NOTRE-DAME DE PARIS

Rebâtir la « fleur parfaite »

par Aymeric Pourbaix

mardi 16 avril 2019

Pour mesurer l’ampleur du mal engendré par cet incendie du début de la Semaine sainte, il suffisait d’entendre égrener la litanie des souvenirs tirés de notre histoire nationale. Ce soir-là, on évoquait pêle-mêle le précédent (imaginaire) de 1831, incendie décrit par Victor Hugo et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de 2019 – jusqu’aux sirènes de pompiers –, le Te Deum de la Libération entonné par le général De Gaulle, et pour les plus lointains, le sacre de Napoléon, se coiffant lui-même de la couronne impériale face au Pape réduit à l’impuissance. Sans oublier, plus proche de nous, l’hommage national au Père Jacques Hamel, assassiné par des islamistes en juillet  2016.

Mais pour s’aventurer aux racines de la mémoire collective, il fallait remonter plus loin. Au XIIIe  siècle. Et ajouter avec l’historien Daniel-Rops, à propos de l’origine de ces cathédrales, qu’il est arrivé parfois dans l’histoire qu’une société humaine s’exprime tout entière «  en quelques monuments parfaits  ». Léguant ainsi aux générations futures «  tout ce qu’elle portait en soi de vigueur créatrice, de spiritualité profonde, de possibilités techniques et de talents  ».

Ces quelques mots ciselés suffisent à exprimer en profondeur ce qui a menacé de partir en fumée totalement ce lundi 15  avril : une église «  solide et réfléchie, méditative et calme, qui convenait au génie des rois  ». Une «  fleur parfaite  », jugeait encore l’historien, fruit d’une civilisation médiévale parfois décriée comme une période sombre de l’histoire. Le paradoxe de cet événement tragique sera, peut-être, d’en redécouvrir la face lumineuse…

Béance qui s’est ouverte en nous

Bien sûr, il faudra d’abord déterminer les responsabilités de ce désastre, qui restent à cette heure encore non-identifiées. Mais cela ne suffira pas à combler la béance qui s’est ouverte en nous, peuple chrétien, peuple de France, avec cette flèche qui a basculé dans les flammes – sans menacer la structure gothique qui elle semble avoir résisté, Dieu merci, de même que la couronne d’épines. Béance accompagnée du glas des églises de Paris, répercuté en écho jusque dans les provinces du pays, et dans le monde entier.

« Cette cathédrale nous la rebâtirons, tous ensemble  », a promis le chef de l’État, annonçant une souscription nationale, de la même façon que la cathédrale de Paris avait été construite, en grande partie, grâce «  aux oboles des vieilles femmes  », notait déjà Eudes de Chartres… Il faudra certes du temps, des dizaines d’années. Mais cet élan rappelle aussi un autre épisode douloureux de l’histoire de France, quand la défaite de 1870 conduisit un petit groupe de députés à demander, et obtenir, la construction d’une basilique en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus. L’avenir dira si près de cent cinquante ans plus tard, le Cœur immaculé de Notre-Dame sera lui aussi honoré, comme il se doit, par la France entière.


Quand Victor Hugo évoquait la « grande flamme furieuse » de Notre-Dame de Paris

http://www.lefigaro.fr/livres/quand-victor-hugo-evoquait-la-grande-flamme-furieuse-de-notre-dame-de-paris-20190416

Pour aller plus loin :

Messages

  • Puisse cette épreuve démontrer concrètement à ceux qui en doutent, le profond attachement des Français à ce symbole de nos racines Chrétiennes.
    Autant je me réjouis de la sauvegarde de l’Autel, de la couronne d’épine du Christ et du manteau de Saint Louis, que la disparition d’une flèche "orgueilleuse" ne m’attriste pas.
    Au contraire, je vois un signe d’espoir dans la disparition du coq en tant que symbole d’une république, qui née dans les tueries de la révolution de 1789, ne pouvait que permettre au diable de se repaître en ouvrant l’effroyable "palmarès" des guerres de 1870, 14/18, 39/45, Indochine et Algérie.
    Sans compter les "morts vivants" actuels faisant la queue dans les temples de la surconsommation ou hypnotisés par des écrans.................

  • « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté, béni soit le nom du Seigneur »

    L’incendie de Notre-Dame nous a tous frappés, suscitant l’émotion, les larmes, l’incompréhension, la colère — la prière aussi. Car devant ce malheur qui frappe la France et l’Église, beaucoup ont vu un mal plutôt qu’un malheur, désirant en rechercher la cause. À qui la faute ? imprudence, malveillance, ou complot ? Mais rares, trop rares sont ceux qui, sans savoir y répondre encore, y voient un signe et en cherchent le sens. Que veut nous dire le Seigneur à travers cette épreuve ? demande notre archevêque.
    C’est la seule, la vraie question.

    Une réponse nous est soufflée au livre de Job. " Nous acceptons ce qui est bon de la part de Dieu, et ce qui est mauvais, nous ne l’accepterions pas ? " Ce n’est pas facile, il faut prier pour apprendre à lire les signes du temps. Observons encore que si la première épreuve qui frappa Job était en effet venue d’une attaque ennemie, du genre Al Qaïda, la seconde était un feu de Dieu venu du Ciel. L’une comme l’autre avec la permission du Seigneur.

    À l’heure où le feu venait de s’éteindre à Notre-Dame, l’Office des ténèbres nous invitait à cette prière, pour un temps de souffrance et de deuil :
    " Il est bon de patienter, et en silence, pour la victoire de Dieu. "
    C’était le chant de Jérémie se lamentant sur le péché d’Israël.
    Ce peut être maintenant notre prière pour la vie, au souffle de l’Écriture.
    Car la victoire de Dieu, c’est le salut des hommes.

    Jean Michelet
    3ème Dimanche de Pâques

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