Racistes les catholiques français ?

par Gérard Leclerc

jeudi 21 avril 2016

Souvent, à suivre certaines campagnes d’opinion, à entendre certaines accusations résultant d’enquêtes sociologiques, qui se veulent rigoureuses et sont d’ailleurs issues du monde universitaire, on pourrait éprouver quelques complexes. Français nés en France, catholiques de tradition ou de conviction, nous sommes ni plus ni moins soupçonnés de racisme, un racisme bien enraciné, presque indélébile. Pour le coup, on pourrait parler d’essentialisation, ce grief sans cesse brandi dans l’idiome de l’intelligentsia. Essentialiser, c’est figer dans une essence, une typologie, une caractéristique qui devient une propriété indélébile d’une catégorie de population. Vous êtes Français de père et de mère, catholique qui plus est ? Vous êtes forcément anti-arabe, anti-noir… Ce n’est pas du tout mon avis !

L’historien des mœurs qu’est Alain Corbin confie au Figaro que, fils de métis de Fort-de-France – on disait autrefois mulâtre – il a grandi dans un village normand : « À titre personnel, je n’ai jamais senti le moindre racisme dans mon enfance. Mon père était “coloré”, mais il était parfaitement intégré. Dans cette société rurale, le catholicisme était le meilleur facteur d’intégration. On ne se souciait pas de votre peau. » Je pourrais en dire autant du catholicisme d’aujourd’hui. Dans ma paroisse de banlieue parisienne, je compte qu’il y a au moins un tiers des participants à la messe, parfois plus, qui sont originaires des régions les plus diverses de la planète. Leur piété est exemplaire, elle s’exprime au-delà de la pratique dominicale. On peut parler à leur propos d’une intégration étonnante, qui se remarque notamment à la qualité de leur français. La paroisse est un milieu privilégié de prise de responsabilité et donc de coopération avec les fidèles de plus ancienne implantation.

C’est une des raisons pour lesquelles je m’insurge contre les stéréotypes qui nous sont arbitrairement collés sur le dos. Il ne s’agit pas pour autant de sous-estimer les malaises de notre société, mais il ne faut pas se tromper dans leur identification et trouver du racisme, là où il n’existe pas.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 21 avril 2016.

Messages

  • Ce très bon article de G. Leclerc n’aura, à ce jour, initié aucune réponse. Il est aussi vrai que la profusion d’articles d’actualité limiterait dans le temps l’envoi de messages sur le sujet, pourtant d’importance. M’interdisant jusque-là d’intervenir pour ne pas, disons, empiéter sur une ou d’autres réactions, qu’il me soit aujourd’hui permis de m’exprimer. Pour mémoire, toujours sous la même plume et sur le même sujet :

    - "Non, la France n’est pas raciste !", 02/12/2013 (1 réponse)et
    - "Une France raciste ?", 03/03/2016 (7 réponses).

    Le thème serait pourtant, me semble-t-il, d’un intérêt majeur au vu des événements que nous vivons, de près et de loin, et les difficiles circonstances qu’il conviendrait de circonscrire - plutôt que de les encourager, involontairement ou pas. Ce thème est, pour moi, d’actualité, en ce sens qu’il eut été utile et efficace de bien comprendre le mot "racisme" pour la simple raison, qu’il est utilisé à temps et contretemps, n’importe où, n’importe quand et n’importe comment, par les uns et par les autres, ce qui est, je le pense, de nature à envenimer les situations. Il y a tant de déclinaisons : xénophobie, chauvinisme, radicalisation (nouvellement couchée et exploitée partout en tout et pour tout), dénigrement, etc... les exemples sont nombreux...Et les occasions de semer le doute, la discorde, les arrières-pensées le sont encore plus. Alors que notre société bousculée et déboussolée a besoin d’exactement le contraire.

    Obligé que je suis d’illustrer mon propos, je prends la liberté de ne citer qu’un exemple, le plus récent, le plus à ma portée et le plus simple, sans que cela donne lieu à aucune interprétation ni justification pour engager une dispute. (Cet espace ne peut être plus considéré comme la ruelle d’un quartier où viendraient s’affronter des gangs pour régler leurs comptes). Au même titre que je ne pourrais, à chaque intervention, la devancer de la formule "Toute ressemblance avec une personne ou des faits existants serait fortuite".

    "...les musulmans qui se mettent à quatre pattes...", expression pour le moins malheureuse qui aurait pu ou dû être évitée. Non par peur ou autre couardise, mais pour ne pas exacerber les passions et encore moins susciter des prétextes pour envenimer l’existence. Sans intention de prolonger, j’ajouterais que "nos amis les bêtes" à quatre pattes sont aussi des créatures du Bon Dieu, comme on dit. Et pour finir, je me vois mal utiliser cette formule pour rappeler, avant que la maladie et l’âge de l’atteignent, l’inoubliable image d’un Jean-Paul II baisant la terre qui l’accueillait à chacun de ses nombreux voyages apostoliques. "Jean-Paul II se met à quatre pattes pour saluer la terre qui le reçoit". Ce que j’aurais refusé pour JP II je ne saurais l’admettre pour un fils du Très-Haut, quel qu’il soit.

    "...Dans cette société rurale, le catholicisme était le meilleur facteur d’intégration..." (Alain Corbin) ; "C’est une des raisons pour lesquels je m’insurge contre les stéréotypes qui nous sont...collés sur le dos" (G. Leclerc). Il m’est impossible de ne pas adhérer à ces deux propos en soulignant, oui, que les catholiques ont de tout temps été les témoins de cette fraternité envers "le prochain". Encore faudrait-il qu’ils continuent à en donner l’exemple.

    MERCI.

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