Traduit par Pierre

Pile ou face ?

par Brad Miner

mardi 22 mai 2012

Suite à l’adoption par le président Obama du « mariage homo », nouvelle prise de position chaleureusement acclamée par les médias (pensez à cette surprenante couverture de Newsweek représentant le président avec une auréole « arc en ciel »), il est temps de se demander si cette question ainsi que d’autres sujets sociaux sont susceptibles de modifier ses chances de réélection.

(À propos, je ne pense pas que la déclaration de Joe Biden [Vice-Président] en faveur du « mariage homo » quelques jours avant celle du président était une gaffe. C’était une "mise en bouche". Tout en sachant que les citoyens de Caroline du Nord réaffirment leur attachement au mariage traditionnel, l’Administration a maintenu la tenue de la Convention Nationale du Parti Démocrate à Charlotte [une grande ville de cet État]. Un sondage New York Times / CBS révèle qu’un quart des Américains pensent que c’est conforme aux principes, alors que les deux tiers y voient un geste politique.)

L’opinion des catholiques sur les questions de société — dans la mesure où elle détermine tout ou partie du choix du président par l’électeur catholique — peut être déterminante en Novembre [Date des élections aux USA]. Il y a des Catholiques dans tous les États, dans toutes sortes d’agglomérations, villages, villes, grands centres, mais ils sont principalement concentrés en zones urbaines ou de banlieues. (Il n’y a que dix-sept États où les catholiques ne sont pas le groupe religieux le plus important de la population.)

La campagne du président étant essentiellement centrée sur les milieux urbains — surtout dans les États « charnière » — toute diminution significative du soutien des catholiques peut entraîner sa défaite. 54% des catholiques ont voté Obama en 2008, il ne fera probablement pas mieux cette année. Il se pourrait qu’il réunisse beaucoup moins de suffrages, tout dépend de l’influence et de la crédibilité de l’Épiscopat américain — voir ci-après.

Mais suite à la « conversion » de M. Obama en faveur du « mariage homo », l’abrogation de l’interdicion de la recherche sur les cellules-souches d’embryons, la fin de la "Politique de Mexico" (qui interdisait l’affectation en faveur de l’avortement des dollars de l’aide accordée au Mexique), son soutien financier vigoureux au Planning familial, et la promulgation par le ministère de la Santé et des affaires sociales de la couverture-santé obligatoire étendue aux abortifs, à la contraception et à la stérilisation, il semble juste de dire que Barack Obama est le président le plus anti-catholique de tous les temps.

Il semble également juste de dire que les catholiques ne s’attendaient pas en 2008 à une telle offensive contre le catholicisme.

Et alors ? Est-ce que ça gêne la plupart des catholiques ? Les catholiques s’impliquent-ils en majorité contre la recherche sur les cellules-souches, l’avortement, le "mariage gay", etc.? Les sondages répondent : NON. En fait, les catholiques se placent juste derrière la catégorie des « Blancs protestants » pour soutenir le programme « progressiste ».

Il se peut que Joe Biden et Nancy Pelosi [Présidente du groupe Démocrate au Congrès], tous deux « réputés » catholiques, prennent un peu de recul dans leur soutien à la culture de mort, l’avortement. Bien qu’ayant adopté les arguments féministes et homo-activistes comme politiquement (et commodément) valables, ils doivent bien savoir que l’enseignement de l’Église est tout autre.

Pour les « progressistes », politique et religion sont de même nature : on peut les faire changer ; toutes deux sont malléables à merci et peuvent évoluer. Les doctrines ne sont guère que de la politique. Et, dans leur bulle, le vice-président [des USA] et l’ancienne présidente [du Congrès] ne rencontrent guère de contradicteurs. Encore récemment, même nos Évêques Catholiques ne contestaient que du bout des lèvres.

Mais nous assistons à un vigoureux sursaut de solidarité de la part de nos Évêques contre la politique de l’Administration Obama. La hiérarchie a presque toujours été unanime à condamner l’avortement et le « mariage gay », et chaque évêque s’est personnellement élevé contre les contraintes de l’assurance maladie [Entre autres, couverture obligatoire de la contraception, de l’avortement, de la stérilisation]. S.E. le Cardinal George [archevêque de Chicago] a été particulièrement direct, et S.E. le cardinal Dolan [archevêque de New York] s’est exprimé nettement et fortement.
Mais Biden et Pelosi ne sont pas convaincus. D’une part, un Dieu antédiluvien, et, d’autre part, un César réformiste.

Et voilà le problème : les politiciens catholiques étant autorisés à défendre des positions anticatholiques, mais n’ayant jamais à s’y impliquer (à plusieurs reprises, Mgr George Niederauer, archevêque de San Francisco s’est prononcé sans effets contre Mme Pelosi), nous sommes dans une situation où la position de nos évêques (et, avec eux la doctrine de l’Église) et les opinions des politiciens (et les lois qui s’ensuivent) se présentent comme l’avers et le revers d’une pièce de monnaie socio-politique qu’on peut retourner impunément.

J’entends bien qu’il y a de bonnes raisons — non des moindres : des règles fiscales — empêchant les évêques et autres membres du clergé d’exercer certaines formes d’activité politique. Et pourtant... que d’exemples à présent de commentaires publiés par la hiérarchie sur la politique de l’Administration.

Mais nos évêques parlent-ils des crimes tout en ignorant les criminels ?
L’immense Adam Smith [philosophe Écossais du XVIIe s.] disait : « l’indulgence envers les criminels est une forme de cruauté envers leurs victimes. » Ce qui me fait penser à l’attitude de nos évêques envers les politiciens. Il semble évident que, par leurs déclarations contre l’enseignement de l’Église Biden et Pelosi (et Kathleen Sebelius [ministre de la Santé et des affaires sociales]) se comportent en guides aveugles. Mais il est navrant que nos évêques s’occupent trop à chasser des moustiques et avalent tant de couleuvres. En l’occurrence les victimes sont les catholiques médiocrement catéchisés, déchirés par tant de changements et de controverses au sein de l’Église, avec des perspectives essentiellement matérielles, et acceptant avec lassitude les règles morales comme résultant d’un jeu de pile ou face.

Attention ! je n’assimile pas nos évêques à des pharisiens dont on dirait : « ce sont des aveugles guidant des aveugles. Et si un aveugle guide un aveugle, tous deux tomberont dans le puits. » Je ne pense pas non plus que les divers politiciens "Catholiques" méritent l’excommunication, ferendae sententiae (prononcée). Peu expert, je soupçonne que certains sont déjà excommuniés latae sententiae (de fait). »

Mais comment pouvons savoir sans qu’aucune « sanction curative » ne soit appliquée ? En sommes-nous arrivés à une Amérique en roue libre où nul ne serait expulsé (vitandus) ou toléré (au sens propre, toleratus) ?
Politique ? mais non, grand béta, ce sont les gens.

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Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2012/heads-or-tails.html

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