairement pacifiques » à faire peur, dans leur quartier, à proximité de leurs maisons ? Et si durant notre manifestation « majoritairement pacifique » il se trouvait quelqu’un pour, disons, lancer un pavé dans leurs fenêtres ou incendier certains des commerces locaux où ils font leurs emplettes, ce ne serait pas notre faute n’est-ce pas ?

Et s’ils en venaient à se plaindre que nous effrayons les enfants et les personnes âgées du quartier, je suppose que nous pourrions répondre « mais nous manifestons contre l’injustice ! Nos actions sont justifiées parce que nous prenons position contre les émeutiers qui détruisent les biens publics et brûlent les commerces qui desservent des gens défavorisés dans des quartiers défavorisés ».

Et si, arrivé à ce point, quelqu’un demandait à nos émeutiers si créer une émeute en vue de s’opposer aux émeutes n’est pas quelque peu contradictoire – pratiquer la violence comme protestation contre la violence – nous leur dirions que c’est précisément cette sorte de logique, si on peut lui donner ce titre, qui a été à l’origine de tout.

Les émeutiers de la première heure viendraient-ils à se plaindre : « mais ce ne sont ni vos maisons ni votre quartier, ils appartiennent à d’autres » nous dirions « ne comprenez-vous pas que notre manifestation essentiellement pacifique est en vue de redéfinir toute notre conception de la propriété et de la protestation publique ? »

Et s’ils demandent : « mais ne pouvez-vous faire cela dans votre propre quartier ou sur votre propre maison ? » nous enverrons une universitaire à l’air grave, venue de l’université voisine, pour les réprimander et les informer que les manifestations doivent se tenir là où le public les remarquera. Leurs éléments « perturbateurs » sont un moyen important pour motiver le changement social.

Et naturellement, si l’un ou l’autre des émeutiers professionnels osait sortir pour tenter de protéger sa maison des jets de pavés ou sa porte d’entrée des graffitis, nous enverrions la police les arrêter pour violation de nos « droits » à engager une contre-émeute essentiellement pacifique. Ensuite nous afficherions sur les réseaux sociaux des photos les montrant, rouges et coléreux, essayant en vain de protéger leurs maisons tandis que nous manifesterions triomphalement à proximité. Ah, vraiment, quels ploucs.

Si l’un d’eux en venait à écrire quelque chose sur les réseaux sociaux pour se plaindre de la façon dont ils sont traités, nous bloquerions son compte tant que nous ne serions pas sûrs qu’ils ne sont pas en train d’organiser une contre-contre-manifestation – ce qui pourrait être interprété comme un encouragement à la « violence ».

Finalement, certains des émeutiers professionnels renonceront à essayer de nous convaincre que nous devons respecter leurs propriétés, respecter ce qui ne nous appartient pas. Et ayant pris conscience que personne ne serait tenu responsable des dommages, ils répareront probablement leurs fenêtres et effaceront les graffitis de leurs maisons.

Mais c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes. Parce que quand nous reviendrons nuit après nuit dans leur quartier pour manifester – essentiellement pacifiquement – ce sera comme si nous leur disions : « non, chers émeutiers, vous ne serez jamais débarrassés de nous. Peu importe le temps que cela vous prend pour rebâtir vos maisons et votre quartier, cela ne nous prend que quelques secondes pour, à nouveau, tout réduire en cendres ».

Eux, se sentant harcelés, vont probablement se dire : « la première fois était peut-être une expression de frustration induite par la société. Mais faire des émeutes encore et encore après que nous ayons réparé les choses, c’est du sadisme. C’est simplement leur façon de dire qu’ils ne se soucient pas de ce que les autres pensent ou veulent ; seul ce que eux veulent importe ».

Et là nous dirons : « exactement ! »

Alors, pour l’amour de Dieu, chers émeutiers, arrêtez de vous berner vous-mêmes en pensant que vos émeutes aident les pauvres et les défavorisés quand elles ne servent qu’à essayer de vous persuader que vous faites quelque chose « d’important » en exprimant votre indignation bien pensante et votre supériorité sur ceux que vous pensez moins clairvoyants que vous. Cela n’aide personne, et surtout pas ceux que vous prétendez vouloir aider.

Alors, faites ce que font les gens qui se soucient réellement des autres. Retournez chez vous. Travaillez dur. Prenez soin de votre famille. Payez vos impôts. Aidez à bâtir votre quartier et aidez les autres à rebâtir les leurs. Souciez-vous des personnes nécessiteuses. Traitez les autres de la façon dont vous voudriez être traités. Quelqu’un qui mérite qu’on lui accorde de l’attention a un jour dit cela. Et soyez la justice que vous souhaitez inspirer aux autres.

— 

* llustration : « La sédition de Londres » (Gordon Riots) par Charles green, 1896 [collection privée] Ces émeutes anti-catholiques menées par Gordon se sont produites à Londres en 1780 en réaction à une loi qui réduisait la discrimination officielle envers les « papistes ». Elles ont été très violentes.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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