Prions pour les coupables

David Warren, traduit par Bernadette Cosyn

vendredi 11 septembre 2020

« La crucifixion » par le maître de Dreux Budé (probablement André d’Ypres) avant 1450
[musée Paul Getty, Los Angeles]

Derek Chauvin. C’est le nom du policier de Minneapolis qui a appuyé son genou sur l’arrière du cou de George Floyd. Il a été pris en vidéo. Chauvin et les trois autres policiers présents n’ont pas tardé à être accusés d’homicide. Des preuves de circonstances atténuantes se font jour, mais les répercussions ont eu lieu.

Je suppose que tous mes lecteurs ont entendu parler de cet événement et ont également été conscients des émeutes violentes qui en ont résulté. Trois mois plus tard, de grandes villes américaines demeurent sur des charbons ardents et des quartiers complets sont en feu tous les soirs en raison de cet événement et de plusieurs autres qui en ont découlé.

Les gauchistes, qui en ont fait leurs choux gras (nombreuses victimes) ne semblent pas vouloir se calmer, ne parlons pas de faire des concessions. Pourtant nous n’avons toujours qu’une information partielle pour chaque événement.

Mais pour mon objectif de ce jour, j’aimerais examiner le contexte et les conséquences. Je ne m’attarderai même pas sur le fait que tout être humain digne de ce nom a été horrifié par la vidéo. Alors pourquoi des pans entiers de la population sont condamnés comme s’ils étaient complices du crime ?

Il est de toute façon trop facile de réfuter les arguments avancés par Antifa et Black Lives Matter, ou les idéologues pantelants des médias, du monde universitaire ou de la politique qui exploitent le problème – la plupart dans un sens, mais quelques-uns aussi dans l’autre. « La bêtise des foules » ne me préoccupe pas ici.

Je voudrais plutôt me concentrer sur l’événement originel – le meurtre présumé de George Floyd – avec le peu que nous savons déjà à ce sujet. Autant que nous puissions le voir, nous avions un tueur et l’homme qu’il a tué, un coupable et une victime. Le sentiment d’une injustice est un puissant guide dans toute société humaine.

Avec qui nous identifions-nous ? Je mentionne cela parce que c’est la mauvaise question.

Notre réponse pourrait bien expliquer et même déterminer où nous nous situons sur la question de justice. Dans ce cas, ce devrait être simple et c’est effectivement simple pour la plupart des personnes actuellement en vie. Je n’ai entendu parler que d’une seule personne qui prenait le parti de Chauvin et il pensait plus juste un cycle d’information plus tard. Je doute même que les accusés pensent maintenant qu’ils étaient dans leur droit.

Pourtant je fais ici un usage dangereux du mot identité, tel que le monde l’utilise maintenant, pour le plus grand bonheur des gauchistes. Dans ce monde, nous nous identifions de façon abstraite. Les questions de race de croyance, de couleur et autres du même style sont mises en avant, que ce soit ou non pertinent. Les « politiques identitaires » jouent là avec le feu.

Mais plus fondamentalement, le lecteur s’identifie-t-il personnellement avec Derek Chauvin. Peut-il, dans ses pensées les plus féroces, s’imaginer capable d’un tel comportement ? Non pas « suis-je la sorte de personne à avoir fait une telle chose ? » mais « pourquoi ne le serais-je pas ? »

Nous ne pouvons pas savoir ce qui s’est passé au préalable et les pensées sauvages peuvent naître de quelque chose qui s’est passé. L’honorable lecteur a-t-il jamais haï quelqu’un au point d’avoir pensé au meurtre ? Et à la torture également, par la même occasion.

Je suppose que, si c’est le cas, il a abandonné cette pensée, peut-être instantanément. Cependant, certains d’entre nous ont été meurtriers dans leur cœur et ainsi que nous devrions le savoir depuis que nous sommes adultes, des milliers et des millions sont passés à l’acte. Des humains ont commis des actes tellement ignobles que nous devrions sûrement saisir de quoi nous sommes capables, nous les humains.

Arrêtons-nous ici pour considérer également les saints, y compris ceux qui ont pardonné à l’avance leurs propres meurtriers. Comme chrétiens, j’espère que nous ne dirons pas simplement qu’ils avaient une idée lacunaire de la justice. Ils ne se sont pas trouvés oublier, dans l’excitation du moment, le commandement de la loi mosaïque interdisant de verser le sang innocent.

Cela, c’est ce que font les meurtriers, pas leurs victimes.

L’acte vraiment radical de pardon, ici porté au sublime, s’oppose à la profondeur de la culpabilité, que nous associons avec le Diable dans notre religion. Du moins telle que nous la comprenions en général jusque récemment.

Nous prions pour les victimes, nous adressant à notre Sauveur qui, par définition, était l’innocent parfait. Nous prions pour des victimes bien moins parfaites ; et dans les moments de confusion entre la justice et la miséricorde, nous prions pour les victimes parce que nous pensons qu’il est juste de le faire. Tous ceux qui ont prié et qui prient pour l’âme d’un George Floyd avaient raison d’agir ainsi.

De même que ceux qui ont prié et qui prient encore pour un Derek Chauvin. En vérité, il peut bien nécessiter davantage de prière, bien que nous ne puissions le savoir et devions finalement laisser cela au Jugement de Celui qui sonde les cœurs plus profondément que nous ne pouvons sonder seulement le nôtre.

Ici, je pense que la perte de la doctrine chrétienne, à commencer peut-être par la doctrine du péché originel, nous a affaiblis.
Ce n’est pas seulement que nous ne pardonnons pas ; nous devenons de plus en plus incapables de pardonner. De façon abstraite, nous pouvons bien comprendre que les êtres humains sont capables de faire un mal terrible, nous oublions que nous-mêmes sommes capables de faire un mal terrible.

Et dans cet oubli, nous perdons quelque chose qui a été gagné autrefois à grand prix, à travers les générations, quand nous étions christianisés.

Les conséquences peuvent être vues dans les rues ; ou sur les visages des émeutiers ; ou sur les visages de ceux rendus fous furieux par les émeutiers. C’est ce qui arrive quand la société dans son ensemble perd la capacité de pardonner. Peu à peu nous devenons davantage enclins à des actes monstrueux.

Et qui pis est, nous nous sentons à l’aise avec cela, comme si la justice (le « karma ») avait été confortée. Car en l’absence de miséricorde, de magnanimité et de pardon – les véritables qualités, qui se trouvent souvent au-delà de la portée des mots – la distinction entre le meurtrier et la victime disparaît. L’âme humaine est elle-même réduite à un fragment au sein d’un diabolique « nous contre eux ».

Bien évidemment, la justice doit également être rendue. Peut-être certains policiers devraient-ils être pendus ou ce que décidera un consensus libéral. Mais si nous ne cherchons que la justice, ce sera la dernière chose que nous obtiendrons. Et, comme on l’enseignait autrefois aux chrétiens, elle ne s’arrête pas au gibet.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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