Télévision - France 2 - Pédophilie, un silence de cathédrale

Prêtre pédophile : et maintenant que fait l’Eglise ?

Documentaire diffusé le 21 mars 2018 à 20 h 55, suivi d’un débat.

samedi 3 mars 2018

Ce reportage fait la synthèse de quelques affaires de pédophilie dans l’Eglise catholique. Tout est parti de la prise de conscience de trois anciens scouts lyonnais, abusés par le même prêtre dans leur enfance, qui ont fondé, en 2016, l’association La Parole libérée. Par leurs prises de parole courageuse, par leur site Internet, ils ont permis à d’autres victimes d’abus sexuels dans l’Eglise de comprendre qu’elles n’étaient pas seules. Pour certaines cela a été une révélation et la possibilité d’un chemin de reconstruction. Pour quelques-unes l’occasion de demander justice même si, la plupart du temps, il était bien tard.

Dans sa présentation de son travail, le réalisateur Richard Puech indique les chiffres qui l’interrogent :

« En France en 2015, on comptait environ 12 000 prêtres contre 40 000 en 1960. En 2017, la Conférence des évêques de France n’a reconnu que 70 cas de prêtres pédophiles, soit environ 0,4 % des prêtres français ; alors que dans le monde, des enquêtes officielles donnent des chiffres d’une toute autre ampleur. Ainsi ils seraient 4 % aux Etats-Unis, 7 % en Australie... Selon une enquête Mediapart, depuis 1960, 25 évêques, dont le cardinal Barbarin, auraient couvert les agressions sexuelles de 339 victimes commises par 32 prêtre dans 17 diocèses de l’Hexagone »

Le sujet est restreint à la pédophilie dans l’Eglise. Il est vrai que le caractère blasphématoire de ce phénomène a une force particulière et notamment dans une société travaillée par un laïcisme de combat. Cela dit les arguments égrenés dans le film pour expliquer que c’est la doctrine catholique sur la sexualité qui serait à l’origine de telles dérives ne sont globalement et scientifiquement pas sérieux. Ce qui est vrai c’est qu’il y a eu dans l’Eglise (mais est-ce vraiment différent dans l’Armée, l’Education nationale, les milieux sportifs, certains milieux musicaux , etc. ?) une culture du secret, de l’entre-soi qui a permis à de nombreux prédateurs sexuels d’échapper à toute sanction suffisante pour les empêcher de sévir à nouveau : on déplaçait ceux qui étaient dénoncés au lieu de les dénoncer à la justice. Et du coup beaucoup de responsables d’institutions ne prenaient pas la mesure de l’ampleur du phénomène et les familles étaient-elles souvent dans le déni comme le reste de la société. La justice elle-même ne tenait pas tellement à la publicité de ce genre d’affaires dans le but de protéger aussi les victimes du scandale qui pouvait leur nuire, pensait-on dans les années 50, 60, 70...., plutôt que de les rétablir dans leur honneur et de les guérir psychologiquement. C’est toute notre société qui a changé et on sait combien le statut de victime est devenu différent, surtout depuis quelques mois.

Que l’on rue dans les brancards pour faire bouger les choses et notamment l’Eglise est une bonne chose. Cela dit, il faut garder en tête que la dénonciation tout azimut fera aussi des victimes collatérales. Plus on trouvera de coupables et plus aussi des innocents risquent d’être désignés à la vindicte publique et de payer pour d’autres. Si l’on veut la justice et pas seulement la vengeance ou la déconsidération de l’institution Eglise, et puisque la pratique de la « correction fraternelle » que le documentaire fait remonter au XIIe siècle est dénoncée comme une hypocrisie fondamentale, il faudra respecter les principes du droit et le fonctionnement de la justice ordinaire de notre pays. C’est ce que ce documentaire ne fait pas entièrement du moins dans la version que nous avons pu voir avant qu’un tribunal n’intervienne pour supprimer quelques affirmations unilatérales.

Il y aura un débat à la suite de la diffusion du documentaire, qui permettra peut-être de rétablir l’équilibre. Il est vrai que la hiérarchie de l’Eglise a manqué de réactivité et que les victimes sont encore déçues aujourd’hui de son manque de capacité à les entendre et à réparer. Habitués à pardonner les pires pécheurs, les confesseurs ne sont sans doute pas les mieux placés pour prendre en compte et vérifier la réparation due aux victimes et leur statut ne leur permet pas de dénoncer directement les crimes. Cela ne peut bien sûr pas être une excuse pour fermer les yeux...

Dans la culture anglo-saxonne, la reconnaissance de la faute implique de fortes indemnisations financières. On voit bien que chez nous c’est matériellement improbable. Alors la question est bonne : « Et maintenant que fait l’Église ? » à condition que l’on mette tout sur la table.

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http://www.sudouest.fr/2018/03/19/nouveau-scandale-pedophile-en-grande-bretagne-4293652-4803.php

http://www.sudouest.fr/2018/03/19/une-mosaique-humaine-pour-ne-pas-oublier-lucas-tronche-4293571-7.php

http://ange-bleu.com/fr/qui-est-pedophile

http://www.europe1.fr/societe/affaire-maelys-nordahl-lelandais-consultait-des-sites-pedopornographiques-3595664

Messages

  • " ...le cardinal Barbarin, auraient couvert les agressions sexuelles de 339 victimes commises par 32 prêtre dans 17 diocèses de l’Hexagone »

    Il est PROUVE que le Cardinal BARBARIN n’a pas couvert d’agressions sexuelles, la justice s’est même prononcé là dessus.
    Rappelons que les victimes qui se sont fait connaître à Mge Barbarin, plus de 10 ans après les faits n’ont pas voulu, à tord ou à raison porter plainte (le Cardinal leur avait expliqué et même conseillé ...)
    Dans ces conditions punir ou accuser un prêtre (ou n’importe qui d’ailleurs) serait une faute pénale ...!
    Ce réalisateur ne peut l’ignorer, il est de mauvaise foi

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