Peut-on se libérer du racisme ?

par Gérard Leclerc

mercredi 10 juin 2020

Foule rassemblée à proximitié du « George Floyd Memorial »
© Lorie Shaull / CC by-sa

Depuis la mort de George Floyd, tué à Minneapolis pendant son interpellation par la police municipale, un vaste mouvement de protestation contre le racisme s’est développé aux États-Unis pour se répandre ensuite dans le monde, et dans notre propre pays. L’émotion provoquée par ce meurtre commis sur la personne d’un Afro-Américain par un policier blanc, se décline désormais sur le mode d’un procès universel à l’égard du racisme, et plus précisément du racisme des Blancs à l’égard des Noirs. Cela peut se comprendre en raison de l’histoire américaine et des origines d’une nation marquée par une vaste entreprise esclavagiste.

Qu’il en subsiste des séquelles, ce n’est pas douteux, même si l’on peut discuter de leur ampleur. Qu’il soit nécessaire de poursuivre un travail de purification personnelle et collective pour corriger des réflexes pervers n’est pas douteux, même si un tel travail conduit souvent à des déviations d’une autre nature, telles celles d’universités soumises à l’emprise d’un politiquement correct absurde. Mais il y a lieu aussi d’entreprendre un examen général de la question, sous ses divers aspects (historiques, sociaux, psychologiques) afin de trouver les voies de sortie d’un mal sans doute récurent, mais que l’on aurait tort de considérer comme non amendable.

Théories pernicieuses

Diverses théories se répondent en effet pour conférer au racisme une sorte de statut ontologique, qui figerait par exemple les Blancs dans leurs préjugés suprémacistes. Ainsi, on a pu lire récemment une proposition radicale de ce style : «  Être Blanc est un privilège statistique, observable, mesurable, inconscient, culturel, politique et économique !  » Il ne s’agit pas là d’une opinion isolée. Elle peut se réclamer d’un courant idéologique qui s’est répandu dans notre propre université aux couleurs des «  études post-coloniales  ». Récemment, un manifeste signé notamment par Pierre-André Taguieff et Dominique Schnapper est venu souligner le caractère pernicieux de ces études qui postulent que «  dans les sociétés post-coloniales, l’héritage du colonialisme expression de la domination blanche est à la fois vivant et structurant, sans cesse présent dans les représentations sociales, les croyances et les stéréotypes constitutifs de cet héritage  ».

Aux États-Unis eux-mêmes, une forte réaction s’est dessinée contre un tel discours, de la part d’intellectuels afro-américains qui refusent de se laisser enfermer dans un climat délétère, défavorable à leur propre émancipation sociale. Historiquement, il est absurde de solidariser toute la population blanche américaine à l’esclavagisme parce qu’une bonne partie l’a combattu, mais surtout parce que «  90 % des Blancs qui vivent aux États-Unis ont des ancêtres qui n’étaient même pas dans le pays quand l’esclavage était en cours, et ce chiffre s’élève à 50 % pour les Noirs  » [1].

Philosophiquement, les mêmes intellectuels s’insurgent contre la notion de privilège blanc dont les intéressés seraient dans l’incapacité de se débarrasser.

On pourrait d’ailleurs poursuivre la réflexion en termes théologiques et spirituels. Le péché et même les structures de péché pèsent-elles forcément à jamais, telle une malédiction acceptée par la providence sur l’humanité ? Sans doute, cette humanité sera-t-elle toujours aux prises avec les conséquences du péché d’origine, mais la rédemption et la miséricorde divines sont aussi intervenues pour l’en libérer. Ainsi que chante le psalmiste : «  Rends-moi le son de la joie et de la fête, et qu’ils dansent les os que tu broyas ! Détourne ta face de mes fautes. Efface de moi toute malice  » (Ps 51, 10-11). Oui, on peut être délivré de la malice du racisme !


[1Wilfred Reilly, Intellectuel Afro-Américain dans Le Figaro du 5 juin 2020.

Messages

  • Au même titre qu’il ne convient pas de dramatiser les événements, il est tout aussi irresponsable d’ignorer ou de faire semblant d’ignorer ce qu’ils peuvent charrier parfois d’extrêmement dangereux et pernicieux.

    Laissant aux spécialistes chevronnés le soin de déblayer devant l’ignorance crasse et l’obscurantisme et après la censure par BHO du film "Autant en emporte le vent" ou en anticipant sur la volonté de déboulonner ou détruire la statue de Colbert devant le Palais Bourbon (et puis quoi encore ?), un humble et bref rappel de faits. Oui, il revenait au ministre Colbert la responsabilité de gérer, entre autres, le volet "esclavage" des politiques de l’époque, bien lire, de l’époque. Quant au film tiré du roman de Margaret Mitchell se reporter à la guerre entre sudistes et nordistes : les esclaves qui, au Sud, travaillaient dans les plantations de coton et autres étaient soumis à des conditions bien différentes de celles qu’ils ont connues lorsque, une fois "affranchis", ils constituaient une main-d’oeuvre "bon marché" dans cette partie du territoire où explosaient les nouvelles industries et que de ce fait se multipliaient les usines. C’était sans compter avec un facteur non négligeable : le climat. En effet, au Sud les esclaves évoluaient dans un climat doux et ensoleillé, alors qu’une fois "libérés" ceux travaillant dans les usines du Nord tombaient comme des mouches, victimes d’un climat humide, froid et souvent neigeux. Ce n’est qu’un détail. Mais...

    Comme l’oeuf de Colomb : "c’est simple mais il fallait y penser". Encore faudrait-il savoir lire...

  • On peut, et doit, se poser la question de qui finance et organise de telles manifestations que la famille Traoré serait incapable de mobiliser par son seul entregent.
    On retrouve les habituels mouvements qui ont fait du « racialisme » leur fond de commerce. Ces mouvement sont, d’une manière plus ou moins directe, tous affiliés à l’European Network Against Racism (ENAR *). Lequel a bénéficié de quelques largesses de l’inévitable Open Society Foundation, omniprésente sur le terrain de la déstabilisation.
    Les pistes sont brouillées et, le moins qu’on puisse dire, il est difficile de dire clairement qui tire les ficelles. La concomitance des agitations de chaque côté de l’Atlantique n’a cependant rien de fortuit.
    Les efforts des médias et des communautarismes pour faire prévaloir la thèse d’une France – et de sa police – gangrènées par le racisme se heurtent heureusement au scepticisme et au bon sens d’un nombre grandissant de citoyens pourtant assommés par une intense propagande et des injonctions à penser conformément aux nouveaux standards.
    Dans cette affaire, le rôle du pouvoir en place aura été pathétique. Depuis rarement, la France aura été aussi mal gouvernée, et aussi manifestement contre ses propres intérêts. Ceci est de très mauvais augure au seuil de la crise économique et sociale qui s’apprête à prolonger l’épisode de crise sanitaire...
    *) https://www.enar-eu.org/

  • Tout ceci est un problème politique . Depuis son élection, Trump est menacé de destitution par ses adversaires. N’ ayant pas de succès par les voies légales, il faut échauffer le pays, avec les antifa, "Refuse fascisme" les extrêmes gauches communistes mondialistes émeutiers dans les grandes villes
    En France Assa Traoré veut "renverser le Président, rentrer dans le palais comme en Afrique ; pourquoi cela ne se passerait-il pas comme cela en France ?"
    Pour en finir avec la repentance, on parlera un jour de l’état de certains pays des forêts tropicales découverts à la fin du 19ème siècle, esclavagistes et anthropophages, dont ils sont heureusement sortis

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