« Église de Marie, Église de Pierre  »

Quelle place pour les femmes ?

par le P. Michel Gitton

mercredi 1er décembre 2021

Les trois Maries, détail de La Résurrection du Christ, entre 1437 et 1445, Fra Angelico, couvent de San Marco, Florence.

Dans cet éternel débat, le livre de Sœur Sandra Bureau interroge avec pertinence le rôle des femmes dans l’institution ecclésiale.

Avec l’ouvrage qu’elle nous livre aujourd’hui, Sœur Sandra Bureau signe une synthèse claire et nette des convictions que l’on peut nourrir relativement à la place des femmes dans l’Église. Elle ne se range évidemment pas dans le camp de tous ceux et celles qui prétendent révolutionner la répartition des rôles et contester radicalement la pratique séculaire des Églises d’Orient et d’Occident.

Mais elle ne s’en tient pas à une riposte polémique, qui se contenterait de plaider le statu quo. Elle reconnaît qu’il y a eu un déficit du côté de la réflexion, que l’on n’a pas assez fondé scripturairement, théologiquement, spirituellement une distinction qui semblait aller de soi.

Pourtant, en la creusant, on découvre tout autre chose qu’une donnée simplement «  naturelle  », mais un véritable trésor confié par Dieu à son Église. Elle reconnaît aussi qu’on a été souvent trop timide pour tirer toutes les conséquences du charisme féminin, dans l’évangélisation notamment.

Un cœur et une ossature

Ce qui structure son propos est une théologie solide qui repère deux dimensions constitutives de l’Église : l’une mariale et l’autre pétrinienne, l’une plus charismatique, l’autre plus institutionnelle, l’une axée sur le rayonnement de la sainteté, l’autre sur la transmission visible du dépôt de la foi. Le Corps du Christ qui est l’Église n’a pas seulement besoin d’une ossature, mais il lui faut aussi un cœur qui l’irrigue tout entier et c’est dans cette dimension que les femmes ont toute leur place, comme le montre l’histoire de l’Église depuis les débuts : Marie est au Cénacle priant avec les apôtres, elle n’a pas de rôle institutionnel, mais sa mission n’en est pas moins certaine dans la transmission et l’explicitation des souvenirs qu’elle «  conservait dans son cœur  ». Sainte Catherine de Sienne auprès des papes a fait plus pour la réforme de l’Église que les directives de la Curie.

Le mérite de la vision que nous apporte Sœur Bureau est de nous faire sortir de la perspective de concurrence dans laquelle nous baignons aujourd’hui. «  Être “apôtre du Christ’’ n’est pas nécessairement exercer un ministère, avoir des responsabilités, c’est d’abord et avant tout, rendre compte de ce que le Seigneur a mis en nous  » (p. 99). Ainsi les «  responsabilités  », si utiles aux hommes pour s’affirmer, ne sont pas le tout du service ; et peut-être la grâce des femmes est-elle de le leur enseigner…

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Église de Marie, Église de Pierre. Mieux comprendre la place des femmes dans l’Église, de Sandra Bureau, Mame éditeur, 101 p., 13,90 €.

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