Police de la pensée

par Gérard Leclerc

vendredi 8 juillet 2022

Le visage de la journaliste Christine Kelly est connu de millions de personnes. Face à l’info, l’émission qu’elle anime sur CNews suscite un intérêt à la mesure du débat d’idées développé par des journalistes, avec lesquels on peut être en désaccord, mais qui suscitent toujours la réflexion. Si un minimum de courtoisie – pour ne pas parler de bienveillance – n’est pas possible, la vie sociale s’en trouve perturbée, et l’espace de liberté que suppose la culture s’en trouve terriblement restreint. Lorsqu’une personne de la qualité de Christine Kelly se trouve non pas contestée, mais délégitimée au point d’être injuriée et bientôt ostracisée, on peut s’interroger sur la santé morale de l’opinion publique.

C’est à un point tel que notre consœur doit être désormais accompagnée de gardiens qui veillent sur sa sécurité. Dans l’essai qu’elle vient de publier (Libertés sans expression, Le cherche midi) Christine Kelly ne craint pas de mettre en cause un climat qui s’oppose à la liberté la plus élémentaire : « Les exemples du recul des libertés d’expression sont légion et leur nombre s’accélère de façon exponentielle, que ce soit à l’université, dans le monde du spectacle, à la télévision et à la radio. À qui la faute ? À la peur de la controverse, du dérapage, de l’infantilisation, de la victimisation, la prédominance d’un consensus mou qui craint les débats et les échanges vraiment contradictoires. Un manque de réflexion, de patience, de culture politique et historique de notre société. »

Mais une nouvelle étape vient d’être franchie. Une vidéo qui datait d’avril dernier a fait monter la pression, depuis qu’elle a été rendue publique. Filmée dans une église évangélique, elle donne accès à un témoignage personnel où l’intéressée parle de sa relation directe à Dieu, et de son habitude de prier régulièrement avant ses émissions, pour implorer la grâce d’en haut. Sans doute y a-t-il une dimension trop providentialiste dans ce mode de relation : « J’ai tellement laissé piloter Dieu envers et contre toutes les insultes, toutes les menaces. Et je lui ai dit : si tu m’envoies là, c’est que tu as une mission. » Elle n’hésite pas à glisser des versets de l’Écriture lors de ses émissions. Il n’en fallait pas plus pour exciter la colère de ceux qui sont exaspérés de tant de franchise. Bien sûr, il leur est insupportable que cette dimension religieuse soit associée à des choix intellectuels et politiques qu’ils réprouvent. Mais c’est aussi faire état d’un témoignage de croyante dans l’espace public qui se trouve dénoncé. Au nom de la laïcité.

Une laïcité qui séparerait rigoureusement ce qui revient à l’espace public et ce qui est réservé au domaine privé. Jusqu’à un certain point, cette distinction se justifie, mais elle acquiert une dimension totalitaire, dès lors qu’elle risque d’opérer une police de la pensée, qui imposerait le silence sur l’essentiel. 

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  • Les personnes qui sont bonnes, qui sont assoiffées de justice sont mises en valeur par les persécuteurs malgré eux.

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