Question civilisationnelle

par Gérard Leclerc

lundi 20 mai 2019

La semaine dernière, j’ai évoqué plusieurs fois de façon succincte l’affaire Vincent Lambert, en formulant mon avis qui rejoint celui des parents de Vincent. Voilà des années qu’ils se battent pour que leur fils échappe à une fin de vie provoquée, alors qu’il n’est nullement en fin d’existence. Je sais que cette affaire est délicate et déchire une famille. Elle risque demain de déchirer le pays entier, car elle anticipe sur la question de l’euthanasie. L’euthanasie qui, à la différence de plusieurs pays européens, n’est pas encore entrée dans notre droit. Ce n’est pas faute d’un groupe de pression puissant et très en phase avec les médias. On dit que, par ailleurs, le président de la République n’a pas envie de s’engager, au moins dans l’immédiat, sur le sujet, préférant donner la priorité à l’extension de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes. Mais on sait que dans son entourage la pression est forte en faveur de ce qu’on prétend être le droit de mourir dans la dignité. Une dignité dont on s’arroge le privilège de la définition, ce qui pose d’énormes problèmes. Qui est digne de vivre ou pas ?

Est-ce que les 1500 personnes qui sont dans un état de santé proche de celui de Vincent Lambert sont dignes de vivre ? Et par ailleurs, n’y a-t-il pas une extrême violence à mettre fin aux jours d’une personne à qui l’on va retirer l’hydratation et l’alimentation, alors que l’intéressé avait précédemment résisté pendant trois semaines à une telle privation des moyens de subsister ? On sait que l’Église de France a réagi devant le sort réservé à Vincent Lambert, notamment par la voix de l’archevêque de Reims et de son auxiliaire. L’autorité morale du futur président de la Conférence épiscopale est grande. De son côté, Mgr Matthieu Rougé, nouvel évêque de Nanterre, a lui aussi réagi, alors que la commission de l’épiscopat qui se consacre à la réflexion bioéthique faisait part de son avis motivé.

Il ne faut pas se cacher que le cas Vincent Lambert a une portée générale, d’ampleur civilisationnelle. La légitimation de l’euthanasie nous entraînerait dans un autre monde. Natalia Trouiller, dans le manifeste qu’elle vient de publier à l’usage des chrétiens de ce pays ose poser la question : « Qu’est-ce que les chrétiens imaginent répondre à l’hécatombe euthanasique qui se prépare en France, chez nos anciens ? » Et elle argumente sérieusement son cri d’alarme. En dépit de la propagande contraire, n’est-il pas temps de s’engager dans ce combat déterminant ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 mai 2019.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.