«  Perdre espoir pour gagner l’espérance  »

Propos recueillis par Aymeric Pourbaix

mercredi 3 novembre 2021

L’ennemi semant l’ivraie, 1540, Heinrich Füllmaurer, retable de Montbéliard, musée d’Histoire de l’art de Vienne.

Avec L’Église peut-elle disparaître ? (Mame), Didier Rance, ancien directeur de l’AED, livre une profonde méditation sur dix «  morts et résurrections  » dans l’histoire de l’Église, appuyée sur son expérience des martyrs.

Votre livre se veut-il résolument anti-décliniste ?

Didier Rance : C’est un livre d’historien, prudent vis-à-vis des grands mots comme progressisme et déclinisme, deux visages d’une même prétention à savoir où va l’histoire. Mais c’est aussi un livre de croyant, pour qui l’espérance, infusée en nous par Dieu lui-même, est notre meilleure boussole.

Cela remet aussi en cause une vision linéaire de l’histoire : il peut y avoir des périodes de réel déclin. Y sommes-nous ?

C’est précisément cette vision que je viens de dénoncer. Par contre, il y a effectivement des périodes d’essor et des périodes de déclin dans l’Église, dues à des assauts ou défis extérieurs ou internes – ce livre parle bien sûr des deux. Aujourd’hui, le déclin en Occident est une réalité, mais non moins l’essor de l’Église en Corée du Sud – plus 50 % de fidèles en 20 ans alors que la population n’a crû que de 10 % – et le christianisme est aujourd’hui la première religion dans ce pays encore qualifié de bouddhiste.

Les défis sont immenses aujourd’hui. Comment ne pas perdre espoir ?

Mais il faut perdre l’espoir pour gagner l’espérance qui vient de Dieu ! Voyez le constat bien sombre du premier chapitre de la dernière encyclique du pape François, Fratelli tutti : ce serait une leçon de désespoir s’il n’y avait la conclusion sur l’espérance, une «  réalité qui est enracinée au plus profond de l’être humain  », explique-t-il, car «  Dieu continue de répandre des semences de bien dans l’humanité  ». Autre signe : ce livre montre comment l’Église a su se réinventer pendant deux millénaires pour demeurer fidèle à sa vocation.

Le parallèle avec la crise arienne du IVe siècle, avec des catholiques divisés à l’intérieur même de l’Église, vous semble-t-il pertinent ?

C’est plus qu’un parallèle, c’est bien pire : aujourd’hui ce n’est pas seulement la divinité du Christ qui est niée, comme dans la crise arienne, mais c’est toute notre foi, avec cette «  espèce d’apostasie immanente  », dont parle Maritain, qui voudrait évacuer le surnaturel. Mais je rappelle aussi que lors des deux précédentes crises ariennes – IVe siècle partout et XVIe siècle en Pologne et ailleurs –, l’arianisme croissait et semblait irrésistible et que, dans les deux cas, il a soudain fait «  pschitt  » en un rien de temps.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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L’Église peut-elle disparaître ? Petite histoire de l’Église à la lumière de la Résurrection, Didier Rance, Mame, 2021, 256 pages, 17 €.

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