Prospérer comme catholiques

Bevil Bramwell, OMI, traduit par Bernadette Cosyn

mardi 2 février 2021

Le Christ délivant le possédé gérasénien, basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, VIe s.

Les lectures de la messe de ce dimanche délivrent un message rude. Elles traitent du mal. Quelque chose qui n’est jamais bien loin de nous. Nous entendons les paroles de Moïse rappelant aux Juifs qu’antérieurement ils ont supplié Dieu au mont Horeb de ne plus leur faire voir le feu de Sa présence ni entendre le son de Sa voix. Ils ont imploré d’avoir un prophète qui servirait d’intermédiaire, parce qu’ils savaient à quel point ils étaient indignes – et qu’ils mourraient s’ils se présentaient devant Dieu dans cet état.

De cette histoire, nous apprenons quelque chose de la condition humaine : nous nous tenons toujours devant Dieu. Et cela rappelle une caractéristique du Jardin d’Eden – quelque chose qui n’a pas disparu avec la Première Faute – quand Adam et Ève se sont cachés parce qu’ils étaient « nus ».

Dans les lectures de ce jour, Dieu continue de parler par Moïse : « quiconque n’écoutera pas les paroles qu’il (le prophète de Dieu) prononcera en mon nom, je lui en demanderai compte ».

Curieusement, c’est là qu’une des primitives hérésies chrétiennes à trouvé un point d’entrée. Le gnosticisme – qui s’est développé au deuxième siècle, puis de nouveau durant le haut Moyen Âge, puis à des époques et des endroits surprenants ( y compris de nos jours) – ne croit pas que « l’âme atteint ses fins propres en obéissant d’esprit et de volonté à la Puissance Suprême » (Encyclopédie Catholique). L’hérésie gnostique perd de vue la relation la plus basique de toute notre existence : nous vivons dans un échange de vie et d’amour avec Dieu. C’est la première chose qui nous conduit à la plénitude de la vie.

Le psaume que nous chantons aujourd’hui en réponse au paroles de Moïse reprend ce thème et ajoute à ce que nous savons sur cette relation : nous « chantons joyeusement pour le Seigneur ». Nous « acclamons le rocher de notre salut ». Alors « prosternons-nous et adorons », ce que nous faisons à la messe.

Mais négliger et même souvent agir contre cette merveilleuse relation avec Dieu nous conduit dans un état d’anxiété. Dans la Seconde Lecture, Paul décrit quelques origines de cette anxiété. Paul montre à la communauté de Corinthe comment la vision catholique de la vie, la vie devant Dieu, vivifie et enrichit les relations entre les hommes et les femmes.

Un fait central à propos de la vie du célibataire, homme ou femme, est que cela implique une bonne part d’anxiété. Il ou elle est toujours « anxieux des choses du Seigneur ». Et les jeunes également vivent en obéissance à la Puissance Suprême mentionnée plus tôt. C’est un sentiment rare dans la culture moderne et qui devrait être crié sur les toits encore et encore. Pour que les jeunes prospèrent, ils doivent d’abord apprendre ce que Dieu attend d’eux, même si c’est une chose qu’ils ne veulent pas entendre de prime abord.

Thomas More est un exemple intéressant et instructif. Jeune homme, il vivait dans la chartreuse de Londres. Il restait là pour une vie régulière et sainement communautaire de prière, pour discerner ce que serait son avenir. Ce serait un avenir, a-t-il réfléchi, qui servirait Dieu d’une manière ou d’une autre.

Après évaluation réfléchie, il choisit la loi et la vie maritale. Dans la Seconde Lecture de ce jour, Paul reconnaît que les gens mariés doivent avoir une authentique implication dans le monde, mais cette implication n’est qu’une face dans un équilibre où l’homme marié doit également montrer son amour pour sa femme et la femme mariée son amour pour son mari.

Le sous-entendu ici est que pour chaque pensée, pour chaque acte, il ou elle discerne la volonté de Dieu. Avec cela, nous en revenons au thème de la Première Lecture. Cette façon de vivre est, selon les mots de Paul, « pour le bien de notre adhésion sans distraction au Seigneur ». Telles sont les caractéristiques d’une vie qui rend authentiquement humain, authentiquement fécond et authentiquement fidèle.

Ce régime produit une vie d’une telle profondeur et d’une telle richesse qu’en comparaison elle rend la vie gnostique morne et anxieuse. Pourquoi rabâcher au sujet du gnosticisme ? Parce que cette hérésie est toujours vivante et exerçant ses méfaits sur notre société. Cela apparaît le plus clairement dans la façon dont la gauche affiche une curieuse auto-suffisance et un savoir (prétendument) supérieur.

Les gauchistes radicaux ne font aucunement référence à la volonté de Dieu. L’élite, comme ses homologues des siècles précédents, croit avoir toujours possédé un savoir spécial (la gnose) sur ce qui est bon pour l’humanité.

Sans surprise, ce savoir ésotérique se traduit dans des façons de faire qui donnent à l’élite toujours plus de richesse et de pouvoir. Le gnosticisme est une négation du mode de pensée chrétien et de ce fait il n’est pas surprenant que les courants gnostiques dans notre culture visent également à démanteler le catholicisme. Les gnostiques sont « le peuple qui est dans les ténèbres » (acclamation de l’évangile). Ils prétendent à une sagesse supérieure mais ignorent la lumière de Dieu.

Ce qui nous amène à l’évangile du jour. Jésus est le prophète annoncé par Moïse. Il est l’homme vertueux (Première Lecture), unique (Seconde Lecture) qui vit une vie vouée à la volonté de Dieu. Il est la lumière de l’acclamation. Par conséquent, il possède le pouvoir extraordinaire de chasser les démons. Ils sont « impurs », ce qui signifie que l’homme qui est possédé ne peut pas adorer Dieu comme il devrait.

Thomas d’Aquin nous rappelle que nos péchés viennent la plupart du temps de notre égoïsme. L’absolue possession ne survient que rarement. Mais méfions-nous des moyens par lesquels ce qui est « impur » entre en la plupart de nous par la croyance – telle celle des gnostiques – que nous savons mieux que Dieu Lui-même, qui est le centre de nos vie, comment nous devons vivre.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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