Traduit par Pierr

Perfectionnement technique de l’homme ?

James V. Schall, S.J.

lundi 22 janvier 2018

Le progrès technique, selon Schall, nous procurerait-il une amélioration de la version originale ? Question qui ne me soucie guère, en dépit de mes prothèses auditives alimentées par piles. Mais c’est une bonne question pour bien des gens. Un neveu m’a fait parvenir une liste des “50 Entreprises les plus performantes“. Je ne savais pas bien qu’en faire.

Alors j’ai interrogé un ami bien informé sur ce genre de choses. Il a remarqué qu’une proportion considérable de ces “Entreprises les plus performantes“ travaille sur la condition humaine proprement dite. “L’appareil“ constitué du corps et de l’esprit de l’homme peut être considérablement perfectionné.
En résumé, selon mon ami : « je pense que la tendance fondamentale de l’innovation technique réside dans la technique telle qu’appliquée aux êtres humains. Je ne parle pas des humains faisant appel à la technique. J’entends la technique insérée dans nos corps — et nos esprits — et même raccordée directement à des ordinateurs. »

Il y a déjà des personnes équipées d’un ”pace-maker” dont il faut changer la batterie de temps à autre. De nos jours, des chirurgiens effectuent habilement des opérations à l’aide de robots qui assistent leurs mains. On pourrait imaginer, après diagnostic intra-utérin d’un bébé au Q.I. Insuffisant, d’insérer une ”puce” dans ce petit moineau, lui conférant, le moment venu, une capacité intellectuelle du niveau de Harvard. On dispose à présent de montres qui indiquent la distance parcourue à pied, les calories consommées au repas, et les caprices de notre tension artérielle.

Les composants informatiques sont devenus si petits qu’on peut les insérer n’importe où, du cerveau au gros orteil afin que ces organes tiennent leur rôle initialement prévu. On pourra prochainement recharger leurs batteries en passant près d’une station de recharge. Les batteries dureront des décennies. La pile de ma montre a bien duré cinq ans.

Selon Descartes, alors que nous ne pourrions rien connaître des réalités hors de nous-mêmes, nous pourrions cependant construire un corps humain tel qu’on ne saurait distinguer l’original de sa copie. Comment donc comparer ce qu’on ne connaît pas avec ce qu’on vient de fabriquer ?

À la source de toute innovation se trouve sans doute le désir de nous améliorer, de nous défaire des maladies et infirmités, si ce n’est de la mort. Des marionnettes équipées des ”chips” appropriées dans leur cerveau feraient soudain passer Einstein pour un benêt. Aucun joueur d’échecs ne peut battre son robot-adversaire. Amazon procède actuellement à l’expédition de livres, chaussures, articles alimentaires... en employant des robots bien plus efficaces que des humains.

Puisque les ordinateurs savent tant de choses, pourquoi ne pas transférer leur savoir directement dans nos têtes ? Il ne sera même pas nécessaire d’accéder aux ordinateurs. Ils seront toujours en marche. Si je veux connaître la date et la conclusion de la bataille de Hattin [4 juillet 1187, Saladin écrasant les Croisés], j’aurai la réponse sans délai. Et si je veux savoir la température du 3 juillet 1894 à Cordova (Argentine), pas de problème.

Cependant, si je veux savoir si mes péchés sont pardonnés, ou si mon épouse est amoureuse de moi, il peut y avoir un accroc dans le système, mais ce ne sera sans doute que provisoire. Lors de notre baptême, toute la technique incluse dans notre corps est également bénie par l’eau ainsi versée.

Certes, bien de ces élucubrations sont déjà apparues. Frankenstein ? Ce qu’on désirait comme une bénédiction s’est révélé, en fait, être une monstruosité. Qu’est-il arrivé de travers ? S’il existe un vaccin contre la rougeole, nous devons tous être vaccinés. Si chacun possède un système astucieusement conçu pour améliorer son cerveau, son rythme cardiaque, ses émotions, sa démarche, ou sa mémoire qui est-il donc ? Est-il encore le fils ou la fille de ses vrais parents ? Ou est-il le produit de quelques machines fantastiques mises en place par des individus à la poursuite de leurs propres projets ?

On raconte que les anciens Grecs avaient inventé des machines et des procédés pour exécuter tout ce qui était nécessaire. Mais ils décidèrent de ne pas les mettre en service, sauf pour en faire des jouets. « Si on peut faire quelque chose, qu’on le fasse » n’est pas forcément, dans la vie courante, une trop bonne idée. Pourtant, ce qui ne relève certes pas des bonnes idées est aussitôt mis en pratique. Le monde est plein de bonnes idées, mais également des effets de très mauvaises idées.

L’homme ne s’est pas créé/inventé. Mais peut-il se “ré-inventer“ ? Devrait-il tenter de mettre au point un humain super-perfectionné cablé avec des micro-bidules lui permettant de faire des tas de choses impossibles pour les hommes issus de la Création ?

Qu’y avait-il, après tout, de critiquable à propos des joueurs de base-ball aux muscles assez entrainés pour effectuer plus fréquemment des “home-runs“ [Tour complet du terrain après un seul lancer]. Leur performance individuelle est simplement supérieure à la normale. Songeant à une race humaine techniquement améliorée, sous licence de l’état, je suppose qu’il faudrait conserver le modèle de la création initiale de l’homme.

En fait, on constatera que nos “améliorations“ ne sauraient être qu’une nouvelle forme très élaborée d’esclavage. Les Grecs avaient vu juste, tout comme le Créateur.

1er août 2017.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/08/01/on-technically-enhanced-man/

Vase grec : Mort de l’automate Talos -vers 350 av. JC [Musée National Archéologique de Puglia, Italie]

Messages

  • Avec les ordinateurs qui corrigent, dit-on, nos fautes d’orthographe, la multitude de télécommandes qui nous évitent quelques pas pour aller appuyer sur le commutateur de la lampe à leds ou le poste TV, le système de radiopilotage qui prend le relais de la très astreignante tâche d’ajuster nos montres à l’heure d’été ou d’hiver, le cerveau électronique de notre lave-linge capable de sélectionner la quantité de l’eau et le degré de sa température, et dernièrement, le système de freinage automatique des voitures devant un feu rouge et de redémarrer idem au feu vert et, surtout de stopper sec au pied du piéton distrait et pile devant l’imprudent chat de gouttière, et peut-être pour très bientôt l’astuce judicieuse qui palliera au sport de se baisser pour ramasser son slip et le remplacer par un autre... Il est permis de reprendre son souffle juste pour se demander ce qui resterait à faire au cerveau humain ?...

    Depuis un bout de temps sont entrés dans les discours officiels, débats en tous genres, articles de la presse papier et autres media deux mots magiques : il s’agit de la merveilleuse, de l’incomparable, de l’inévitable, de la toute-puissante, de l’infaillible "intelligence artificielle" !

    On en vient à se demander s’il existe une "intelligence naturelle". Et vite fait,

    Revenir à la conclusion de l’article du père James V. Schall : "... on constatera que nos "améliorations" ne sauraient être qu’une forme très élaborée d’esclavage. Les Grecs avaient vu juste, tout comme le Créateur".

    Oui, on sait que voilà un message-type rétréci, fossile et rétrograde. Tant pis, il est quand même envoyé. Merci.

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