Qu’est-ce qu’un schisme ?

par Gérard Leclerc

jeudi 12 septembre 2019

Le pape François
CC by sa : Casa Rosada

Le Pape a parlé aux journalistes qui l’avaient accompagné lors de son dernier voyage de menaces de schismes dans l’Église… Mais qu’est-ce qu’un schisme ?

Dans l’avion qui le ramenait de l’Île Maurice à Rome, le Pape s’est longuement exprimé, comme il en a l’habitude, devant les journalistes qui l’accompagnaient. Et pour la première fois, il n’a pas hésité à parler explicitement des divisions dans l’Église, divisions qui l’affectent personnellement parce qu’il se trouve en butte à des attaques personnelles. Certaines viennent des États-Unis, comme le rapporte dans un livre récent Nicolas Senèze, correspondant de La Croix au Vatican [1]. François a même dit à propos de ce livre qu’il s’agissait d’une « bombe ». On reconnaît bien là le langage direct de ce Pape, qui n’hésite pas à dire les choses avec la plus grande franchise. Mais il a encore été plus loin, en invoquant la perspective d’un schisme. Un schisme, on ne prononce pas pareil mot à la légère. Il appartient de longue date à la tradition chrétienne. François a d’ailleurs fait un rappel de cette tradition, en revenant sur des événements marquants de l’histoire du christianisme des premiers siècles. Et il fallait certaines connaissances théologiques pour pouvoir le suivre.

On s’interrogera sans doute longtemps sur une de ses formules : « Je prie pour qu’il n’y ait pas de schisme, mais je n’ai pas peur. » Certes, le successeur de Pierre n’est-il pas celui dont l’autorité est fondée sur l’assurance donnée par le Christ qu’il ne saurait défaillir dans la foi ? Mais tout de même, on s’interroge. La menace est-elle si grave ? J’ai eu la curiosité de consulter saint Irénée de Lyon qui, dans sa somme Contre les hérésies, fustige précisément les fauteurs de schismes. Ils sont dit-il « vides de l’amour de Dieu et visent à leur propre avantage, non à l’unité de l’Église. Pour les motifs les plus futiles, ils déchirent et divisent le grand et glorieux corps du Christ et, autant qu’il est en leur pouvoir, lui donnent la mort. Ils parlent de paix et font la guerre, et en toute vérité filtrent le moucheron et avalent le chameau, car il ne peut venir d’eux aucune réforme dont l’ampleur égale celle des dommages causés par le schisme ».

D’Irénée au second siècle de notre ère à François, c’est toujours la même hantise de l’unité du corps du Christ. Et l’on ne peut que souhaiter que le schisme, la déchirure, n’intervienne pas. François se dit d’ailleurs soucieux de dialogue pour s’expliquer loyalement avec ceux qui s’opposent à lui. Alors posons franchement les questions, semble-t-il proposer à ses contradicteurs, et confrontons-nous à la règle de la foi qui doit impérativement nous réunir.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 septembre 2019.


[1Nicolas Senèze, Comment l’Amérique veut changer de pape, Bayard, 276 p., 18,90 €.

Messages

  • Il y a en effet des postures de "caté-schisme" de la part de quelques intrigants qui nourrissent l’hostilité à la personne du pape qu’il qualifient de persona christi quand il défend leurs intérêts et la profanent quand son discours voit plus loin, plus grand et plus universel.
    Il y a de l’imposture à vouloir faire église avec les plus proches de même école de pensée et de vie quand l’Eglise rapporte la diversité des fidèles, des églises et des pratiques.
    Il y a de l’agressivité à vouloir imposer une forme liturgique unique, uniforme et exclusive dans un univers où les langages, les rites et les pratiques sont multiples..
    Il y a de l’exclusion en choisissant sa règle évangélique comme seule orthodoxe et partiale.
    L’évangélisation est vaste, le monde de la jeunesse plus tolérante que l’on croit, sans doute par ignorance que par rejet de la foi.
    Il y a des opportunités immenses par la diffusion de l’information spirituelle et religieuse, par des canaux de la communication à l’extrême de la forme et moins sur le fond des sujets concernés.
    Il y a des défis majeurs et premiers à parler vrai sans complaisance mais au risque de connaître les oppositions de partis pris sans complaisance.
    Le Pape François est exposé comme chacun là où il vit, dans son monde.
    La cohabitation de ces mondes religieux est un immense défi pour l’avenir.
    Mêler le politique au religieux est un risque évident, car les perspectives d’intérêts partisans s’accordent difficilement avec la vie des hommes du moment ballottée par le relatif et la peur des lendemains du monde.
    Espérer contre toute défaillance en la force de l’Esprit de communion demeure un acte de foi absolu.
    L’histoire a donné raison aux incompris, aux "doutants" et aux plus humbles face aux puissances séculières du passé, des empires et des forces fragiles armées des plus obstinés.
    Courage, foi et espérance !

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