Questions autour de l’avenir de l’Église

par Gérard Leclerc

mercredi 23 janvier 2019

Notre confrère, l’hebdomadaire protestant Réforme, titrait la semaine dernière sur une interrogation : «  Où va l’Église catholique ?  » Et de préciser : «  Abus sexuels, conflits de générations, crises de l’autorité pour ne pas dire des vocations : les catholiques en France sont partagés entre retour à la tradition et réformes radicales.  » Cette attention à notre égard de la part de nos frères protestants n’est évidemment pas indemne de présupposés qui s’enracinent dans l’histoire conflictuelle de nos Églises. Le choix des interlocuteurs ou des «  experts  » n’est pas neutre, même si un réel effort est fait pour tenir compte d’une certaine diversité d’éclairages. Au terme d’une enquête forcément rapide il est bien difficile de tirer des conclusions. Par ailleurs, le protestantisme n’est-il pas, lui aussi, confronté à des difficultés, voué à des divisions, qui ajoutent aux incertitudes du christianisme aujourd’hui ?

Pourtant, c’est la voie protestante qui semble privilégiée dans cette analyse, avec la mise en valeur de «  la conscience individuelle  » à l’encontre de l’obéissance catholique (Denis Pelletier), et du «  droit à la parole dont jouissent les citoyens dans la société politique  » (Joseph Moingt) et encore de la promotion des laïcs «  qui devraient être intimement associés à la gouvernance, animer des paroisses et contribuer à la vie sacramentelle  » (Anne Soupa). Sans vouloir minimiser ce qu’il peut y avoir d’intéressant dans cette intention d’associer plus largement le laïcat, et notamment les femmes, à la vitalité des paroisses et des communautés, il faut prendre conscience de ce qu’elle comporte d’élitisme. Ces revendications, même dans ce qu’elles ont de légitime, sont portées par de petites minorités qui ne reflètent pas nécessairement les attentes de toute une population frustrée de relation avec la culture chrétienne et la nourriture des sacrements.

Ce qui s’est défait dans les années soixante, c’est une forme de sociabilité chrétienne partagée au profit d’un autre type de société, où les médias se sont emparés de l’imaginaire collectif pour produire une autre représentation de la vie sociale. Ce qui s’est perdu, c’est fondamentalement la révélation biblique de l’Alliance de Dieu avec les hommes, pénétrant les consciences et rassemblant les communautés, le christianisme étant forcément social (de Lubac). Cette dimension de la sociabilité chrétienne est à réaffirmer avant toute revendication individualiste. De ce point de vue, ce qu’il y a de puissant dans le mouvement évangélique est à méditer, en ce qu’il consonne avec le catholicisme, dans son exigence de foi et d’affirmation visible. Ce dont nous avons besoin, c’est d’abord de témoins de l’Évangile en capacité de recréer la solidarité de la charité. Cela s’exprime dans une institution qui se reçoit, non de nous-mêmes, mais du Dieu en trois personnes.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Il me semble primordial d’en rester à la Parole :
    Luc 9
    …49Jean prit la parole, et dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas.
    50Ne l’en empêchez pas, lui répondit Jésus ; car qui n’est pas contre vous est pour vous.

  • Carrie Gress relevait que les clercs et les membres de l’Eglise catholique évoluaient, eux aussi, dans un "monde disloqué". Il ne serait pas non plus inutile de rappeler combien de fois, au cours de l’Histoire, des femmes et des hommes de bonne volonté sont intervenus pour "réformer" telle ou telle congrégation religieuse, lutter contre les désordres et abus en tous genres qui s’y étaient infiltrés, pour ne citer que l’action de Thérèse d’Avila et tant d’autres. Ce regard dans le rétroviseur n’est pas pour expliquer en le justifiant le péché auquel est confrontée l’Eglise aujourd’hui : "les abus sexuels", ni pour esquiver ou couvrir les difficultés citées ici et là : "crise des vocations, réformes ou retour à la tradition, etc...", ce rappel est seulement pour souligner que c’est aussi une preuve, sinon la preuve que l’Eglise n’est pas une lourde masse engourdie mais une réalité vivante qui interroge, qui s’interroge, qui surprend, qui bouge. L’Eglise ne serait-elle pas quelque part en train d’évaluer si, dans certains cas, elle doit s’appuyer sur son enseignement ou bien rejoindre le monde et relativiser en la minorant son exigence de fidélité aux conseils de Jésus-Christ...

    Cette crise qui traverse, qui transperce l’Eglise de nos jours ne serait-elle pas aussi la découverte que les prêtres sont eux-mêmes des pécheurs, et que Christ n’est pas, comme Il l’a dit, venu pour les bien-portants mais pour les malades, pas pour les justes mais pour les pécheurs, surtout en ajoutant "va et ne pèche plus" ?

    Nous évoluons tous dans un "monde disloqué", un monde qui se reconnaitrait dans l’histoire de Lichtenberg de "l’aveugle et le paralytique" : le mal-voyant demande au paralysé "comment allez-vous", "comme vous voyez" lui répond ce dernier...

    "Ce dont nous avons besoin c’est d’abord de témoins de l’Evangile en capacité de recréer la solidarité et la charité.". Comment dès lors, ne pas adhérer totalement à la conclusion de G. Leclerc : "Cela ne s’exprime pas dans une institution qui se reçoit, non de nous-mêmes mais du Dieu en Trois Personnes".

  • URGENT : Prière rectifier la retranscription de la dernière phrase de l’article de G. Leclerc et lire "Cela S’EXPRIME dans une institution qui se reçoit...du Dieu en Trois Personnes". Et Merci de bien vouloir pardonner cette erreur.

  • L’église catholique n’a d’avenir que si elle se refuse à céder à cette pression de "sécularisation" incarnée par quelques activistes protestataires.

    Ce qui fait la colonne vertébrale de l’Eglise, c’est la parole du Christ. Ce n’est pas la Pensée Unique, cette pensée réductrice et sectaire au service d’intérêts catégoriels, parfois des plus louches, et d’idéologies aux antipodes du message évangélique.

    Je ne voudrais pas citer de noms ici, mais on peut se demander pourquoi certaines (voire certains), très revendicatives et apparemment avides de pouvoir, ne rejoignent pas plutôt l’une quelconque des églises protestantes où elles pourraient devenir sans difficulté pasteur-es et mener leur carrière jusqu’à la mitre (mais où, hélas, il n’existe pas de poste de papesse...). Tout cela au lieu d’inonder les médias de libelles amers dénonçant « le pouvoir des mâles » et de passer leur temps à démolir de l’intérieur une institution à laquelle elles adhèrent en paroles mais non de cœur.

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