Traduit par Vincent de L.

Rendre à César

par Michael Pakaluk

vendredi 10 août 2018

Il faut rendre à César ce qui est à César, mais qui doit dire ce qui appartient à César : César tout seul, ou Dieu a-t-il son mot à dire ?

Certains d’entre nous resteront éveillés tard ce soir en ce Jour des Impôts. Mais jeudi est encore plus important. Il est noté « Jour de la libération des impôts », le jour jusqu’auquel nous devons tous travailler pour payer les trente pour cent de PIB ponctionnés par l’administration fédérale, l’État, et les taxes locales. Un tiers complet de notre travail utile sert financer l’État. Qu’est-ce que l’Église a à dire à ce propos ?

Au début de la pensée sociale catholique moderne, Léon XIII avertissait que l’État serait à même de réaliser ses actions bienfaisantes seulement « si les moyens de l’homme ne sont pas vidés et épuisés par une imposition excessive. Le droit de posséder une propriété privée provient de la nature, pas de l’homme ; et un État a le droit de contrôler son usage dans le seul intérêt du bien commun, mais en aucun cas de l’absorber. L’État serait alors injuste et cruel si, sous le terme d’imposition, il devait priver le propriétaire privé de plus que ce qui est juste » (Rerum Novarum, 47).

Mais qu’est-ce qui est juste ? Vraisemblablement, que ce jugement ne peut être rendu que par ceux qui sont experts dans la répartition des rôles communs de la « nature » et de l’homme », ce qui n’est pas une assise particulièrement solide pour nous aujourd’hui.

Cela semble correct : un poids juste de l’imposition devrait être quelque chose qui ne « vide ni n’épuise » le contribuable. Cela implique une limitation sur l’État. Le concept classique et scholastique de l’impôt était : le financement des activités nécessaires de l’État. On considérait qu’il y aurait une rencontre entre ce que l’État tenterait raisonnablement de faire et la charge que pourraient supporter les contribuables.

Maintenant, supposons une charge fiscale, calculée de manière exacte, qui « viderait et épuiserait » le contribuable : ipso facto alors, l’État viserait trop haut. Considérons comme prémisse que les 120 trillions de dollars de passif « non financé », si cette somme est correctement évaluée, impliqueraient une charge fiscale écrasante : il s’ensuit que l’État devrait réduire ses ambitions, et que la société civile devrait s’accroître.

Saint Jean Paul II avait une approche semblable lorsqu’il enseignait, de manière répétée, que les politiques fiscales devraient soutenir la famille. Ce faisant, il faisait écho à un passage magnifique du document de Vatican II sur l’apostolat des laïcs, qui mérite d’être cité ici :

« Ce fut toujours le devoir des époux, mais c’est aujourd’hui l’aspect le plus important de leur apostolat, de manifester et de prouver par toute leur vie l’indissolubilité et la sainteté du lien matrimonial ; d’affirmer avec vigueur le droit et le devoir assignés aux parents et aux tuteurs d’élever chrétiennement leurs enfants ; de défendre la dignité et l’autonomie de la famille. Ils doivent donc collaborer, eux et tous les fidèles, avec les hommes de bonne volonté, pour que ces droits soient parfaitement sauvegardés dans la législation civile ; pour qu’il soit tenu compte, dans le gouvernement du pays, des exigences des familles concernant l’habitation, l’éducation des enfants, les conditions de travail, la sécurité sociale et les impôts et que dans les migrations, la vie commune de la famille soit parfaitement respectée (Apostolicam actuositatem, 11). »

Cet enseignement riche et pointu sur l’impôt est présenté sous une forme considérablement atténuée dans le Compendium de la doctrine sociale de l’Église : « Les recettes fiscales et la dépense publique revêtent une importance économique cruciale pour chaque communauté civile et politique : l’objectif vers lequel il faut tendre consiste en des finances publiques capables de se proposer comme instrument de développement et de solidarité. Des finances publiques équitables et efficaces produisent des effets vertueux sur l’économie, car elles parviennent à favoriser la croissance de l’emploi, à soutenir les activités des entreprises et les initiatives sans but lucratif, et contribuent à accroître la crédibilité de l’État comme garant des systèmes de prévoyance et de protection sociales, destinés en particulier à protéger les plus faibles (355). »

Le Compendium présume que l’État a une fonction de redistribution, et son seul commentaire à propos de la famille et de l’impôt passe dans cette idée : « Dans la distribution des ressources, les finances publiques doivent suivre les principes de la solidarité, de l’égalité, de la mise en valeur des talents, et accorder une grande attention au soutien des familles, en destinant à cette fin une quantité appropriée de ressources. »

Comme le Catéchisme, dont le seul enseignement sur l’impôt est que l’évasion fiscale est injuste (2490, voir 2240).

Mais plus troublant encore que ce qui semble être un manque de scepticisme équilibré à propos de l’impôt dans ces documents, est le manque d’attention sur le statut des églises vis-à-vis de l’exemption fiscale. Comment s’assure-t-on qu’une église et ses biens sont rendus à Dieu et pas à César ?

Nous sommes en danger. Même si l’exemption est profondément enracinée dans la tradition, les lois et la politique fiscale américaines, on peut s’attendre à ce qu’elle subisse des attaques de plus en plus grandes, car les chrétiens sont de plus en plus sévèrement critiqués comme « ennemis de la race humaine » (ainsi que le signalait le Juge Scalia). Dans la pensée populaire, une exemption est une faveur. Comment, donc, le gouvernement peut-il faire preuve d’un tel favoritisme sans violer le Premier Amendement ?
César lui-même a fourni quelques réponses. Les Églises fournissent souvent des services que le gouvernement devrait assurer sans cela. Les Églises ne s’engagent pas dans des activités économiques qui engendrent des revenus imposables. Si les propriétés de l’Église étaient imposées, il serait à peine possible de construire des églises dans les villes, là où vivent les gens. Tout ce qui peut être imposé peut être détruit, mais le gouvernement ne devrait pas avoir le pouvoir de détruire une religion.

Et pourtant, le guide de César est toujours l’opportunité. En outre, la réponse la plus profonde provient de Dieu, pas de César. Elle a trait à la souveraineté indépendante de l’Église catholique, appréciée de manière analogue par les Églises chrétiennes et les autres religions, et expliquée par Léon XIII : « Dieu a donc divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la puissance civile ; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d’elles en son genre est souveraine ; chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial (Immortale Dei, 13).

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/04/17/rendering-to-caesar/

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Michael Pakaluk, fin connaisseur d’Aristote et Ordinaire de l’Académie pontificale de St Thomas d’Aquin, est professeur à l’École Busch d’Économie et des Affaires à l’Université Catholique d’Amérique. Il réside à Hyattsville, Maryland, avec son épouse Catherine, également professeur à l’École Busch, et leurs huit enfants.

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