Réinterpréter la politique

par Gérard Leclerc

jeudi 28 avril 2016

La dernière enquête en matière politique concerne le désarroi de l’électorat socialiste : sentiment du déclin, demande d’autorité, perte de confiance dans les institutions, mais aussi dans le personnel, pourtant socialiste, investi de la responsabilité de ces institutions. Tout cela ne saurait nous étonner. Les sondages calamiteux dont souffrent le président de la République et son gouvernement donnaient déjà le même sentiment d’un désenchantement profond. Mais l’électorat de gauche est-il seul en cause ? Sûrement pas, si l’on songe que les succès du Front national sont d’abord fondés sur le même désenchantement. La droite dite modérée échapperait-elle au phénomène ? L’incroyable dispersion des candidats qui prétendent représenter leur camp à la présidentielle n’est sûrement pas un bon indice, tant il est significatif de ce qu’on appelle un manque de leadership, qui n’est pas sans lien avec nombre d’incertitudes idéologiques et programmatiques.

Les meilleurs politologues que je connais mettent en évidence la nécessité de ce qu’on pourrait appeler un choix de paradigme, en fonction des transformations du monde actuel. Il ne suffit pas, en effet, d’en appeler à une adaptation forcenée à la mondialisation, par un alignement sur les canons du néo-libéralisme. Les politiques sont en présence d’une pluralité d’objectifs qu’il s’agit de prendre en compte dans le cadre d’une stratégie ordonnée et coordonnée. Il y a la question écologique, elle est déterminante. Mais il y en a d’autres : l’afflux des migrants lié aux formules de ce qu’on appelle, un peu bêtement, le vivre-ensemble. Il y a aussi la gestion d’une économie financière, qui peut, à un moment ou à un autre, déstabiliser la planète entière. Tout ne se ramène pas à une théorie économique qui nous fournirait toutes les solutions clés en mains. C’est la politique qui doit reprendre le dessus, car c’est elle qui est au carrefour de tous les défis. La crise de confiance actuelle n’est sans doute que l’envers de la difficulté à penser d’une façon cohérente un avenir inquiétant et énigmatique. Y aura-t-il des hommes et des femmes capables de réinterpréter la politique, pour la sortir de l’enlisement désenchanté d’aujourd’hui ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 avril 2016.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.