FC 709 – 1er juillet 1960

Pour chanter Dieu

par le R.P. Louis Bouyer

vendredi 28 octobre 2011

Il y a quelques semaines, nous présentions ici le « Lectionnaire liturgique » qui donne un texte officiel pour la lecture en langue vulgaire de l’Epître et de l’Evangile des dimanches et fêtes. On ne saurait trop souligner l’importance, pour la vie de l’Eglise, d’une proclamation de la Parole de Dieu dans une forme qui soit digne de son contenu.

Mais la Parole de Dieu nous apprend elle-même comment nous devons lui répondre. La prière par laquelle l’homme doit répondre au Dieu qui l’appelle a comme son amorce et son modèle dans la propre parole de Dieu. Ce sont les Psaumes, et plus généralement tous les cantiques inclus dans la Bible et que la liturgie y a repris.

Peu de temps avant sa mort, le regretté cardinal Nasalli Rocca di Corneliano nous écrivait qu’il n’y aurait pas de mouvement liturgique digne de ce nom tant que le peuple ne serait pas à même de reprendre, dans sa propre langue, les prières inspirées de Dieu pour en faire ses prières. Il pensait au mouvement liturgique italien, mais la chose vaut aussi bien, évidemment, pour le mouvement français.

Une belle prière : la parole même de Dieu

Les psaumes dits de Gélineau représentent, à cet égard, un instrument extrêmement précieux. Leurs mélodies facilement apprises, leur rythme calqué sur le rythme hébreu lui-même les ont vite rendus populaire, et il faut s’en féliciter.

Est-ce à dire qu’il n’y ait plus rien à faire dans ce domaine ? Bien loin de là. Pour ne parler que du texte, celui qu’utilise le Père Gélineau est un ultime remaniement d’un texte venu au jour sous des auspices peut-être plus favorables du point de vue de l’exactitude scientifique que du point de vue d’une langue belle et pure. Même retouchée avec tact, une version où l’on a comme injecté après coup la poésie dans un texte correct mais plat ne peut guère soulever l’enthousiasme. Ce texte, cependant, restera sans doute longtemps utilisé, mais plutôt pour les possibilités musicales qu’il a offertes que pour lui-même.

A ceux qui veulent avant tout relire les psaumes pour les étudier, pour les méditer, pour les prier dans le recueillement, il était donc possible d’offrir autre chose, et, instruit par une expérience incomplètement satisfaisante, on pouvait légitimement ambitionner de faire mieux que ce que nous avions encore. C’est ce qu’a tenté M. Osty. Le moins qu’on puisse dire est que peu d’hommes étaient aussi aptes que lui à se lancer dans une entreprise aussi hasardée. Sa réussite suffira pour en convaincre ceux qui n’en auraient pas été déjà persuadés par les preuves qu’il avait fournies à l’avance, soit dans sa traduction justement célèbre du Nouveau Testament, soit dans Prions avec la Bible. Cette dernière anthologie de prières bibliques montrait bien que l’helléniste et l’humaniste raffinés, chez M. Osty, savait échapper au besoin à sa propre élégance quand il abordait la rudesse hébraïque, pourvu qu’un texte poétique vient l’atteindre dans son humanité tout simplement.

Ainsi, dans ce petit volume des 150 Psaumes qui vient de paraître aux éditions Saint-Paul, trouvons-nous enfin des psaumes mis en français et qui chantent même sans autre musique que celle de leurs formules ardentes et limpides.

A un moment où il semble qu’on commence enfin à sentir, dans le mouvement liturgique, le besoin de quelque intériorité, ce livre vient à point pour nous aider à régénérer notre prière par cette prière de l’Eglise qu’est par excellence la prière de l’Esprit. Ajoutons qu’à ce texte d’une transparence égale à son exactitude sont jointes des notes précises et sobres qui en amorcent la méditation.

Une nouvelle traduction des psaumes qui est une réussite

Souhaitons d’abord aux prêtres de redécouvrir la vie du psautier que le Bréviaire leur fait réciter tous les jours, en faisant de ce livre le compagnon discret mais à la fois avisé et inspiré du Bréviaire lui-même. Souhaitons ensuite aux laïcs d’y découvrir peut-être que les psaumes ne sont pas de ces textes qu’on chante parce qu’ils ne valent pas la peine qu’on les dise !… La beauté de la simplicité et de la vérité est trop rare chez nous pour qu’on ne la signale pas. Il est une qualité de la spiritualité que ces qualités-là sont pourtant les seules à pouvoir servir efficacement.

Louis BOUYER

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