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Paysans, éleveurs, nos esclaves

par Dominique Daguet

lundi 8 février 2016

Où en sommes-nous de la démocratie ? Que pouvons-nous penser de nos élus de gauche ? Qu’est devenue la France en quelques mois ? Sans cesse notre peuple reçoit d’innombrable leçons de morale de la part d’un président et de ministres dont chacun sait bien que cette morale est toute d’inspiration des loges grand-orientalistes comme d’ailleurs l’essentiel de leurs projets politiques : et pendant ce temps tout un peuple de paysans, d’agriculteurs et d’éleveurs de bœufs, de porcs et de volailles tentent de faire savoir qu’ils sont au bord de la faillite, au bord du dépôt de bilan, au bord d’une ruine qui est en même temps celle de la France. Et déjà enfoncés dans un désespoir que pas un Français « hors champs » ne peut oublier.

Des hommes et des femmes, qui travaillent soixante à 70 heures par semaine mais ne gagnent même pas la moitié du salaire minimum, ou ‘’smic’’, imposé par l’état pour 35 heures semainières : parfois rien ! Moins que des chômeurs recevant, par bonheur pour eux, une indemnité nettement plus élevée que ce salaire que l’on chipote à ces nouveaux esclaves. J’ai entendu en effet qu’un maire avait osé, l’imprudent, demander aux chômeurs de sa commune de donner dix-sept heures de travaux publics, notamment pour rester en contact avec le monde du travail : tous les bien-pensants boboïsés des médias et des partis de gauche ont crié au scandale alors que sa demande était d’une modestie presqu’excessive.

Est-ce que l’on peut rester les bras croisés à attendre que nos élus, nos gouvernants, finissent par fermer leurs tombeaux ?

Il n’existe aucun droit naturel de profiter du malheur des autres, mais un devoir pressant d’aider ceux qui permettent au peuple de France de se nourrir.
L’injustice est criante mais nos élus n’ont pas considéré les pratiques ignobles du Grand Commerce Concentré - les ‘’Carrefour’’, les ‘’Géant Casino’’ et tous les autres - comme hors la loi, puisque ce GCC, acronyme dont le son est des plus approprié, n’achète toujours qu’en contraignant les producteurs de baisser leurs prix jusqu’à trop souvent rejeter à plus tard de se donner un salaire et se permettant, en se frottant les mains, de saisir leurs proies à des prix de braderie, et donc sous les prix de revient, ce qui est interdit par la loi : pire, ce qui est monstrueux, ce qui est scandaleux, ce qui est immoral à un degré superlatif : in fine qui doit être nommé ‘’crime’’. Ils n’ont même pas la courtoisie d’envoyer une couronne à ceux qu’ils tuent ! Ils ne touchent à rien mais leurs victimes se jettent à l’eau, ou du haut de leur toit, ou meurent d’un coup de fusil. A moins de seulement jeter l’éponge alors que leurs regards se perdent dans une nuit de pôle nord.

Qui s’est posé la question, chez nos impudents gouvernants, de savoir pourquoi le taux de suicide chez les paysans est en France, et depuis des années, le plus élevé de tous les pays d’Europe ? Qui s’est demandé, n’ayant rien fait pour venir en aide d’une façon efficace à ces désespérés, à ces ’’esclaves’’ d’un nouveau type que sont devenus nos ‘’nourriciers’’, s’il serait possible de rétablir la justice ? Car le comble est que ces esclaves ne demandent qu’elle, la Justice, avec un J majuscule ; il semble hélas que personne n’a entendu parler d’elle, sauf quand il s’agissait de favoriser un coupable au détriment de sa victime...

La Justice passe par la loi : nos gouvernants, qui façonnent parfois des lois iniques, dites sociétales, feraient bien mieux de chercher quelle loi, quel concept fort ils pourraient faire surgir de leurs neurones, s’il leur en restent, afin d’imposer au GCC, dont les « hauts cadres » n’ont toujours pas cessé de s’en mettre plein les ‘’fouilles’’, de ne rien acheter qui sorte des règles du Droit. Rien de plus, mais rien de moins : donc dans leurs achats de ne jamais descendre, même d’un centime, en dessous des prix de revient de chaque fruit et légume, de chaque porc ou vache, de chaque brebis ou volaille, étant bien entendu que ce prix est fixé par celui qui a produit ou élevé et non par celui qui achète.

