Traduit par Claude

Prière et ascétisme

par Michael Pakaluk

samedi 31 août 2019

Si on se demande pendant combien de minutes on doit faire de l’exercice chaque jour pour être en bonne santé, vous pouvez connaître la réponse (30 minutes). Mais si vous ne le savez pas, vous ne douteriez pas qu’il y a une réponse objective. Et vous sauriez où chercher pour la trouver (par exemple le département de la santé U.S.).

Vous comprendriez que cette durée est un minimum. Si on doit perdre du poids, ou si on est un athlète en cours entraînement, devrait faire beaucoup plus d’exercices que cela. Mais vous comprendriez l’idée de « ce que, objectivement, en moyenne, une personne a besoin pour être en bonne santé ». Pour vivre bien implique d’introduire au moins 30 minutes d’activité vigoureuse dans votre planning quotidien. Nous sentons cela et le savons implicitement.

Mais je veux poser la même question pour l’âme. Nous disons qu’il y a une âme, et que le corps en de nombreuses manières représente l’’âme. Il y a l’activité de l’âme, ainsi que sa santé et sa force. Aussi il semble que nous pouvons demander : Pendant combien de temps dois-je exercer mon âme chaque jour pour avoir une bonne santé spirituelle ? Là, en contraste, bien que le sujet soit plus important, nous avons tendance à penser qu’il n’y a pas de réponse objective, et nous ne serions pas sûrs de savoir auprès de quelle autorité s’adresser, pour avoir une réponse.

Remarquez que la question que je pose est relative au « temps que nous consacrons ». Il peut y avoir des efforts physiques qui « accompagnent » la vie de tous les jours - se rendre à son travail, porter des sacs de nourriture, etc. Vivre une vie plus active de cette manière est bien. De la même manière, il peut y avoir des actes « d’effort » spirituel dans les activités ordinaires de la journée. Mais je pose la question en ce qui concerne les moments qui sont consacrés spécialement pour des exercices corporels, et spécialement pour des exercices spirituels.

Ou abordons la question ainsi : Vous pouvez en principe distinguer la prière de l’ascétisme. La prière peut être définie comme une conversation avec le Seigneur. L’ascétisme est toute activité qui requiert et construit une auto-discipline.

En théorie, il peut y avoir une conversation avec le Seigneur qui ne requière pas d’auto-discipline. Beaucoup semblent considérer la prière principalement de cette manière. Ils pensent à des conversations entre amis, semblables à deux hommes assis dans des confortables fauteuils tout en fumant des cigares et buvant du whisky, et ayant une grande conversation. Et ils imaginent la prière ainsi, assis dans de confortables sièges ayant une sorte de conversation amicale avec Dieu.

En principe, aussi, il peut y avoir de l’ascétisme, d’une certaine manière au moins, sans la prière. Le philosophe Thomas Reid résolvait des problèmes de calculs chaque matin, par discipline mentale, avant d’écrire des textes philosophiques. Le philosophe analytique Roderick Chisholm m’avait dit une fois qu’il étudiait un article de la Somme Théologique chaque matin avant son travail, non pour ce qu’il disait, mais comme discipline d’y travailler.

L’examen quotidien de sa charte de vertus par Benjamin Franklin serait un autre exemple. Un exemple plus frivole serait les jeux de sudoku ou de mots croisés résolus par certains pour avoir l’esprit plus vif.

Mais bien que la prière et l’ascétisme soient en principe différents, dans la pratique ils semblent aller de pair. Il est vrai que la prière est une conversation avec le Seigneur. Mais supposons que le Seigneur se retire dans le désert, vous ne pouvez donc pas converser avec lui, sans être dépouillé de tout.

Ou supposons que le Seigneur soit en train d’escalader une montagne, et que pour converser avec lui, vous deviez grimper avec lui. Peut-être avez-vous grimpé des montagnes et savez le niveau d’auto-discipline requis pour grimper pendant quatre ou cinq heures d’affilé. Cependant, Notre Seigneur nous donna des exemples de retraite dans le désert pour prier, et d’escalade la montagne pour prier. (Luc 5:16 ; 6:12). Et il est peu probable qu’il nous donna ces exemples sans avoir l’intention de nous montrer quelque chose de la nature de la prière.

Mais, après tout il n’y a aucun exemple dans le Nouveau Testament, de Jésus trouvant un siège confortable pour prier.

L’erreur est que le fait de « trouver » du temps pour prier semble lié à notre pensée que la prière est en pratique séparable de l’ascétisme - comme si prier « arrivait » sans préambule ou arrivait spontanément. C’est comme s’il se pouvait que le fait de d’escalader une montagne arrive de quelque façon naturelle dans notre vie quotidienne : « Je partis pour travailler et terminais mes projets, et puis l’idée de grimper une montagne se présenta comme la chose à faire. »

Prier nécessite de l’ascétisme - à cause du péché originel, et à cause des exhortations des disciples, et à cause de la puissance de la Croix. Nous pouvons aussi nous émerveiller qu’elle se trouve être un moyen plus efficace pour développer la self-discipline spirituelle pour chaque aspect de la vie (bien que la prière soit cherchée par amour, comme une conversation). Plus efficace même que les pratiques d’ascèse directe (sauf en ce qui concerne les disciplines purement intellectuelles - où les problèmes de calcul seraient probablement meilleurs).

Aussi en ce qui concerne la question de départ : Combien de temps devrais-je consacrer chaque jour à la prière ? Nous pouvons répondre que cela serait également le temps que l’on passe dans l’exercice requis pour l’âme.

A cette question, il semble qu’il y ait une réponse objective, et des autorités compétentes. Quand nous regardons les saints et les grands papes, nous voyons qu’ils recommandent la présence quotidienne à la Messe (30 minutes) ; un Rosaire quotidien (15 minutes) ; une lecture quotidienne de l’Evangile et d’un livre spirituel (15 minutes) ; et une prière mentale quotidienne (au moins 15 minutes, mais idéalement une heure, comme exemplifiée par l’Heure Sainte) - ce qui donne à deux heures. Apparement, pour vivre bien en tant que Chrétien, il faut introduire 120 minutes de prière dans notre planning quotidien.

Je me demande si, revenant d’un voyage à l’étranger, vous n’avez pas été étonnés à l’aéroport par l’aspect obèse des américains. Peut-être, alors que vous pensiez à cela, une équipe d’athlètes universitaires passait, se dirigeant vers son vol. Je suspecte que si, comme dans l’un des mythes de Platon, il y avait des juges capables de voir les âmes, ils seraient également étonnés par leur apparence spirituelle obèse.

Et les Chrétiens, qui devraient se démarquer comme cette équipe d’athlètes, paraissent tout aussi obèses que tous les autres.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/08/20/prayer-and-asceticism/

Michael Pakaluk, étudiant d’Aristote and « Ordinarius » de l’Académie Pontificale de Saint Thomas d’Aquin, est enseignant à la Bush School of Business and Economy à la Catholic University of America. Il réside à Hyattsville, MD, avec son épouse Catherine, qui enseigne aussi à la Bush School, et avec leurs huit enfants. Son récent livre, sur l’Evangile de Saint Marc, « The Memoirs of St Peter » est maintenant disponible chez Regnery Gateway.

Image : L’ascète, par Pablo Picasso, 1903 [Barnes Foundation, Philadelphia]
 

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