Que dirait Beuve-Méry du Monde d’aujourd’hui ?

par Gérard Leclerc

jeudi 15 mai 2014

Nathalie Nougayrède démissionne de son poste de directrice du Monde. Le conflit faisait rage depuis plusieurs mois à l’intérieur du quotidien, dont plusieurs rédacteurs en chef avaient eux-même démissionné quelques jours auparavant. D’après les informations qui nous ont été fournies par les autres journaux à propos de la crise de leur confrère, il semble bien que celle-ci soit de nature managériale et non de nature idéologique. Le journal fondé par Hubert Beuve-Méry souffre d’un problème de leadership, ce qui aurait été inimaginable à l’origine de cette belle aventure de presse qui avait été lancée à la Libération, sous l’égide du général de Gaulle. Le général voulait que la France possédât un quotidien de référence, dans la suite de ce qu’avait été autrefois Le Temps. Il ne désirait pas, pour autant, que Le Monde fût la voix de son maître ou l’expression du pouvoir. D’ailleurs, Beuve-Méry ne l’eût point admis.

Il m’arrive de me demander comment Beuve considérerait aujourd’hui la ligne et le contenu rédactionnel du Monde de 2014. Selon l’expression consacrée, il devrait lui arriver plus d’une fois de se retourner dans sa tombe. Mon ami, le père Bernard Bro, qui l’avait très bien connu, n’avait guère de doute là-dessus. Un jour, Beuve lui avait confié : « J’ai dû encore enlever un tiers de l’article de X qui, au lieu d’informer, mettait ses tripes sur la table. » Qu’aurait-il dit en prenant connaissance de la une de son journal, lundi après-midi, où était célébrée en gloire Conchita Wurst, dont la victoire au concours de l’Eurovision permettait de redire une fois de plus l’engagement formel du Monde « à l’avant-garde des changements de société ».

Une diva travestie avec des faux-cils et une barbe postiche, tel est aujourd’hui l’emblème du Monde ! Dans le dernier numéro, on nous jurait encore, la main sur le cœur, qu’il n’y avait pas de théorie du genre, et que les gens qui à Nantes s’insurgeaient contre l’invitation faite aux garçons de venir en jupe au lycée vivaient dans le fantasme. Oui, Le Monde me pose un problème, et pas seulement de gouvernance.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 15 mai 2014.

Messages

  • Pourquoi ne rappelle-t-on pas plus souvent ce qu’est la Charte de Munich (1971) sur les dix devoirs et les cinq droits des journalistes ? En voici quatre extraits :
    - "respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître" ;
    - "ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents" ;
    - "s’obliger à respecter la vie privée des personnes" ;
    - "ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste".

    Presque chaque, je vois que le Mainstream Media viole ces quatres devoirs. Exemples : violation du secret des instructions judiciaires en France, déformation des faits qui contredisent le parti pris (relation des faits et gestes des rebelles en Syrie, articles sur le massacre d’Odessa, etc.), violation de la vie privée en d’inombrables occasions (président de la République en France, etc.). Les deux plus graves manquements, c’est de remplacer trop souvent (en France plus encore qu’aux États-Unis) les faits par des jugements à l’emporte-pièce, et c’est de suivre en Europe la "politique du mouton de Panurge" sans remettre en cause les préjugés (le troupeau étant le Mainstream Media dirigé par CNN, le New York Times, l’AFP, etc.).

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.