Et ce prix de revient comporte, sans le moindre oubli, le bénéfice qui doit revenir au paysan ou éleveur.

Car l’exploitant agricole ne peut fixer le niveau de son salaire qu’à l’aune de ce prix fixé en tenant compte naturellement à la fois de toutes les dépenses effectuées, à quoi s’ajoute tout aussi naturellement « le temps passé ». Et Dieu sait que ce temps passé compte fort peu aujourd’hui dans l’esprit des pédégés du GéCéCé, ce qui est bien une façon de comprendre comment ils ont réussi à transformer en esclaves ceux qui leurs fournissent de quoi gagner le bénéfice qu’ils entendent se donner à eux-mêmes ainsi qu’aux membres de leurs conseils d’administration.

Un autre point inacceptable : nous autres consommateurs nous vérifions régulièrement que bien des produits achetés en ces grandes surfaces qui ont pullulé dès la fin des années 60 – imitation de ce qu’avaient dix ans plus tôt fait les États-Uniens –, qui tout au long des années 70 avaient mis au chômage plus de 3 millions de travailleurs plus ou moins indépendants, en somme issus du « petit commerce » si méprisé, mais n’avaient créé que 800 milles emplois, étaient des produits importés, c’est-à-dire le plus souvent n’observant pas nos règlements, notamment ceux qui affectent les fruits, les légumes, le lait, les fromages, les pâtisseries, etc.. Importations qui échappent le plus souvent aux contrôles qui toujours s’imposent aux agriculteurs de France…

Un nombre énorme de tonnes d’orange, par exemple, de pêches, de poires etc. traversent nos frontières et puent le pesticide, heureux parfum dont se délectent les poumons des enfants ! Il faut quitter d’urgence les instances européennes et, sans attendre, régler par nous-même ces trafics honteux : je ais, nous avons livré aux fonctionnaires de Bruxelles l’essentiel des outils de la souveraineté : non sans pouvoir reprendre ce qui continue, en esprit, à nous appartenir. L’Espagne est l’un des plus importants fournisseurs de ces plateaux dangereux.

Il faudrait, cela devrait aller de soi, rédiger une ordonnance détaillée de tout ce que nous ne voulons pas importer qui soit dangereux pour la santé des enfants, des vieux et pourquoi pas de tous les autres citoyens… Et délimiter des zones temporaires afin que certaines récoltes, celle des pêches par exemple, ne soient pas mises en concurrence avec des livraisons massives venues de l’extérieur et dont les prix mettraient hors jeu les fruits de France…
Il conviendrait enfin d’avertir les pays qui, comme l’Allemagne et l’Espagne, sans oublier les exploitants français qui en font autant, mais seulement pour survivre, font venir d’Europe de l’Est ou du Maroc, des contingents très importants d’autres esclaves, traités souvent d’une manière infamante et payés à des prix de misère.

Ces pratiques sont intolérables et littéralement s’assimilent à du vol. L’Europe se garde bien de prendre position, mais la France se doit d’accomplir cette tâche de salut public : sans oublier, si les bonnes mesures sont prises, de mettre au pas ceux de France qui ne mettraient pas un terme à des solutions indignes.

Mais l’indignité n’a-t-elle pas déjà pris ses quartiers dans les palais où se tiennent nos élus ?

Messages

  • Je suis soulagé d’entendre enfin un cri d’alarme et de révolte ! Je souhaite que l’on pousse plus loin l’analyse, que l’on donne plus d’exemples et de chiffres, par secteurs d’alimentation, que l’on fasse un plus grand nombre de propositions concrètes... Car de divers côtés grondent indignation et mécontentement, mais il manque un programme concret à mettre en oeuvre.

