Éditorial

Quel avenir pour le catholicisme ?

par Gérard Leclerc

jeudi 9 septembre 2021

© P Deliss / GODONG

L’historien Guillaume Cuchet, qui s’est fait connaître pour un essai très éclairant sur la chute de la pratique religieuse en France dans la période qui coïncide avec le déroulement et les suites de Vatican II [1], vient de récidiver avec un autre livre qui interpelle forcément les chrétiens : Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? (Le Seuil). Les données du problème paraissent plutôt simples. Il y aurait, aujourd’hui, 2 % des Français qui iraient à la messe chaque dimanche, alors qu’ils étaient 25 % dans les années 1950. Cette chute vertigineuse est significative d’un phénomène de portée historique, quelles que soient les interprétations qu’on lui donne. Certains critiques des idées ont pu parler de la disparition des grands systèmes de sens, caractéristiques de cette époque. Ainsi, le marxisme, qui fut pour plusieurs générations l’idéologie qui rendait compte du dynamisme inhérent à la marche de l’histoire, s’est-il effondré, rendant anachronique et injustifiable le mot de Sartre quant à son caractère «  indépassable  ». Mais il en serait de même de toutes les pensées se réclamant, tel l’hégélianisme, d’une philosophie totale de l’histoire.

Nouvelle forme du progressisme

Finis donc les lendemains qui chantent et les grands soirs qui ont fait rêver des générations de militants ! L’heure est à la déconstruction, et d’une façon générale au déni des héritages, tous suspects d’avoir provoqué discriminations et effets de puissance. On pourrait donc en déduire que le christianisme ne saurait échapper à cette logique du déclin et de la déconsidération, d’autant qu’à la chute des statistiques s’ajoute la révélation de nombre de scandales qui entachent jusqu’à la dignité du sacerdoce. Cela conduit certains à réinventer une autre forme de progressisme, assez différent de celui qui avait cours après-guerre et dans la période post-conciliaire. L’allure que prend en ce moment le synode de l’Église d’Allemagne laisse craindre une menace de schisme dont on peut se demander s’il aurait l’aval de Martin Luther.

Mais nos réformateurs ne sauraient nous tromper sur la nature de leur projet. Là où l’abandon de la discipline et des exigences doctrinales a été mené à terme, ce n’est pas l’afflux de nouveaux fidèles qui s’est manifesté mais une désertion généralisée. Ce qui veut se substituer à l’Église institution risque d’aboutir à des petits cercles, promis rapidement à des ruptures internes. Ce qui oblige à reposer la question en d’autres termes.

Ce n’est pas la première fois que l’Église se trouve face à un pareil défi. Il y a eu plusieurs rechristianisations de la France. Mais le regain est venu, comme aux XVIe et XVIIe siècles d’une réforme spirituelle radicale de l’Église dans sa tête et dans ses membres, ainsi que d’un renouveau mystique faisant briller de tous ses feux l’espérance du Salut qui ne proviendra que par la redécouverte intégrale de l’Apocalypse, c’est-à-dire de la Révélation trinitaire.


[1Comment notre monde a cessé d’être chrétien, Points, 2020, 320 p., 8,80 €.

Messages

  • Un commentaire circonstancié !
    Le catholicisme a-t-il de l’avenir - en France ?

    Il serait tentant de penser si l’évangile, de l’Espérance de la vie a quelque sens pour chacun de nous.
    De la naissance, l’enfance, les étapes de la maturation vers la vie adulte, la maturité et ses épreuves, le temps du vieillissement et de la dépendance et... la suite ne sont pas des sujets anodins.

    Chaque sujet qu’il soit citoyen civil, fidèle de la foi, ou le quidam qui pense parfois sans le déclamer ne peut croire sans le vivre.

    Les religions monothéistes de la tradition de la Parole inspirée croisent les religions temporelles du New Age, de l’écologie panthéiste, de l’Anima Terrae, qui soufflent à plein poumons spirituel dans le contexte de souffrance du moment.

    Le monde aérosol est partout.

    Dans le sanitaire, la médecine vaccinale qui tente de limiter la propagation virale, les miasmes du présent, pollution, nitrates, pesticides, imaginés de la main de l’homme.

    La prévention des effets indésirables de la propagation de virus inconnus ou incontrôlés crée dans un espace public vicié, malfaisant, des souffrances psychique et physique indéniables.

    J’ai mal à ma Création, diront les générations actuelles, je désire autre chose d’une Planète Vie que celle qui propage la mort !

    Je suis redevable aux générations futures de ce que j’ai pu accepter sans mot dire, d’un consentement irréfléchi, servile et passif.

    Je ne puis consentir à la négation formelle de "ces réalités d’en bas" qui déconsidèrent les valeurs cardinales de la fraternité, de la solidarité, de la charité chrétienne ou bonnement de conditions sociales supportables.

    Je ne suis un automate sans raison, sans conscience de ce que je sais, je tolère, je consens par accoutumance, ou par dépit.

    Les désenchantements des idéologies en isme, telle le futurisme, le totalitarisme, l’intégrisme, le passéisme m’ont appris désormais qu’il faut penser autrement, agir autrement, vivre autrement au su de qu’elles ont produit !

    De telles illuminations spirituelles sont-elles éloignées de l’espérance du bien vivre, du bien croire, du bien être aujourd’hui ?

    Une épreuve spirituelle qui vient à son heure pour quiconque a le pouvoir et la liberté de penser par lui même .
    Le fait de croire ne saurait nous dispenser de faire ce que jadis on appelait l’examen de conscience, qu’aujourd’hui on désigne comme l’introspection de notre conduite irrationnelle :

  • Pour moi, l’église qu’elle soit catholique protestante ou orthodoxe, devrait avoir comme but principal d’entretenir l’esprit des chrétiens de garder leurs lampes allumées dans l’attente du retour du Messie. Là se pose la question de comprendre le but de son retour. Si l’église ne peut l’expliquer clairement à ses fidèles, comment justifier de son autorité ? Je pense que si l’église cherche à redéfinir ses critères de valeur basé sur les notions de liberté et d’égalité sociale elle s’éloigne alors du fondement même de sa création et de sa raison d’être.

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