Questions sur la gestion
d’une pandémie

par Gérard Leclerc

lundi 25 mai 2020

Le confinement est notamment remis en question.
© Pascal Deloche / Godong

Le temps n’est certes pas encore venu de tirer toutes les leçons des attitudes collectives face à la pandémie et à la gestion qu’elle a entraînée de la part du gouvernement. Mais déjà, on voit se dessiner à ce propos des clivages significatifs. Il y a ceux qui estiment que le danger a été largement surestimé et qu’il a permis une mise au pas des citoyens qu’ils ne parviennent pas à avaler. Je n’ai pu m’empêcher d’objecter à plusieurs d’entre eux : « Un danger surestimé ? Peut-être. Cette saleté ne m’en a pas moins enlevé plusieurs amis très chers. » Il m’ a été répondu qu’ils seraient morts d’une façon ou d’une autre, ce à quoi il m’est difficile d’objecter. Mais comment trouver la bonne mesure ? Tout de même, notre système hospitalier a bien accusé le coup, avec des services de réanimation débordés et des malades en grande faiblesse et en grand danger ?

Il est possible aussi d’alléguer la situation critique d’une puissance publique désarmée, parce que non préparée à la nature de ce virus inattendu et dépourvue de moyens. Ce qui n’était pas le cas d’autres États, notamment en Asie : Corée du Sud, Taïwan, Japon, Singapour… Le confinement rigoureux auquel nous avons été soumis a pour raison essentielle que nous ne disposions que de l’arme des faibles. Et puis s’ajoutait un sentiment de flottement du coté des scientifiques, de ceux qui étaient censés éclairer les décisions du pouvoir et donner quelques repères aux citoyens. Cela nous a fourni, comme lot de consolation, un superbe feuilleton médiatique avec la controverse autour du professeur Didier Raoult de Marseille. Il est vrai qu’avec lui l’opinion trouvait au moins un repère intéressant. Ce n’était pas seulement un chercheur mais aussi un praticien qui recevait et soignait les malades.

Alors, faut-il conclure de tout cela que l’opinion a été tenue en sujétion et même « infantilisée » ? On en disputera très longtemps encore. Il faut espérer qu’on choisira le mode de la franche explication plutôt que celui du règlement de compte avec désignation de boucs émissaires. Le philosophe Marcel Gauchet, dans un entretien au Journal du dimanche, espère qu’on écartera la tentation des citoyens d’en appeler au juge pour sanctionner les gouvernants. Il exprime aussi le vœu que la crise permettra de redonner de la clarté aux rôles et aux responsabilités des uns et des autres. Ce qui exclut une judiciarisation excessive de la vie politique et sociale.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 25 mai 2020.

Messages

  • "Il faut espérer qu’on choisira le mode de la franche explication plutôt que celui du règlement de compte avec désignation de boucs émissaires.". Gérard Leclerc a raison. Et sans aucune intention ni volonté d’engager une polémique qui s’ajouterait à celles qui empoisonnent le débat autour du covid-19, pourrait-on empêcher quiconque de se souvenir, à propos du confinement, d’une image ancienne (et infantile), celle de la pomme pourrie laquelle, laissée dans le panier avec les autres, les abîmera toutes ? L’isolement immédiat des personnes contaminées n’aurait-il pas convenu à limiter la propagation du virus évitant du même coup les néfastes conséquences de l’ emprisonnement drastique de la population ? Sur un autre plan, les très pénibles, regrettables et souvent fort violentes scènes d’invectives copieusement servies sur les plateaux télé entre personnes de mêmes disciplines auront-elles vraiment été bénéfiques à la recherche de solutions contre la pandémie ? Enfin, la question de la chloroquine n’aurait-elle pas pu et dû rester franco-française alors que jetée en pâture et internationalisée elle porte atteinte à la dignité d’un grand pays ?
    Voilà tout bêtement quelques questions que se pose l’homme de la rue - on dit aujourd’hui, sauf erreur, le citoyen "lambda" -. Et de se demander ce qui est le plus dangereux : le coronavirus ou la lutte fratricide.

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