ÉTÉ

Rajeunir

par Aymeric Pourbaix

mercredi 24 juillet 2019

C’est la nouvelle fureur de l’été. L’application FaceApp, qui permet de se voir vieilli artificiellement à partir d’une photo numérique, a été téléchargée par 100 millions d’utilisateurs dans le monde ! Créant au passage une belle polémique, aux états-Unis, sur l’utilisation des données ainsi transmises… en Russie, d’où provient cette invention.

Prouesse technologique

Outre la prouesse technologique, basée sur l’intelligence artificielle et l’analyse ultra-rapide d’une quantité colossale de portraits de personnes, le plus intéressant est ce que cela révèle de notre société. À une époque où beaucoup, dans la mode ou les entreprises, repose sur la volonté de rajeunir – « cachez ces vieux que je ne saurais voir » – ici c’est l’inverse. Cette application offre de multiples possibilités de transformations du visage, mais la plus convaincante, celle privilégiée par les utilisateurs, accentue les marques du vieillissement. Si cela pouvait, au passage, réconcilier nos contemporains avec le temps plutôt que de rester dans l’illusion de l’immédiateté, ce ne serait pas une si mauvaise affaire…

Soif de notre époque

Mais il y a plus. Parce qu’il faut être, dans ce temps, « les jardiniers de l’éternité », selon la belle expression du philosophe-paysan Gustave Thibon, il convient de trouver le moyen de répondre à la soif inavouée de notre XXIe siècle. Celle qui explique, sans excuser, toutes les recherches désordonnées, éphémères, l’ivresse même, faute d’avoir bu à la bonne source.

Il existe une ancienne formule de la liturgie de la messe, tirée du psaume 42, qui exprime bien cette recherche : « J’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, vers le Dieu qui réjouit ma jeunesse. » La seule véritable façon pour nous de rajeunir est ainsi de revenir à la source, à notre Créateur qui est aussi le Sauveur, celui qui efface les ravages du péché et du vieillissement dans nos âmes. Voilà pourquoi sans doute, constatait une éducatrice, les enfants ont souvent cette spontanéité dans leur appréhension du divin. Car ils sont plus proches que nous de la Source originelle.

Vœux

Rajeunir. C’est tout le bien que je vous souhaite durant l’été, à la veille de l’interruption habituelle des parutions de votre hebdomadaire au mois d’août, au terme d’une année marquée par de nombreux changements pour votre hebdomadaire. J’en profite aussi pour remercier chaleureusement Frédéric Aimard, qui prend officiellement sa retraite et qui a eu l’immense mérite de tenir la barre durant tant d’années. Souhaitons-lui également de trouver à rajeunir dans cette nouvelle période qui s’ouvre. Bon été !

Messages

  • Des données qui, paraît-il, seraient transmises en Russie. Pourquoi pas. Encore faudrait-il être assurés de la véracité d’une telle information venant de la part de gens qui ont une manie compulsive : celle d’engranger, pour leur propre bénéfice, les données mondiales les plus intimes collectées par la multitude foisonnante des outils logiciels qu’ils ont su imposer sur le marché.
    Cette polémique US est, une fois de plus, celle de l’hôpital qui se moque de la charité...

  • Oui, tous nos vœux à Frédéric Aimard qui s’est montré un capitaine vaillant et obstiné sur une mer souvent incertaine et menaçante.
    Qu’il reçoive la marque de notre gratitude et de notre amitié.

  • Réginald de Coucy étant intervenu au nom du plus grand nombre au sujet de Frédéric Aimard, que ces quelques mots, tout aussi sincères, soient compris comme une modeste confirmation de son message.

  • Les philosophes Emmanuel Lévinas et Paul Ricœur l’ont bien dit : le visage c’est la personne. La première chose qu’on regarde quand on rencontre quelqu’un ou bien quand on se regarde soi-même dans la glace, dans les yeux, face à face. Avec curiosité, inquiétude ? Depuis la toute petite-enfance, la question est posée : - À qui ressemble-t-il ? C’est tout le portrait de sa mère ou de son père, voire de son grand-père ou sa grand-mère… Car dans un visage, on veut lire à la fois le passé et l’avenir. Que deviendra-t-il, ce visage, si fragile quand l’outrage des ans aura fait son œuvre.

