Au fil de l’Histoire

Pour l’amour du théâtre

par Jacques Trémolet de Villers

jeudi 30 avril 2020

Des «  mystères  » médiévaux au talent de Jean Piat (1924-2018) et de Jean-Laurent Cochet (1935-2020), réflexions sur l’Église, le théâtre, la France, et quelques amis disparus...

«  Le théâtre est né de l’Église, et les rapports entre la Mère et l’enfant n’ont pas toujours été simples  », soulignait Jean Piat. Lui-même avait découvert sa nature de comédien dans son école catholique, à Saint-Charles de Monceau. Il parlait d’expérience : il est vrai que c’est au Moyen Âge qu’on voit renaître l’aventure grecque, le génie en moins, quand la scène et les personnages sortaient peu à peu de l’Ode sacrée et des cérémonies du Temple pour remplir les amphithéâtres. Les «  mystères  » passaient de la nef au parvis, puis du parvis à la place publique, de la paraphrase des textes sacrés à la mise en scène des mœurs du temps. Dans un genre qui s’apparente plus à nos séries télévisées qu’à la concision voulue par la règle classique des trois unités – temps, lieu, action.

Dans ces délayages devenus aussi illisibles que sont démodées ces séries dont nous disions pourtant, il y a quinze ans, qu’elles étaient «  géniales  », se trouvent cependant quelques merveilles éparses. On se prend à rêver d’un cinéaste qui, aidé par les techniques modernes, nous rendrait vivants ces «  mystères  » pour aujourd’hui.

Adam et Ève, le plus ancien des mystères

Ainsi, dans le plus ancien d’entre-eux, Le Jeu d’Adam, on voit nos premiers parents en voyage de noces dans le premier Éden. Tout leur est donné, les fruits et les fleurs, les viandes et les boissons, les jours et les nuits. Le matin se lève sur un ciel nouveau et le soir qui tombe est le prélude des amours toujours nouvelles, tandis que «  Dieu lui-même jeune ensemble qu’éternel  », comme le disait Péguy, se complaît dans la compagnie de ses enfants.

Mais ce bonheur conjugal, tout jeune, tout neuf et tout parfait, suscite la jalousie de celui qui «  fut homicide dès le commencement  » (Jn 8, 44). Satan va donc s’ingénier à détruire cette perfection qui l’insupporte. Il y aurait beaucoup à dire sur l’intuition de cet auteur et son lien avec les paroles de Jésus dans Matthieu 19, 9, quand il répond aux pharisiens qui lui rappellent que Moïse avait autorisé le divorce : «  C’est en raison de votre caractère intraitable que Moïse vous a autorisés à répudier vos femmes, mais au commencement il n’en était pas ainsi.  » Ainsi le sacrement du mariage que se donnent les époux chrétiens peut reconstruire le paradis terrestre. On comprend la rage, l’hostilité et les dérisions qui l’accablent depuis son institution : Satan est toujours à l’œuvre.

Par la suite, ces «  mystères  » se sont hélas engloutis dans un délayage et une vulgarité qui ont conduit à leur condamnation et à l’excommunication des comédiens jusqu’à ce que Richelieu les ramène dans l’Église, à condition qu’ils donnent des spectacles «  qu’une honnête femme peut voir  ».

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine.

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