Traduit par Bernadette Cosyn

Plus saints qu’eux...

par Anthony Esolen

jeudi 3 novembre 2016

Mon ami, l’honorable Robert George, aime demander à ses étudiants d’université combien d’entre eux, s’ils avaient vécu dans le Sud avant la Guerre de Sécession, se seraient opposés à l’esclavage. Ils lèvent tous la main. « Dieu les bénisse ! » dit-il. Et alors il les informe de ce que leur opposition leur aurait coûté : être ridiculisé par les chefs politiques et intellectuels les plus en vue de leur société ; leur motivation calomniée ; venant de leur famille, au mieux l’incompréhension ; la perte de leur emploi ; la solitude ; et une gratitude limitée de la part de ceux qu’ils cherchent à aider.

Il n’est pas clair non plus comment ils auraient pu se forger une opinion morale si éloignée de ce qu’ils avaient dû considérer comme allant de soi dès le jour de leur naissance. Cela aussi nécessiterait quelque chose d’analogue à l’auto-chirurgie sans anesthésie : arracher de votre chair les caractéristiques de votre culture dévoyée, jusqu’aux racines, avec toutes leurs épines. Vous n’empoigneriez pas le scalpel seul de votre propre initiative. Vous devez faire corps avec une autorité supérieure contre ce que tout le monde sait, ce que tout le monde dit, ce que tout le monde fait. Et cette autorité ne peut se contenter de recommander. Elle doit commander, même en face de la souffrance, du doute, de l’échec.

Ah, les rêves éveillés de l’homme content de lui ! Ce que d’autres auraient fait, nul ne peut le dire, mais si nous avions vécu dans l’Allemagne nazie, nous aurions tous été des Oskar Schindler ou des Corrie ten Boom. Nous n’aurions jamais été contaminés par le national-socialisme. Nous aurions vu clair à travers les mensonges, même lorsque présentés dans les termes raisonnables et modérés, plaisants, scientifiques et patriotiques que vous pouviez trouver dans les meilleurs journaux – pas les journaux nazis, non, mais ceux à la remorque, ceux qu’un honnête homme pouvait écrire tout en s’adressant avec condescendance à son chemisier juif.

Nous n’aurions pas non plus dansé la balalaïka au Bolchoï. Nous aurions vu toutes ces églises confisquées et transformées en musées ou en granges, ou même rasées, et nous n’aurions jamais supporté douze années d’enseignants calomniant l’ancienne religion et nous félicitant de vivre dans le pays le plus progressiste que le monde ait jamais connu.

Nous aurions fait ce qui est plus rare que d’accepter des reproches : nous aurions rejeté la louange. Nous aurions emprunté les cartes de Sibérie à la bibliothèque, nous réjouissant au fond de nos cœurs à l’idée que nous allions bientôt y rejoindre les vrais patriotes, attendant avec impatience le goulag, le pain moisi, une pioche pour briser la boue gelée, des gants sans doigts et seulement deux minuscules feuilles de papier chaque jour pour nous essuyer les fesses.

C’est ce que nous aurions fait, et nous aurions fondé notre détermination rien que sur notre propre jugement, notre propre autorité, notre propre auto-obéissance.

Nous n’avons pas cherché à choisir le mal public de la société dans laquelle nous sommes nés. Certains d’entre nous, pour rester fidèles au Christ, seront appelés par ce mal public à endurer le martyre du sang. C’est ce qu’ont fait les innocentes et farouchement loyales Carmélites à Paris, alors qu’elles montaient à la guillotine durant cette grande tourmente séculière de folie, de cruauté, de prétention, de blasphème et de lubricité.

D’autres seront appelés à faire un sacrifice beaucoup moins terrible. Quel est le mal public de notre époque ? Quel unique « bien » vous coûtera le plus, en ridiculisation publique ou en persécution, si vous le rejetez et agissez en conséquence ?

La réponse est facile : la Révolution Sexuelle. « Mais la Révolution Sexuelle » est bien loin d’être aussi cruelle et malfaisante que l’était le Nazisme. Il est absurde d’établir une équivalence entre les deux. » J’entends venir l’objection courtoise. Mais je ne dis pas que les deux sont identiques.

Il est vraiment difficile d’affirmer que, dans l’ensemble, le Nazisme a été responsable de davantage de carnage, et pour des raisons plus méprisables, que ne l’a été la Révolution Sexuelle. Mais je vais l’ignorer et je vais admettre, de façon purement hypothétique, qu’il est pire d’être un ecclésiastique dans une gare nazie que d’être un ecclésiastique dans une clinique du Planning Familial.

Mon adversaire doit alors également admettre que le risque pour refus de coopération avec les Nazis était bien plus grand que celui pour refus de coopération avec le régime avorteur, si bien que ceux qui coopèrent ne peuvent pas plaider les circonstances atténuantes sur ce point.

En tout cas, le fait est que nous ne sommes pas appelés à nous opposer théoriquement et confortablement aux maux caractéristiques des autres époques, nous prélassant dans l’éclat d’une vertu qui ne coûte rien. Nous sommes appelés à souffrir en nous opposant aux maux caractéristiques de notre époque. Et nous n’allons même pas commencer à concevoir comment une telle chose est possible si nous ne nous soumettons pas à une autorité qui transcende l’humanité.

Un curé catholique, à Providence (Rhode Island) a récemment renvoyé son directeur musical, parce qu’il avait « épousé » un autre homme et que ce fait était connu des fidèles. Si le prêtre ne l’avait pas fait, je peux vous assurer que les adolescents présents à l’église en auraient conclu : l’Eglise ne croit pas vraiment à ce qu’elle enseigne, et en matière sexuelle, vous pouvez faire ce qui vous plaît, du moment que ce n’est pas cruel comme dans ces comportements flagrants qui blessent la sensibilité des gens « bien ». Tel serait le piège sur le chemin de ces garçons.

Mais plusieurs parmi les fidèles ont décidé d’interrompre le Credo durant la messe dominicale suivante, chantant « Tous sont bienvenus » en sachant très bien qu’ils seraient encensés par les personnes d’importance, à savoir les journalistes des télévisions et journaux locaux et les leaders d’opinion dans la plus « progressiste et inclusive » des sociétés.

Ils suivent le courant de la rivière. Ils choisissent leur jugement, qui n’est que le jugement qui leur a été inculqué par des années de scolarité débile, de divertissements de masse, de discours de médias et de papotages bien confortables contre le jugement de l’Eglise et les mots mêmes des Ecritures. Ils censurent les Ecritures pour se tailler leur vêtement sexuel.

C’est cela, et non l’Eglise, qui doit leur donner victoire et salut : Sieg, Heil !

Anthony Esolen est conférencier, traducteur et écrivain. Il enseigne à Providence College.

Illustration : femmes de Ravensbrück, par Helen Ernst, 1946 [Corrie ten Boom a été internée à Ravensbrück]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/10/04/holier-than-them/

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