Père Alexandre Siniakov : Un doux Cosaque à Paris

par Frédéric Aimard

mardi 29 août 2017

Nos amis qui reçoivent la chaîne de télévision KTO ont eu l’occasion de regarder un beau reportage de Jérôme Mauduit sur le séminaire russe à Épinay-sous-Sénart dans la banlieue de Paris. Parmi plusieurs portraits attachants de séminaristes, se détache la figure du recteur, Alexandre Siniakov, un jeune prêtre russe qui dit fort bien son amour de la France et sa reconnaissance aux catholiques d’exister… On le voit aussi s’occuper de deux ânesses dans le jardin (!). On subodore qu’il y a là une histoire riche en rebondissements. Et c’est ce que l’autobiographie du père Siniakov, qui vient de paraître [1], nous permet de découvrir encore mieux grâce à des qualités littéraires indéniables.

Il s’agit d’abord du récit très personnel et poétique de l’enfance d’un petit Cosaque, né en 1981 dans un village-sovkhose d’une steppe boueuse du Caucase, à 250 km de la plus petite ville, tout près du Daguestan, de la Tchétchénie, de l’Ossétie... Avant la chute du mur de Berlin, la vie y était rythmée par les travaux collectifs des champs, les files d’attente pour obtenir quelques boîtes de conserve et une miche de pain compacte à la coopérative, et la propagande molle et vaguement festive d’un monde qui ne voulait pas savoir qu’il allait s’effondrer. Les hivers étaient longs, les étés brûlants, les jeunes élèves menés plus ou moins à la baguette par un personnel enseignant féminin dévoué mais coupé du monde, sans réelles perspectives intellectuelles, ni bien sûr spirituelles.

De santé fragile, Alexandre échappe assez tôt aux aspects les plus physiques de l’embrigadement communiste. Il rêve beaucoup. En partie élevé, avec douceur, par sa grand-mère, qui possède une petite icône ancienne accrochée au-dessus de son lit, il bénéficie d’une assez grande liberté. La beauté d’un ciel étoilé, que nulle pollution ne vient ternir, lui donne l’idée d’un au-delà qui est ancrée en lui de par ses ancêtres vieux-croyants nekrassoviens, une Église schismatique… Mais avant qu’il puisse accéder à une Bible, il lui faudra attendre que des missionnaires protestants s’installent en Russie au milieu des années 90… C’est donc en déchiffrant des textes de propagande athée qu’il s’est fait une première idée de la Parole de Dieu. Et c’est d’abord par l’étude des langues étrangères qu’il s’échappe en pensée de ce trou perdu. Cela nous vaut des pages savoureuses sur les mille et une ruses qu’il doit déployer pour accéder à quelques pauvres livres en anglais, en allemand et, un jour enfin, en français. Le futur père Siniakov a découvert le français tout seul dans Le Comte de Montecristo, d’Alexandre Dumas. Il y contracte un amour ébloui de notre culture.

Finalement, il est repéré pour ses dons linguistiques, d’abord par ses professeurs, puis un jour par un prêtre, puis un évêque car, depuis ses douze ans, il a décidé d’être croyant, et il se sent appelé à devenir moine dans l’Église orthodoxe russe. Cela l’amène à être baptisé une deuxième fois, ce qui le troublera mais creusera son désir d’unité dans l’Église. à l’âge de 15 ans, ayant accompli tout son cursus secondaire en sautant des classes et encore trop jeune pour entrer au séminaire, il frappe à la porte du monastère d’Ypatiev de Kostroma, tout juste renaissant, et participe aussitôt à la vie d’une communauté de six moines dirigée par un supérieur de 35 ans.

Les pages qu’il consacre à ses excès de zèle de néophyte et à son dur apprentissage de l’autocritique spirituelle sont parmi les plus instructives du livre.

Comment il débarque en France… On ne voudrait pas vous priver du récit de tant de retournements providentiels qui le font atterrir chez notre cher père André Gouzes, le fameux dominicain de l’abbaye de Sylvanès. Ni comment il devient le meilleur ami d’un autre dominicain, mais à peine plus âgé que lui, le frère Hyacinthe Destivelle, aussi amoureux de la culture russe et de l’Orthodoxie, qu’Alexandre Siniakov est féru de culture française...

On ne s’étonnera pas de trouver un chapitre sur la catholicité de l’Orthodoxie et vice-versa, qui s’enracine dans une expérience faite d’épreuves et de joies pas toujours faciles à faire comprendre à ses amis d’un bord ou de l’autre, même si le père Siniakov excelle à les commenter et les justifier par les Saintes Écritures et les exemples historiques.

Enfin, la conclusion sur la Bonne Nouvelle appelée à se déployer en toutes langues sur toute la surface de la terre acquiert ici une saveur particulière, justement parce qu’elle est intimement vécue par celui qui nous appelle, comme c’est sa vocation, à la conversion, de l’Orient à l’Occident...

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Russie : le plus grand obstacle à l’unité, c’est « l’ignorance »,

https://fr.zenit.org/articles/russie-le-plus-grand-obstacle-a-lunite-cest-lignorance-diagnostic-du-p-siniakov/

http://www.seminaria.fr/Parution-aux-Editions-Salvator-du-livre-du-P-Alexandre-Siniakov-Comme-l-eclair-part-de-l-Orient_a1100.html

http://www.editions-salvator.com/A-24601-comme-l-eclair-part-de-l-orient.-itineraire-d-un-pelerin-russe.aspx

http://www.egliserusse.eu/Hieromoine-Alexandre-Siniakov_a16.html

https://www.parisinfo.com/musee-monument-paris/154371/Centre-spirituel-et-culturel-orthodoxe-russe-a-Paris


[1Alexandre Siniakov, Comme l’éclair part de l’Orient. Itinéraire d’un pèlerin russe, éd. Salvator, 200 pages, 19 e.

Messages

  • Père Alexandre est l’une de ces figures (trop rares) de l’orthodoxie qui s’attachent à créer des ponts avec la catholicité romaine occidentale. Il vit en France et, contrairement à nombre d’autres, cela lui paraît naturel de rapprocher plutôt que de cliver (frileusement) ; ce qui ne l’empêche pas de rester pleinement fidèle à sa tradition. Ça ne lui attire pas que des sympathies...

    Les séminaristes d’Epinay assurent, tous les samedis matins, la liturgie (en français) de la cathédrale du quai Branly à Paris. Une bonne occasion pour faire connaissance avec la liturgie orthodoxe !

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