    Je me permets de signaler par exemple un article de Perico Légasse dans Marianne du 29 janvier au 4 février 2016 : "Halte à la souffrance animale, mais halte d’abord à la souffrance paysanne", qui dénonce le sur-productivisme imposé dans les filières de l’élevage, pour un abaissement des coûts des produits sur le marché, conduisant directement à la maltraitance animale..., infiniment moins grave toutefois que le désespoir des paysans qui n’y arrivent plus.

    Je crois que ce problème est prioritaire dans notre actualité nationale et que France Catholique aurait un rôle important à jouer... Cela implique que l’on connaisse exactement les lois, règlements, dispositions européens, avec d’un côté les bénéfices que notre agriculture en retire et, de l’autre, les contraintes insupportables et "mortifères" qui sont à rejeter. Quelle est notre marge de manoeuvre nationale ? Est-il possible de faire vivre notre agriculture sans sortir de l’Europe ? Ou bien, est-ce que ce sont nos gouvernements-gouvernants, trop faibles et/ ou vendus, qui sont premièrement responsables du marasme dont l’agriculture n’arrive pas à sortir ?

    • Il faudrait sûrement sortir de l’Europe pour faire vivre notre agriculture. Encore que les mesures de rétorsion (voir l’exemple Grec) s’efforceraient de torpiller jusqu’à toute survie de celle-ci.

      Sans vouloir paraître trop pessimiste, j’en suis au point de me dire que pour l’agriculture française, les carottes sont cuites !

      Combien reste-il de paysans, éleveurs et cultivateurs au regard de ce qu’était leur effectif à l’aube des années cinquante ?

      Ah, certes, elle s’est modernisée, l’agriculture. Rien à voir entre les tracteurs d’aujourd’hui, climatisés et plus gros qu’un char Léopard, et les bœufs et vaches qui, en bien des endroits tiraient encore charrues, tombereaux divers et chars de foin.

      Mais rien à voir non plus sur l’endettement correspondant !

      N’importe qui pouvait à bon compte se payer une vache (qui de surcroît rapportait lait et veaux), alors qu’aujourd’hui pour se payer un tracteur, même modeste (qui, lui, ne se reproduit pas avec un de ses congénères), il faut plus qu’un bas de laine, il faut un moral d’acier, un peu d’inconscience et beaucoup de crédit.
      Et le tracteur n’est qu’une modeste partie d’un équipement horriblement dispendieux sensé suppléer la suppression du personnel de ferme.

      Les seuls qui s’en sont bien tirés, de cette évolution de l’agriculture, ce sont les banquiers. Certains banquiers ont hypothéqué la moitié de la France rurale pour permettre à la paysannerie française d’entrer dans la modernité (et finir à l’hospice, dans l’indigence ou au bout d’une corde, accrochée à une poutre achetée à crédit).

      L’industrie agro-alimentaire a gagné la partie (avec la scandaleuse complicité active de bien de nos gouvernements) avec son alter-ego, la grande distribution. Tout est encadré et verrouillé d’un bout l’autre de la chaîne.
      Les publicités (agro) alimentaires, omniprésentes, ne cessent de formater les esprit des consommateurs et des ménagères (cela existe-il encore, une ménagère ?). Plus personne ou presque ne “fait de cuisine” ni n’épluche quoi que soit : l’industrie s’en charge pour vous, vous simplifie la vie et vous donne du temps libre (pour l’esclavage des heures supplémentaires non payées au travail ou pour les jeux sur les consoles, si l’on est sans travail....)

      Jusqu’à présent, les jardins potagers sont permis et non taxés (qui d’ailleurs sait encore cultiver quoi que ce soit parmi la population citadine ?).

      Pourtant la “scandaleuse autarcie” (1) de quelques-uns, qui par leur cultures potagères et leurs élevages (poules et lapins) privent l’Etat des taxes à la valeur ajoutée liées à tout achat alimentaire est devenue minoritaire grâce à l’intense travail des sociétés agro-alimentaires qui ont su "éduquer" les consommateurs et formater leurs goûts.
      Celles-ci vendent une laitue (et TVA y afférente !) insipide au prix de revient d’un carré entier de salades dans le potager de nos grand-mères.

