Philippines : La violence qui fait taire le dialogue

Par John Pontifex (AED)*

mercredi 2 décembre 2009

Un expert du dialogue islamo-chrétien aux Philippines nous rapporte que les violences qui, la semaine dernière dans l’île de Mindanao, ont fait 57 morts, dont 29 journalistes, ont exacerbé les tensions religieuses dans une région, à majorité musulmane, de plus en plus infiltrée par les fondamentalistes.

Le père Sebastiano D’Ambra (photo ci-contre) souligne l’importance de redoubler les efforts dans la coopération interconfessionnelle. Cela est particulièrement vrai dans l’île de Mindanao où, le lundi 23 novembre 2009, 57 personnes ont été brutalement assassinées. Si les tueries sont perçues par la majorité des analystes comme une action en vue des élections du mois de mai 2010, le père D’Ambra insiste sur la dimension interreligieuse et sur le fossé qui se creuse entre les croyants des diverses religions présentes dans la région. En effet, souvenons-nous que c’est aussi à Mindanao que le père Michael Sinnott, d’origine irlandaise, a été enlevé. Il a finalement été relâché au bout d’un mois de captivité.

Le père D’Ambra, italien d’origine, est le fondateur du mouvement Silsilah, une initiative interconfessionnelle soutenue par l’Aide à l’Église en Détresse. Le père D’Ambra participe au dialogue et à la coopération interreligieuse depuis plus de trente ans et constate une recrudescence progressive des difficultés mises en application par les musulmans. « Avant les années 70, le mode de vie était institué par l’Islam mais les relations étaient relativement bonnes », indique-t-il. « Progressivement, les relations se sont détériorées. Aujourd’hui, le dialogue devient de plus en plus compliqué à cause de l’influence des groupes qui vont à contre-courant du dialogue entre chrétiens et musulmans ». Le père D’Ambra fait notamment référence à l’explosion, dans la région, du mouvement sunnite wahhabit, lequel prône un Islam « pur et dur ». Il pointe aussi la présence d’autres groupes, tel que celui d’Abu Sayyaf.

Si le fondateur de Silsilah ne voit pas de signes positifs à court terme, notamment à cause de la situation politique et du contexte des récentes tueries, il continue d’espérer au succès des échanges entre musulmans et chrétiens. Créé il y a 25 ans, le Silsilah est implanté dans la ville de Zamboanga. Établi sur une surface de 14 hectares portant le nom prometteur de « Harmony village », le mouvement dispose d’un institut pour le dialogue interreligieux, d’un centre de formation, d’un programme d’activités pour des enfants de toutes les religions ainsi que d’une chapelle et d’une mosquée. Le père D’Ambra projette de créer un centre d’information et médias qui devra fournir et préparer du matériel pour la radio et la télévision en vue de faire la promotion de la paix entre les religions.

Un autre objectif est de soutenir la population dans sa lutte contre certains employeurs peu scrupuleux. C’est le cas, par exemple, de l’exploitation d’une mine, située à proximité du village de Zamboanga, qui menace de couper l’accès à l’eau pour les habitants. En guise de conclusion le Père nous dit : « Le mouvement Silsilah travaille très fort. Nous devons être convaincus que nos efforts pour le dialogue doivent tenir dans la durée. Il faut aussi toujours se rappeler que nombreux sont ceux qui œuvrent pour le dialogue car la plupart des groupes ont une approche pacifique ».

http://www.aed-france.org/

* Ce texte en anglais a été traduit et adapté en français par Michaël Lontie, AED Belgique

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