Que fait Dieu en ce moment ?

Randall Smith, traduit par Isabelle

mercredi 23 septembre 2020

Certaines personnes semblent croire qu’elles peuvent voir « l’arc de l’histoire » et savoir vers quoi l’histoire se dirige. Personnellement, je suis nul pour lire dans les « feuilles de thé » de l’histoire. Je crois à la divine providence, mais je ne suis pas quelqu’un qui détecte ce que fait Dieu ni ce que sont Ses intentions à aucun moment particulier.

S’il se produit une série d’évènements heureux, j’ai appris à me méfier de conclure « Ah Dieu doit être content et voulait que je fasse telle chose », que ce telle chose soit « épouse cette fille », « choisis ce travail », ou « achète cette voiture ».

Et les saints m’ont appris ceci :(non que je sois un bon élève) quand il m’arrive des ennuis, je ne devrais pas conclure (comme je le fais souvent) « Il est clair que Dieu me déteste et veut que j’échoue ».

Je sais que je suis censé faire confiance au fait que Dieu fait « son truc de Dieu », même si je ne comprends pas ce qu’Il peut bien avoir à l’esprit. Ainsi, je n’ai qu’à m’en tenir à ce que je sais : Ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, bien traiter les autres, aimer comme Dieu m’a aimé, prier, aimer même mes ennemis. Dieu a rendu ces choses très claires.

Mais même moi, je commence à soupçonner qu’on nous « dit » quelque chose quand apparaît la « culture de l’annulation » : Junipero Serra, saint patron des vocations, en ce moment où nous avons désespérément besoin de plus de prêtres ; Frère Damien de Molokai, l’homme qui s’est associé à l’île de quarantaine des lépreux, à une époque où nous avons désespérément besoin de prêtres qui traversent le rideau de fer de la quarantaine et exercent leur ministère auprès des pauvres ; et Flannery O’Connor, une femme qui a écrit des choses si brillantes à propos de la vacuité d’un christianisme américain en l’absence du Christ et de la Croix, à une époque où le catholicisme américain a désespérément besoin des leçons qu’elle pourrait enseigner sur la manière dont la grâce opère dans un monde déchu.

Serait-ce trop anticonformiste de se demander si à ce moment-ci de l’histoire, on nous enseigne une sorte de « psychologie à l’envers » ? C’est la technique par laquelle on essaye de persuader une autre personne en lui affirmant une conviction ou un comportement à l’opposé de celui qu’il faudrait, en espérant que cela l’amènera à réaliser à quel point c’est absurde, ridicule ou offensant.
Qu’y a-t-il ? Vous faites tomber la statue de Serra ? Mais nous avons besoin de prêtres ! Quoi, vous voulez vous débarrasser du frère Damien ? Mais nous avons besoin de prêtres qui aillent rendre visite aux malades ! Quoi ? vous avez « décommandé » Flannery O’ Connor ? Mais son œuvre parle à nos défis spirituels dans ce moment culturel plus profondément que jamais !

Ou bien est-ce bien la question ? Vous, espèce de Dieu rusé !

Mais ce n’est pas à moi de le dire. Je n’ai aucune idée de ce que Dieu a en tête ces jours-ci.

Alors, par exemple, Dieu, pourquoi une université soi-disant catholique du Maryland supprimerait-elle le nom de Flannery O’Connor de son dortoir ?

Et pourquoi un éditeur du Reporter National Catholique, soi-disant catholique, décrirait-il Alexandria Ocasio-Cortez, la femme qui a déclaré que la statue de Frère Damien dans la capitale était un exemple de la « culture suprémaciste blanche », comme « exemple du futur de l’Eglise catholique » et la louerait-il pour sa « passion pour la justice et la dignité humaine ». Même si cette madame Ocasio Cortez soutient la libéralisation de l’avortement, le financement de l’avortement par le contribuable, et les lois qui obligent les hôpitaux catholiques à exercer des interventions à froid qui font violence à leur foi ?

Pourquoi est-ce le catholique Joe Biden qui est devenu rapidement favorable à l’avortement, promettant qu’il obligerait les petites sœurs des pauvres à payer pour cela ; et en fait, pourquoi tant de politiciens favorables à l’avortement tels que Nancy Pelosi et Andrew Cuomo, sont-ils « catholiques « ?

Et comme il est étrange qu’un homme comme Donald Trump soit devenu le président de ces dernières décennies le plus systématiquement anti-avortement ?

Grand Dieu, que faites-vous ? Comment tout cela s’organise-t-il ?

Les saints illuminent tous les âges, aussi n’est-il probablement pas très étonnant que je les trouve particulièrement éclairants actuellement, en un temps de grande obscurité. Pas très étonnant non plus que les puissances des ténèbres soient désireuses de les éteindre. Quand j’ouvre la grande Summa de Saint Thomas d’Aquin, presque à chaque page je trouve une parole de sagesse pour notre époque. Donc, je suppose que ce n’est pas un mystère de savoir pourquoi les gens qui détestent la foi catholique veulent que personne ne la lise.

Mais pourquoi est-ce que je trouve parmi certains protestants et agnostiques plus d’intérêt pour Thomas d’Aquin que dans de nombreuses institutions ostensiblement « catholiques » ? Et pourquoi ces institutions catholiques balayent-elles Thomas d’Aquin, les pères de l’Eglise et la logique, hors du programme, juste au moment de l’histoire où on en a le plus besoin ?

Pourquoi tant d’institutions d’éducation catholiques sont-elles dans un état aussi pitoyable, manquant de tout sens de la mission catholique, de la compétence administrative basique, ou du respect de la dignité de ses employés ? Ce fut une chose que le pape Léon XIII a proposé : que les catholiques travaillent comme un levain dans la société pour aider les nations émergentes à incarner les principes catholiques alors que l’Eglise catholique avait les établissements éducatifs les plus impressionnants du monde, depuis l’école primaire jusqu’aux études avancées de l’université. Mais comment pourrons nous répondre à cet appel maintenant que des générations de chefs catholiques ont échangé cet héritage éducatif contre un plat de lentilles ? Je veux dire : je n’y comprends rien.

Mais je ne pense pas qu’Athanase comprenait ce que Dieu avait dans la tête quand le monde est devenu fou avec l’arianisme après le Concile de Nicée ? De même, le monde a eu tendance à devenir fou après la plupart des conciles œcuméniques depuis lors. Et je ne pense pas que Jean Paul II comprenait quelle était l’intention de Dieu quand son père et sa mère sont morts alors qu’il était encore jeune, et quand son pays fut dominé d’abord par les nazis, puis par la tyrannie soviétique.

Comme l’a écrit TS Eliot,

Comprendre le point d’intersection entre l’éternel et le temps est une occupation pour les saints.

Et ce n’est pas mon cas.

Ainsi, si on se demande « Qu’est-ce que Dieu veut maintenant », je crains de n’avoir rien de mieux à répondre que « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas, tu ne commettras pas d’adultère, aime ton prochain, prie, aime même tes ennemis. » J’imagine que pour s’occuper du reste, je n’ai qu’à faire confiance à Dieu.


Voir en ligne : The Catholic Thing

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.