Pour l’unité

par Gérard Leclerc

mardi 2 mai 2017

Nous plaidions, la semaine dernière, en faveur de l’autonomie du politique, solidaire de l’autonomie du spirituel. Parallèlement, nous nous félicitions de la position de l’épiscopat français, rappelant les fondamentaux qui permettent aux catholiques d’exercer en conscience leurs responsabilités. Depuis lors, certaines initiatives individuelles d’évêques sont venues contredire ces principes, en vertu de leur volonté de barrer la route de l’Élysée à Marine Le Pen. Loin de nous l’idée de les stigmatiser. Eux aussi ont voulu s’exprimer selon leur conscience. Néanmoins, ce faisant, ils ont pris un risque à l’égard de leurs propres fidèles, aussi bien ceux qui les approuvent que ceux qui les contestent. Si le sanctuaire n’est plus épargné par les divisions qui concernent le champ politique, il y a danger d’atteinte à son inviolabilité. Bien sûr, il est toujours permis d’espérer que les oppositions qui structurent l’opinion chrétienne se transposent dans un climat qui soit en harmonie avec les exigences de l’Évangile. Malheureusement, certains échanges nous font craindre une détérioration qui corrode gravement l’unité et la charité.

Pour notre part, nous nous sommes gardés d’entretenir ces querelles, laissant à chacun la liberté de se déterminer en fonction de son discernement. Nous sommes persuadés qu’il importe avant tout que l’Église reste indépendante par rapport aux choix politiques, afin d’offrir un espace sui generis. Un espace qui permet de parler à tous et de dire à chacun ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas. L’avantage de l’indépendance, c’est la possibilité de tout dire. Certains sont tentés d’ignorer l’appel évangélique à la solidarité envers les naufragés de la mer, l’Église leur fait obligation de leur tendre la main. Certains sont tentés d’oublier les principes non négociables, notamment en matière d’éthique familiale, l’Église les leur rappelle comme une obligation impérative à l’égard du devenir de l’humanité. Ceux qui veulent à toute fin mobiliser l’épiscopat dans leur propre camp s’exposent à perdre cet atout incomparable qu’est l’autonomie du spirituel. Plutôt que de se répandre en tribunes comminatoires à l’égard de la hiérarchie, que ne dispensent-ils pas leur énergie à convaincre leurs concitoyens du bien-fondé de leurs positions et de leurs choix. Est-ce un retour au cléricalisme qu’ils convoitent ? Par ailleurs, la difficulté et la complexité des enjeux actuels, qu’ils soient nationaux ou internationaux, économiques ou sociétaux, exigent d’approfondir les analyses et de mettre au point des solutions crédibles. C’est sur ce terrain civique, que les laïcs ont à exercer d’abord leur sagacité et à déployer leur énergie. Et s’ils sont divisés, qu’ils continuent à considérer leur Église comme supérieure à leurs querelles !


http://www.lepoint.fr/presidentielle/contre-le-pen-les-catholiques-se-mobilisent-01-05-2017-2123946_3121.php

http://www.eglise.catholique.fr/actualites/dossiers/elections-2017/438302-paroles-deveques-elections-2017/

Pour aller plus loin :

Messages

  • Bravo pour ce texte lucide et courageux !! On finirait par oublier que la pensée systémique nous a appris qu’un méta-niveau est toujours indispensable à l’équilibre d’un système !! Et que la cinquième république qui finit par mélanger premier ministre et président nous conduit à un coup d’état où beaucoup se sentent, à juste titre, pris au piège ! Vive la liberté !!

  • Vous écrivez :
    "Certains sont tentés d’ignorer l’appel évangélique à la solidarité envers les naufragés de la mer, l’Église leur fait obligation de leur tendre la main."
    Ne pensez-vous pas que la formule est un peu courte et réductrice ?
    J’ai du mal à croire que vous ignorez complètement comment ces pauvres gens sont arrivés jusqu’aux plages de Libye, avec l’aide de qui, et comment ils ont été secourus.

