Société

Pornographie : le grand déni ?

par Guillaume Bonnet

vendredi 18 février 2022

Les Romains de la décadence, Thomas Couture, 1847, musée d’Orsay.

Autrefois cachée, réservée à un public dit «  averti  », la pornographie est désormais omniprésente. Elle est devenue un phénomène dont les ravages moraux, psychologiques, familiaux et physiologiques sont connus de tous. Mais les réponses se font toujours attendre…

Quelques chiffres, vertigineux, suffisent à prendre la mesure de la pandémie pornographique. À l’âge de 12 ans, près d’un enfant sur trois a été confronté à des contenus classés X, indique le ministère de la Santé et des Solidarités. 21 % des 14-24 ans en regardent au moins une fois par semaine révèle une étude de 2018 pour la Fondation pour l’innovation politique. 9 % une fois par jour. Et même 5 %, plusieurs fois par jour…

Ces statistiques, effrayantes, se seraient même aggravées récemment à la faveur du confinement au cours duquel, cyniquement, certaines plates-formes spécialisées ont rendu encore plus accessibles leurs contenus. Tous les ans, l’humanité regarde 136 milliards de vidéos. Le leader du secteur sur Internet enregistrait 115 millions de visites par jour en 2019. «  Chaque année dans le monde, 629 880 années de temps de cerveau disponible […] s’évaporent dans la contemplation pornographique  », observe le sociologue Gérald Bronner dans son livre Apocalypse cognitive (PUF, 2021). Tous les continents et toutes les cultures sont concernés, et pas seulement les pays occidentaux comme on pourrait le croire de prime abord. À partir de données collectées sur le moteur de recherche Google, le webzine américain Salon indiquait ainsi que parmi les huit pays les plus consommateurs figurent le Pakistan, l’Égypte, l’Iran, le Maroc, l’Arabie saoudite et la Turquie.

Étrangement, le tsunami porno semble encore faire l’objet d’un véritable déni. En particulier chez les parents. Toujours selon l’étude publiée par la Fondation pour l’innovation politique, seulement 7 % d’entre eux admettraient que leurs enfants consultent de tels contenus au moins une fois par semaine, alors qu’ils sont – redisons-le – 21 %. Les idées préconçues fourmillent, comme celle selon laquelle seuls les garçons seraient concernés par le phénomène, alors que 28 % des jeunes filles admettent avoir déjà consulté des sites X.

Par-delà les sexes, les âges, les milieux sociaux, les valeurs morales et religieuses, le phénomène est universel. «  La pornographie est partout. Et ne soyons pas naïfs : ce n’est pas parce que son enfant n’a pas de téléphone portable qu’il est préservé, puisque la majorité de ses camarades en ont un  », affirme le praticien Tanguy Lafforgue, qui a ouvert il y a plus de deux ans le cabinet Cœur Hacker pour accompagner les personnes porno-dépendantes. «  On est tous concernés car on connaît forcément sans le savoir une personne impactée directement. Y compris si on est croyant et prati­quant, si on va aux scouts ou à Paray-le-Monial. Le problème, c’est qu’on se refuse à le voir et en parler.  »

Prise de conscience ?

On avait pu espérer un début de prise de conscience en novembre 2019 lorsqu’à la tribune de l’Unesco, à Paris, Emmanuel Macron avait enjoint les opérateurs à mettre en place un contrôle parental par défaut pour protéger les mineurs. «  Dès maintenant, nous préparons la loi. Si dans six mois, nous n’avons pas de solution, nous passerons une loi pour le contrôle parental automatique  », avait alors déclaré le président de la République. Surfant sur la vague, la députée Agnès Thill avait déposé peu après une proposition de loi visant à faire de la protection des mineurs contre la pornographie la grande cause nationale 2020.

Retrouvez l’intégralité de l’article et de notre Grand Angle dans le magazine.

Messages

  • Ce n’est pas un hasard si les pays musulmans sont autant atteints par le phénomène : puritanisme et pornographie sont les deux faces d’une même médaille et les sociétés puritaines (mahométanes et anglo-saxonnes) engendrent toujours la violence et l’obscénité. Initions plutôt les jeunes à un érotisme sain à l’opposé de la pornographie et du puritanisme, à l’opposé de la violence et du non-respect des corps.

  • Je vous remercie pour cet article efficace au titre particulièrement juste : le déni face à la pornographie est incompréhensible. Les dommages sont irréversibles et il semble que rien ne soit fait pour protéger nos enfants. Les parents eux-mêmes ne réagissent pas lorsqu’ils apprennent que leur fils a été amené par un copain à regarder une vidéo, malgré lui. Ils se contentent de le rassurer et dédramatiser. Surtout que l’enfant se sent coupable et honteux et préfère cacher cette pénible expérience à ses parents. Réveillons les consciences ! Et encourageons tous les parents à suivre l’excellente formation à la sexualité avec leur fils/fille pré-adolescent : XY ou Cycloshow. Car mieux vaut prévenir…

  • La "porno" évoquée pour enfin en décrire la dangereuse portée, les incidences etc...Pour être clairs : il y a quelques décennies quand d’aucuns s’inquiétaient des attitudes "osées" ou accouplements sous les porches, sur les bancs de parcs etc... devant des enfants, "l’après-guerre" et "la crise de logements" étaient évoquées, et le fait que "les enfants s’y "habituaient" si bien qu"ils "n’y faisaient plus attention" ; étroitesse d’esprit, bêtise de grenouilles de bénitier et cathos hypocrites étaient stigmatisés face à l’émancipation libératrice et modernisation de la société. Des feuilles de vignes couvraient des statues d’art le long des couloirs du Vatican...

    Citer les "pays les plus consommateurs" de "porno" n’est pas les accuser mais souligner une "porno" projetée à l’échelle planétaire, envahissante et importée asservissant des peuples au rôle de "bouffeurs" dobscènités. Que dire des séquences de sodomisation et autres postures non statiques présentées en gros plan et "zoomées" avec la précision d’un métronome. Le très célèbre "baiser hollywoodien" fait aujourd’hui figure d’image pieuse au milieu de débordements en tous genres crachés par les écrans.

    Mon père admirait les "cow-boys juchés à longueurs de pellicule sur leur monture qui arrivaient pourtant à se reproduire" et "se délecter de fayots à même la poêle en fer-blanc", alors qu’aujourd’hui et parmi d’autres pseudo humoristes un triste ménestrel balance sur des ondes de l’Etat son jésus pédé alors que Charlot, Laurel et Hardy et plus près de nous Jacques Tati égayaient intelligemment nos soirées.

    Obsédés du sexe ou projet d’abêtissement des masses... ou les deux ?

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