(trad. Yves Avril)

Portraits du cléricalisme

par Randall Smith

mercredi 13 mars 2019

Beaucoup de gens ont affirmé que « le cléricalisme » était en grande partie responsable des scandales sexuels que connaît aujourd’hui l’Église. Mais les gens qui affirment cela ont-ils tous à l’esprit la même chose ? Pour certains, il y a « cléricalisme » quand un prêtre vous dit l’enseignement de l’Église sur une question morale impopulaire – disons, par exemple, quand un prêtre dit : « Si vous utilisez des contraceptifs, ce n’est pas bien ». Ou bien « Vous devriez aller vous confesser plus souvent ».

C’est ce qu’un prêtre est supposé faire. Alors qu’est-ce que le cléricalisme ? Peut-être quelques exemples ne sont pas inutiles. Appelons-les « portraits du cléricalisme ».

Un ami rapporte que quand il était novice dans un ordre religieux, il pouvait aller dans n’importe quelle paroisse de la ville et donner des cours d’éducation religieuse. Quand il quitta son ordre, tous les directeurs d’éducation religieuse auxquels il avait affaire insistèrent pour qu’il suivît leur session de plusieurs semaines de formation des futurs enseignants. Les écoles exigeaient de lui qu’il ait un statut de licencié. Les « avantages » qu’il avait étant clerc avaient disparu, et il n’était plus maintenant qu’un laïc. Il réalisa, avec quelque consternation, qu’ils n’avaient pas eu besoin de lui : ils avaient besoin de quelqu’un avec un habit religieux.

Un ami qui se débat pour joindre les deux bouts et étudier à Rome rapporte comment les séminaristes du North American College se vantaient de leurs voyages dans différents pays d’Europe. Ils avaient toujours un lieu pour les accueillir et aucune difficulté pour avoir de l’argent pour arriver et partir. Habituellement leurs repas et leur lessive n’étaient pas à leur charge et ils n’avaient jamais à faire les courses, sinon pour des snacks et des espressos. La vie est beaucoup plus facile lorsque tout votre quotidien est assuré.

Les professeurs laïcs des collèges et universités catholiques, spécialement ceux qui ont été fondés par des ordres religieux, sont souvent dans une situation étrange. Certains professeurs laïcs d’institutions catholiques détestent l’Église catholique et donc s’opposent au recrutement de membres de l’ordre religieux fondateur. Mais les membres les plus orthodoxes de la faculté favorisent une plus importante participation de membres qualifiés venus des ordres religieux fondateurs.

Ce qui entraîne souvent une situation doublement ironique. D’une part, les membres de l’ordre fondateur sont souvent du côté de la faction anticatholique contre leurs pairs plus orthodoxes, croyant qu’il n’y a rien de pire que d’être allié avec des gens qui peuvent être considérés comme des « catholiques conservateurs ».

D’autre part ces indésirables « catholiques conservateurs » se sont souvent mis en quatre pour donner un coup de pouce aux membres semi-qualifiés d’un ordre fondateur et leur permettre d’avoir une situation dans l’institution, cela pour ensuite se trouver traités avec mépris. Les membres de l’ordre fondateur ont rarement les mêmes responsabilités d’enseignement, ou subissent les mêmes exigences pour la titularisation. Et pourtant quand des opportunités de poste importants s’ouvrent, les clercs sont habituellement engagés, sans qu’on tienne compte de leur qualification.

Et ainsi, quand les membres de l’ordre fondateur qui ont des qualifications douteuses, des listes de publications inconsistantes et des évaluations pédagogiques médiocres montent dans la hiérarchie institutionnelle – présidant des départements, dirigeant des commissions, occupant les fonctions de doyen ou de président – ils continuent à se demander pourquoi ils ne sont pas appréciés, même quand ils profitent de ces situations de pouvoir et d’autorité pour miner le caractère catholique de leurs institutions.

Les étudiants laïcs gradués obtiennent rarement des entretiens d’embauche sans une thèse achevée, et même si c’est le cas, c’est toujours une épreuve pour les nerfs puisqu’une réelle offre d’emploi est un pari risqué. Les clercs reçoivent souvent l’assurance d’une situation régulière quelque part dans le diocèse ou parmi les institutions que dirige l’ordre religieux. Ils peuvent être assurés d’un emploi alors même que, pendant leurs études graduées, ils ont eu rarement à préparer leurs propres repas, payer leurs propres soins médicaux, entretenir leur voiture personnelle, demeurer toute la nuit auprès d’enfants malades ou faire de multiples allers et retours dans les écoles, les magasins, et chez les médecins.

Je connais une institution catholique dont la faculté catholique est déterminée à ne pas avoir un prêtre comme président parce que la titularisation du prêtre précédent avait été ruineuse. Quand un prêtre devient président d’une université catholique, et que les catholiques commencent à fuir en masse, vous savez qu’il y a un problème. Pour beaucoup de membres du bureau et d’anciens élèves, « prêtre » veut dire « catholique ». Trop de membres des facultés ont découvert cependant que « prêtre » veut dire problème.

Les problèmes d’abus dans l’Église n’étaient pas seulement « sexuels », c’étaient des problèmes de pouvoir et de privilèges autant que de pulsions sexuelles non dominées.

Le Père ordonne que la sacristie soit débarrassée de ses statues et repeinte et le Père obtient ce qu’il veut. L’Instruction générale du missel romain prévoit que certains mots et certaines procédures doivent être utilisés à la messe, mais le Père veut que ce soit à sa façon. La communauté a un directeur d’éducation religieuse dont elle est contente, mais le Père veut quelqu’un de moins « dogmatique », et la personne en question doit alors s’en aller.

L’Église dit que certains actes sont immoraux, mais le Père pense qu’il a la même autorité sur les enseignements moraux de l’Église que sur la modernisation du bâtiment de l’église et de son enseignement. Les prêtres dans une société hautement sexualisée qui se pensent habituellement comme au-dessus de la loi et liés seulement au minimum par les enseignements moraux de l’Église conduisent vite dans les lacets d’une route de montagne, ayant défoncé les glissières de sécurité.

Le cléricalisme est arrogant. Il dit : « Je suis ici non pour comprendre cette communauté et la servir, mais pour en prendre le contrôle, redresser les esprits, et les façonner à mon image. » Le cléricalisme, c’est quand la religion s’occupe de ce que dit le Père, et non de ce que l’Église enseigne.

Les prêtres ont un charisme spécial pour servir les autres en étant là in persona Christi. Il n’y a rien dans ce charisme qui signifie qu’ils seront capables de gérer sainement des finances, de diriger une école ou un bureau de paroisse, ou même, tristement, étant donné l’état actuel des études au séminaire, de donner des cours d’enseignement religieux. Certains prêtres peuvent faire cela magnifiquement, d’autres non. Il faut discerner.

Le cléricalisme étrangement ressemble au racisme. La différence est qu’avec le cléricalisme, vous jugez la personne par son col romain et non par la couleur de sa peau.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/03/11/portraits-of-clericalism/

Mercredi 11 mars 2019

 
Randall B. Smith est Professeur de Théologie à l’ University of St. Thomas à Houston. Son derbier livre Reading the Sermons of Thomas Aquinas : A Beginner’s Guide, est maintenant disponible chez Amazon et à l’ Emmaus Academic Press.

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