Pour une Église dans l’affliction

par Gérard Leclerc

lundi 4 juin 2018

Le Pape, en adressant une lettre aux catholiques chiliens à propos des scandales de pédophilie qui dévastent leur Église, a désigné le cléricalisme comme cause essentielle de ce qu’il appelle «  une culture de l’abus   ». Un système de couverture se serait constitué pour empêcher que la vérité s’établisse à propos de faits perpétrés dans le clergé. Faudrait-il en déduire que «   le cléricalisme voilà l’ennemi  »  (Gambetta) ? Il faut évidemment prendre garde aux simplifications qu’engendre ce type de slogan. François n’entend sûrement pas stigmatiser les prêtres en général, dont il connaît les mérites, l’abnégation et le dévouement. Mais il est vrai, selon le célèbre adage latin, que «  corruptio optimi, pessima », que la corruption du meilleur engendre la pire des choses. Lorsque l’autorité spirituelle sert à enfouir la responsabilité du scandale sous la chape de plomb du silence, ou pire encore, de la dissimulation et du mensonge, c’est toute l’institution qui se trouve atteinte et perd ainsi toute crédibilité, et bientôt toute légitimité.

Ce n’est pas la seule Église contemporaine qui se trouve en cause. La simple lecture de l’Apocalypse fait prendre conscience que, dès l’origine, le mal a pu s’emparer d’une communauté chrétienne, qui est appelée à revenir «  à sa ferveur première  ». Et en l’espèce, ce mal n’est pas sans rapport avec le scandale actuel. Le combat à mener est, d’évidence et de façon permanente, spirituel, mais il revêt aussi des aspects pratiques, qui relèvent des remèdes propres à guérir les pathologies des fonctions d’autorité. En ce qui concerne l’autorité ecclésiale, il apparaît que la proximité qu’implique la relation de l’évêque à ses prêtres devient dangereuse, dès lors que la paternité doit céder à la justice. Il en va de même d’ailleurs des prêtres entre eux, dont le réflexe est de vouloir protéger le confrère en faute de la vindicte publique. Il apparaît donc, en première approche qu’une instance indépendante de l’évêque doit se saisir d’urgence de tout dossier d’accusation. L’intérêt supérieur de l’autorité réclame cette distinction des tâches.

En second lieu, c’est le peuple chrétien lui-même qui se doit d’être respecté et tenu au courant dans le cas d’un drame qui affecte une communauté. Sans doute, cela doit-il se faire dans certaines conditions, celles qui respectent la présomption d’innocence par exemple. De ce point de vue, c’est selon le vœu du Pape, une nouvelle culture qui doit prévaloir et qui ne se développera que dans une coopération sincère, au service des victimes, dans une Église elle-même blessée qui doit prendre en charge tout le poids du mystère d’iniquité qui défie sa mission.

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