Quel accueil pour les migrants ?

par Gérard Leclerc

jeudi 10 mars 2016

L’Union européenne doit faire face à des vagues migratoires qu’elle ne peut maîtriser. Elle doit craindre aussi de nouveaux déplacements de population en provenance du Sahel. Elle doit employer tous les moyens de sauvetage pour préserver la vie des personnes en danger de mort et prévoir des lieux de transit afin de ne pas laisser en danger tous ces exilés. Mais c’est un tout autre problème que d’accueillir dans la durée des populations qu’il s’agirait d’intégrer.

Hier, j’abordais une des questions les plus aiguës du moment, face à laquelle l’Europe se trouve en plein désarroi. Devant ces flux considérables de migrants qui se pressent à ses frontières, notre continent s’interroge d’autant plus que la situation n’est pas près d’être stabilisée et que l’on s’attend dans les années à venir à d’autres mouvements de population. Certes, il y a une façon optimiste de considérer les choses. Nous serions désormais dans un monde ouvert, qui n’aurait plus besoin de frontières. Et cette ouverture serait même une chance pour la paix, à l’encontre des espaces clos d’hier et des nationalismes qui engendraient les guerres. Mais cette vision idyllique fait bon marché des drames actuels de l’immigration. Si, par exemple, des millions de Syriens ont quitté leur patrie, ce n’est pas en vertu de la mondialisation des marchés, c’est parce qu’il y avait la guerre, une terrible guerre civile. Ce qui nous renvoie à la réplique cinglante de la jeune journaliste Eugénie Bastié à Jacques Attali : « L’immigration, Monsieur Attali, ce n’est pas Erasmus, c’est un drame… »

Erasmus, faut-il le rappeler, c’est le nom du programme d’échange d’étudiants et d’enseignants entre universités et grandes écoles européennes. Érasme, c’est aussi une des plus fortes personnalités de l’effervescence intellectuelle de la Renaissance. Il ne faut pas se tromper de modèle. Celui-là est d’évidence sympathique, et on aimerait qu’il corresponde à nos flux de migrations. Mais ce n’est pas le cas. Ces flux se présentent d’abord à nous, comme un appel de détresse. Nous ne pouvons nous dérober à cet appel. Le secours aux naufragés est un impératif absolu, comme il l’était dans les années soixante-dix pour les naufragés de la mer de Chine. Mais porter secours est une chose. Accueillir durablement en est une autre. Ainsi que l’écrit Jean-Claude Barreau dans un petit livre brûlot (Liberté, égalité, immigration, Éditions du Toucan) : « Quitter son pays est un droit, s’installer à demeure dans un autre pays, n’en est pas un. » L’auteur connaît particulièrement bien le sujet ayant été le conseiller de François Mitterrand et de Charles Pasqua en matière d’immigration. Jean-Claude Barreau pense aussi qu’il faut « recueillir, nourrir et soigner les naufragés », mais l’étape suivante ne va pas de soi. Bien sûr, ce n’est pas la construction de murs qui résoudra la difficulté mais une négociation à l’échelon international entre pays d’accueil et pays de départ, lorsque cela est possible. Une rude tâche à poursuivre.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 mars 2016.

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