Politique : Quelle différence chrétienne ?

par Gérard Leclerc

lundi 6 février 2017

Décidément, l’actualité est propice aux remises en question sérieuses, en dépit du caractère souvent chaotique des événements. Le retour en force de la présence des catholiques au cœur de la scène politique avait donné lieu à de fort curieuses accusations. François Fillon n’était-il pas désigné comme le symbole même d’une sorte de menace fondamentaliste chrétienne ? Les mêmes procureurs ont changé de registre, avec la mise en accusation de François Fillon, devenu par l’entremise du Canard enchaîné le type achevé de la corruption politicienne. Nous ne reviendrons pas ici sur l’affaire elle-même qui ne relève pas seulement de la morale, mais aussi de l’exploitation de la morale. Le cas a au moins le mérite de nous faire réatterir sur le sol des réalités les plus concrètes, loin des affirmations éthérées et des déclarations de principe par trop vertueuses. Entrer en politique, ce n’est pas entrer en religion, même s’il est arrivé plus d’une fois que des personnages hors norme viennent bousculer les lignes. On pense pour la France à un Robert Schuman ou à un Edmond Michelet, dont les causes de béatification ont été ouvertes. Pour l’Italie, le rayonnement d’un Giorgio La Pira permet encore rétrospectivement de comprendre comment le charismatique maire de Florence a pu représenter un modèle rarement atteint de dévouement au bien public, en raison même de l’absolu de l’engagement temporel d’un véritable mystique.

Mais la mystique n’est pas en soi une garantie de lucidité dans les affaires de ce monde. Une biographie récente de La Pira [1] montre à quel point il peut y avoir, de la part du plus généreux, des choix discutables. Ce n’est pas une raison pour s’abstenir ou renoncer. Nous avons le plus urgent besoin d’hommes et de femmes de conviction, capables de s’investir au service de la cité. Ils doivent être avertis des chausse-trappes du métier, de ses tentations, des risques de dérives. La différence évangélique doit être assez forte pour permettre d’endosser l’armure du responsable, et dans une certaine mesure pour apprivoiser ce que Machiavel appelait la virtu, malgré toutes les équivoques contenues dans pareil concept. L’identité chrétienne est bien autre chose qu’une étiquette collée au front d’un candidat, elle s’inspire d’une tradition vivante, d’un héritage à interroger, mais aussi d’une grâce singulière capable de lancer dans les aventures les plus périlleuses. Elle ne suppose sûrement pas un déni d’héritage, elle est prête aux affrontements les plus imprévus avec le courage et l’imagination nécessaires.

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François Fillon s’exprime face à la presse

http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/02/06/35003-20170206LIVWWW00144-affaire-fillon-conference-penelopegate-alain-juppe.php


[1Agnès Brot, Giorgio La Pira. Un mystique en politique, Desclée de Brouwer, 228 p., 18 e.

Messages

  • "François Fillon n’était-il pas désigné comme le symbole même d’une menace fondamentaliste chrétienne ?"
    Beaucoup de chrétiens ont pu faire la confusion : monsieur Fillon est excommunié" latea sententiiae", en application du décret 1398 du Droit canon puisqu’il a voté toutes les lois sur l’avortement y compris la pire faisant de l’IVG un droit fondamental.
    La majorité des pro ou anti-Fillon l’ignore.
    On souhaiterait un autre candidat représentant la chrétienté !

  • La politique est un combat et il est rare qu’on y asperge l’adversaire d’eau bénite...

    Edmond Michelet a eu son lot de combats et d’adversaires et les coups les plus durs lui ont été parfois portés par de bons chrétiens bien MRP sous tous rapports qui l’ont d’ailleurs exclu de leur parti sans trop de ménagement en 1947 pour crime d’espérance dans le retour au pouvoir du Général de Gaulle...On a su depuis qui avait vu juste...

    Il a aussi entretenu comme De Gaulle des rapports parfois houleux avec la hiérarchie catholique...dont le discernement et le courage politiques n’ont pas été toujours les points forts...

    Mais il n’était pas vindicatif...

    Gardez-moi de mes amis...C’est sans doute ce que doit se dire François Fillon des jours-ci...

    Cette image de Fillon aujourd’hui qui résiste à l’adversité me plaît bien. Un futur président de la République doit savoir tenir par vent fort contraire.

    Puisque je parle d’Edmond Michelet, encore un rappel : ce dernier a fait en sorte que le vrai faux attentat du square de l’Observatoire ne soit pas exploité outre mesure contre Mitterrand. Mitterrand savait trop ce qu’il devait à Edmond Michelet pour ne pas lui en tenir rigueur...Mitterrand sera ultérieurement amnistié. Aujourd’hui que ne dirait pas la presse d’un aussi vilain affabulateur...Mais Mitterrand s’est remis du gros mensonge quelques années plus tard : plus c’est gros, plus ça passe...alors, sur Pénélope, il faudrait faire monter le coupable sur l’échafaud, n’est-ce pas George Fenech le justicier ?

    Pour ma part, je suis pour la rédemption du pécheur qui se repent...D’ailleurs, c’est comme ça qu’a fait Jésus avec Pierre : et il ne s’agissait pas de lui confier le gouvernement d’un seul pays...

    • cf. : 6 février 21:42

      "François Fillon n’était-il pas désigné comme le symbole même d’une sorte de menace fondamentaliste fondamentaliste chrétienne ?", cette "phrase-interrogation" tirée de l’article de G. Leclerc pourrait être lue aussi :"François Fillon n’était-il pas perçu comme le symbole...", ce faisant élargissant le cercle des pour et contre Fillon. "Désigné" par quelques-uns, "perçu" par les autres...

      N’entendant aucunement admettre ou réfuter la situation de Monsieur Fillon selon le "Droit canon", mes connaissances en ce domaine étant fort limitées, j’en arriverais à la conclusion de ce billet, à savoir : "On souhaiterait un autre candidat représentant la chrétienneté !".

      Serait-il permis de souligner que le candidat Fillon a dit : "Je suis gaulliste et chrétien", et ne s’est pas, sauf avis contraire, posé en "représentant de la chrétienneté". Se revendiquer du christianisme n’est pas forcément le représenter.

      P.S.
      (Sans en aucune manière viser François Fillon, mais puisqu’il a été question de "représentativité" :

      serait-il interdit d’ajouter que parmi ceux qui se revendiquent du nom de "chrétiens", il y en a qui sont loin de représenter le Christ, ceci précisé en reconnaissant leur situation d’enfants de Dieu.)

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