Que peut le pape ?

par Gérard Leclerc

lundi 17 septembre 2012

« Pourquoi tant d’horreurs, pourquoi tant de morts ? J’en appelle à la communauté internationale. » En jetant ce cri poignant à la foule sur le front de mer à Beyrouth, qu’espérait Benoît XVI ? Que peut sa voix seule dans le fracas des armes, les haines inexpiables des camps, la surenchère des extrémismes ? Oh, la question ne se pose pas d’aujourd’hui ! Elle se posait, par exemple, au début du XXe siècle, à la veille du déclenchement de la Première guerre mondiale, lorsque sommé de bénir le drapeau d’une future nation belligérante, le saint pape Pie X répondait simplement qu’il bénissait la paix. Son successeur Benoît XV pourra se dépenser en vain pour obtenir la cessation du conflit par la négociation, grâce à la médiation du dernier empereur d’Autriche, futur béatifié de Jean-Paul II, c’est la real politik et le processus inexorable des guerres déchaînées jusqu’à l’écrasement de l’adversaire qui prévaudront.

Faut-il donc en prendre son parti ? Évidemment non. On ne pourra reprocher au pape de ne pas avoir parlé clair et même de prendre parti dans l’analyse des événements et la dénonciation de l’inacceptable. L’évêque de Rome ne peut employer que les seules armes à sa disposition. Parmi celles-ci il y a la parole de vérité. Et pourtant même une telle parole peut être parfois à contre-emploi, lorsqu’elle risque de déchaîner la fureur du tyran qui ne supporte pas la dénonciation de son crime et risque de se venger au dépends de l’innocent. Il est ainsi arrivé au XXe siècle que le pape se résigne à la seule fonction du bon samaritain, venant au secours du blessé, tentant d’arracher ses victimes au bourreau. Certains ont reproché son silence à Pie XII face à la persécution nazie, d’autres ont reproché aux pères de Vatican II de ne pas avoir condamné ouvertement le communisme.

Plus libre de sa parole, Benoît XVI a condamné les ventes d’armes en Syrie, il a souligné le caractère positif et libérateur des printemps arabes non sans mettre en garde sur les conditions de l’établissement d’un État de droit. Les témoignages unanimes des personnes réunies à la grand messe de dimanche (y compris de musulmans) montraient la communion profonde de tout un peuple qui avait reçu le message et se trouvait conforté dans sa détermination à perpétuer une présence chrétienne sur cette terre. L’action efficace du pape intervient là où l’appel à la paix et à la réconciliation trouve le chemin de cœurs.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 17 septembre 2012.


Benoît XVI appelle à un « vivre ensemble »... par KTOTV

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