    Le poète latin Properce écrivait à Cinthia sa bien-aimée dans ses Élégies (aux environs de 24 av. J.-C.) : « Si tu dois vivre longtemps, puisse la vieillesse ne jamais altérer ton beau visage ! » Vœu pieux au demeurant peu sympathique car, s’il était vraiment amoureux, il ne dirait pas ça… Quant à l’académicien français Victor Cherbuliez, tout aussi oublié, il écrit dans son roman Olivier Maugant : « On aime à barbouiller un laid visage pour l’enlaidir encore… » Où va se loger l’esthétisme des artistes !

    Au concours de citations, nous avons encore Georges Orwel : « À cinquante ans, chacun a le visage qu’il mérite », mais il est concurrencé par Edgar Degas qui dit mieux : « À partir de quarante ans, on a la gueule qu’on mérite » Ce n’est tout de même pas toujours vrai !

    Cette préoccupation du vieillissement du visage n’est pas que le fait des artistes, comme en témoigne l’ahurissant succès planétaire des applications qui peuvent vieillir un visage à partir d’une photo d’identité. On sait que cette technologie a été développée par la police scientifique pour reconstituer le visage de personnes disparues depuis longtemps et dont on n’avait qu’une photo ancienne… Depuis 2017 elle est à la portée de tous. « FaceApp », un logiciel développé en Russie – ce qui inquiète le FBI et chez nous l’Union Française des Consommateurs UFC-Que choisir ? qui a saisi la Cnil – est l’application gratuite la plus téléchargée sur Google Play et Apple Store avec plus de 100 millions d’utilisateurs… Au-delà de l’effet « glace déformante » plus ou moins comique, il y a là une vertigineuse auto-interrogation sur son propre devenir. Une interrogation que partagent d’ailleurs naturellement d’autres centaines de millions d’hommes et de femmes qui se dispensent d’avoir recours à ces gamineries.

    Et si cela pouvait nous aider à respecter nos anciens en prenant conscience qu’ils sont le reflet de nous-mêmes, au lieu de les rejeter comme improductifs et gêneurs en voie de déshumanisation ! Ce qui contribue à notre propre terreur de la vieillesse.

    Frédéric Aimard

  • L’ivresse et la soif de notre époque
    « L’ivresse même », que je n’excuse pas non plus, me conduit à rapprocher votre réflexion de ces versets de l’Écriture, sur lesquels je travaille actuellement (texte hébreu BHS, Deut 29,17-19 ) :
    (17) Qu’il n’y ait personne, ni homme, ni femme, ni famille, ni tribu parmi CEUX QUI ENTENDENT LES PAROLES DE CE SERMENT, dont le cœur se détourne pour aller servir les autres dieux des nations.
    (18) Et si l’un de vous, alors qu’il comprend les paroles de ce serment, se bénit lui-même en son cœur et se dit : « La paix sera avec moi, même si je marche avec un cœur endurci, JUSQU’À ÉTANCHER LA SOIF DANS L’IVRESSE »,
    (19) le Seigneur ne voudra pas lui pardonner. Car alors la colère du Seigneur fumera contre lui, ainsi que sa jalousie contre cet homme-là. Et s’abattra sur lui toute la malédiction des textes écrits dans ce livre, car le Seigneur éliminera son nom de dessous les cieux.
    Ce discours est celui que, sur ordre du Seigneur, Moïse adresse à tout Israël, c’est-à-dire à « ceux qui entendent » — et qui comprennent, c’est le verbe fort de Écoute Israël — « les paroles du serment » de leur engagement à l’Horeb (Ex 19,8 ; 20,1-6 ; 24,3), paroles qui n’ont rien à voir avec des paroles de malédiction, comme nous lisons dans certaines bibles. Et « ceux-là » sont précisément ceux qui s’ingéniaient déjà à détourner le sens de ces paroles (pas facile à retrouver dans un hébreu trafiqué) afin de jouir sans entrave, chez les autres dieux, plutôt que d’aller « boire à la bonne source ».
    Merci d’avoir si bien transcrit dans votre analyse ce que Moïse déplorait de son peuple. Déjà, Salomon demandait à Moïse de revenir à leur secours (Ps 90). Cela n’a pas suffi. Maintenant que Dieu a envoyé son Fils, et que la situation ne semble guère avoir changé après deux ou trois mille ans, nous avons Marie, mère éducatrice venue à notre rencontre sur le chemin, à La Salette, à Lourdes, à Pontmain.
    Elle, c’est sûr, nous mène à la bonne source.
    Ô Marie, conçue sans péché,
 Priez pour nous qui avons recours à vous.
    J. Michelet

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