ENTRETIEN AVEC CAROLINE PESME

Pleine conscience : au risque du syncrétisme

propos recueillis par Aymeric Pourbaix

vendredi 1er mars 2019

Pourquoi le christianisme s’est-il laissé désapproprier la notion de méditation ?

Caroline Pesme : Il est vrai que quand on parle de méditation aujourd’hui, on a du mal à penser immédiatement à l’immense tradition mystique de l’Église, avec les grands maîtres du Carmel, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d’Avila, ou sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui nous propose de «  faire oraison  » et d’entrer dans la «  contemplation  »… Et pourtant ils ont déjà balisé le cheminement ! Je pense qu’il y a d’abord un phénomène de mode : l’explosion de la méditation de pleine conscience passe actuellement par les médias, et tous les magazines, toutes les chaînes de télévision y consacrent des articles en présentant cette technique comme une thérapie, un «  mieux-être  » qui ne la situent pas sur le même plan que la religion. Il y a aussi à mon sens un manque d’information sur ce que l’Église peut offrir. Force est de constater que les chrétiens sont encore aujourd’hui vus comme des grenouilles de bénitiers hors du monde qui ont une tendance à culpabiliser. Le christianisme donne un contenu objectif et ne peut se séparer d’une morale à laquelle l’homme moderne aimerait pourtant se substituer. Cela le pousse à se jeter dans une spiritualité sans contenu et a priori areligieuse.

Le christianisme et la pleine conscience sont-ils compatibles ?

Là où il faut marquer une rupture nette et où on ne peut pas concilier les deux, c’est pour leurs finalités et la terminologie employée : si la méditation remplace la prière et l’oraison au profit d’un retour à soi par des postures et des positions empruntes au bouddhisme, on se coupe forcément de toute altérité et on ne cherche plus à se laisser habiter par la présence de Dieu. Chercher à s’appuyer d’abord sur la sensation peut faire aussi dériver, progressivement, vers une vie spirituelle à l’envers où le Christ devient tout-à-fait marginal, au profit de la réalisation de soi. Il n’y a aucun mal à se mettre dans une attitude réceptive et le chrétien prie d’ailleurs avec des gestes : il est corps et âme, en face du Seigneur. Mais sa vie de foi ne saurait être réduite à un ressenti corporel : la foi est une relation, pas une technique. Le grand risque est donc de tomber dans une forme de syncrétisme dans lequel croire devient méditer.

Ainsi, même si les méthodes de méditation de pleine conscience apparaissent dans un premier temps sans réel danger, il vaut peut-être mieux éviter de les pratiquer car le grand risque est de progressivement se dissocier de son corps et de rentrer dans une vision de soi et du monde tout à fait désincarnée. L’homme ne se met plus à chercher le bien et à le réaliser, en prenant en compte toutes ses facultés, sensibles comme spirituelles, et en cherchant à agir vertueusement. C’est pourtant sa finalité naturelle ! La détente, la bonne santé mentale et physique, la suppression des souffrances inutiles sont évidemment au cœur de la vie humaine et ne sont pas à rejeter au profit d’une vision angélique de l’homme que l’on peut également retrouver dans la bouche de certains chrétiens. Mais la recherche du bien-être dans le quotidien est toujours ordonnée à un bonheur plus grand encore, qui dépasse le seul ressenti éphémère de la personne. Distinguer le bien-être du bonheur, le bien du mal, la créature de Dieu, c’est finalement donner à l’homme les moyens pour être véritablement heureux tout en respectant son unité et en lui donnant les clefs d’un agir responsable.

Retrouver l’intégralité de l’entretien dans notre magazine.

Cours tout public de Caroline Pesme à l’IPC, 70 av. Denfert-Rochereau, 75014 Paris, les lundis 18 et 25 mars, puis 1er, 8 et 15 avril de 19h30 à 21h. Tél. : 01.43.35.38.50.

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