  • Cher Monsieur, c’est toujours avec grand plaisir que je vous lis. A titre personnel, je me demande si le désaccord entre catholiques sur la question du vote de deuxième tour est imputable, comme vous le laissez entendre, à cette latitude prudentielle dont chaque croyant dispose. J aimerais que ce soit le cas, mais il me semble surtout que les choix contraires que nous faisons sont imputables a des prémisses gravement desaccordees. Les mots d ordre sont communs, mais la signification que nous donnons aux principes fondamentaux de la doctrine sociale de l Église sont tellement opposés qu’ on croirait avoir affaire, au sein même de la foi catholique, à une heterodoxie protestante qui ne dit pas son nom. Peut-être vaut -il mieux continuer de croire que nos mots étant communs, nous gardons encore la même foi. Mais honnêtement, une certaine conception très libérale et relativiste de la charité chrétienne et de l amour du prochain me donne quelques sueurs...

  • Merci pour ce courrier. Il serait bien incohérent de tendre la main aux naufragés en laissant ses propres enfants et son église se faire détruire et insulter...

  • "La Vérité vous rendra libres" :c’est la seule définition que le Christ a donnée.
    On ne peut pas dire qu’un catholique qui se déclare tel soit libre de professer des opinions contraires à la doctrine. Il est en dehors de La Vérité, voire contre cette Vérité. Il n’est pas libre au sens évangélique du terme. Dire que chacun peut voter pour l’un ou l’autre candidat : oui, il peut légalement mais en tant que catholique responsable de l’évangélisation et du salut de l’Homme, il a le devoir de voter pour un candidat respectant la Doctrine en matière d’éthique familiale entre autre.
    C’est le devoir qui fait la loi et non la loi qui fait le devoir.
    Si aucun catholique n’avait voté pour des candidats autorisant l’avortement et son remboursement, il n’y aurait pas 200 000 enfants sacrifiés légalement en France chaque année. Le devoir des pasteurs est de le leur rappeler et non pas de les laisser "libres" en déclarant respecter leur choix.

  • La société française est fracturée de manière durable et inquiétante, il y a dans les débats une violence et un mépris de l’autre assez terrible. A vrai dire, il n’y a pas de débat mais une lutte irréconciliable : d’un côté la suffisance et de l’autre la révolte face à l’abandon. Les catholiques faisant partie de la nation ou de ce qu’il en reste, sont tout autant divisés, il est donc normal que, tout d’un coup, l’Institution si prompte au suivisme, ait peur et essaie de jouer l’apaisement. Elle a peut-être compris que de toute façon, quelle que soit l’issue, que la France entre, pour le meilleur et le pire, dans une zone de turbulence (le mot est faible), on ne joue pas impunément avec la plus vieille nation d’Europe depuis trois décennies sans que l’on débouche sur la tragédie. Il est assez cocasse de voir ceux qui ont mis la France au bord du précipice depuis tant d’années jouer les pères la vertu et affolés se mettre à "marcher" dans tous les sens comme des poules sans tête.
    Les deux représentants de deux projets diamétralement opposés sont-ils à la hauteur de ce combat existentiel ?? peuvent-ils se transcender ?? Seguin face à Mitterrand ? 2005 non bafoué ? Deux visions face à face .A eux de nous le prouver. Par contre, Les postures "évangéliques" ou "antifascistes" frôlent l’idiotie et l’imposture.
    De toute façon, devant le tabernacle on ne demande pas à son voisin pour qui il vote : "Dieu premier servi"

  • Voilà une position de l’Eglise en France et un article de G. Leclerc qui font réagir différemment : agrément des uns, désaccord des autres. Constat est donc établi du respect de la liberté reconnue à tous d’écrire son agrément comme de lancer son désaccord. C’est le propre d’un forum, lieu d’échange et d’enrichissement mutuel.
    Cela posé, la conclusion de l’article de Gérard Leclerc tient, à elle seule, de réponse adéquate dans le contexte actuel bien précis.

    Juste hier mon voisin réfléchissait à haute voix : lorsque les uns disent qu’il faut voter ici, que les autres surgissent, attention ! surtout ne pas voter là, et que tous dévoilent le choix qui est le leur, c’est à se demander à quoi servent les centaines d’urnes tapies discrètement derrière un rideau, réceptacles transparents et en même temps secrets de milliers de billets soigneusement pliés. Que répondre ?...
    Allons bon, pourquoi se disloquer les neurones... Plutôt prendre du recul et ouvrir un livre à la page de cette histoire du "Meunier, son fils et l’âne".

    Oui, c’est vrai, cela n’a rien de vraiment bien chrétien. Mais si ça réussissait, on ne sait jamais, à faire réfléchir. Faute de mieux...

    Viviane Gemayel

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