      Comment les gouvernements n’auraient-ils pas pu donner la préférence aux industries alimentaires, pourvoyeuses d’un volume considérable de taxes, à de petites exploitations privilégiant les circuits courts et les circuits fermés sans que la TVA puisse s’y nicher de manière efficace, ni surtout rentable.

      La France produisait à peu près tout (au moins ce qui est fondamental pour assurer sa subsistance et se nourrir raisonnablement) et sur l’ensemble de son territoire. Aujourd’hui, de très nombreux produits basiques proviennent de l’étranger, proche ou lointain, même si leurs concurrents français sont de meilleure qualité.

      Il faudrait en effet une étude détaillée et documentée pour mettre au clair et démonter l’ensemble des mécanismes tordus, et pour certains franchement malhonnêtes, qui sont à la base de cette situation (dramatique, même si ça n’est pas d’évidence pour tous) qui a d’une part pour conséquence la perte de l’autonomie alimentaire nationale (*) et d’autre part la disparition du monde agricole (les deux étant intimement liés), le tout au profit de sociétés multinationales et des stratégies de l’ultra-libéralisme mondial. L’Etat au milieu qui perçoit les recettes inhérentes à toute transaction marchande (**).

      * que l’on essaie de transposer - ce n’est pas seulement une hypothèse récréative - la situation de nos aînés, des populations qui, durant l’Occupation, ont pu survivre grâce à un retour, partiel ou complet, à la campagne ou à des échanges (qualifiés de "marché noir", mais ce n’était pas vraiment cela le vrai "marché noir") avec des familles ou des connaissances dans le monde rural. Oui, ça donnerait quoi aujourd’hui (alors que dans les villages de nos vacances le lait, les œufs, la charcuterie et les légumes ne se trouvent que dans la supérette proche où ils ont atterri après un voyage, généralement, de plusieurs centaines de kilomètres...) ?

      ** un centre commercial, ça fait ramasser bien plus de taxes que des étals de petits producteurs indépendants sur un marché (même si ceux-ci sont également lourdement taxés)

      1) trait qui n’est qu’à moitié humoristique ; n’y a-t-il pas eu tout un cirque autour du purin d’ortie qui a fait quelque temps l’objet d’une interdiction, presque une criminalisation ? Eh oui, les orties, ça ne coûte rien, ça ne rapporte aucune taxe à l’Etat et ça vient en concurrence directe et sauvage avec les saloperies coûteuses (et souvent toxiques) que l’industrie s’entendait à vouloir rendre seules disponibles aux jardiniers en herbe comme à ceux qui ont une envergure un peu plus professionnelle (c’était peut-être là que le bât blessait la coalition industrialo-fiscale...)

  • Les produits transfrontaliers ne puent pas seulement le pesticide. Ils puent également le kérosène et le fuel !

    Oui, mettez le nez sur un avocat du Pérou, sur du ponga vietnamien (*), des cornichons indiens, des tomates de la RPC ou sur des fraises du Cap, tous ces produits qui atterrissent par palettes entières sur les gondoles de nos hyper-super-markets. N’y retrouvez-vous pas la saveur caractéristique des milliers de litres de kérosène (ou de fuel lourd) qu’il a fallu consommer pour les porter à destination ?

    Le consommateur - qui décidément ne pense à rien et s’interdit même de penser (à autre chose qu’un gain apparent de quelques centimes sur des promotions attrape-nigauds) - croit-il que ces produits sont venus poussés par le vent du large ?

    Même les tulipes, qui n’avaient jusqu’aux années soixante-dix que quelques lieues à franchir pour venir de la Plaine-de-France (aux confins du Bourget) jusque chez les fleuristes franciliens, voyagent désormais par avion. Les tulipiers, de vieille tradition, ont fait place à des nœuds autoroutiers qui labourent les terres fertiles et grasses du nord parisien. Permettant ainsi à d’immenses cortèges de poids lourds internationaux, telles des chenilles processionnaires, de transiter avec les produits qui vont inonder l’ensemble de l’hexagone et ses grandes et moyennes surfaces.

    Je me souviens d’une discussion, dans les années soixante-dix, avec un (petit) paysan éleveur auvergnat qui, en me faisant faire le tour d’une forêt qu’il exploitait au fond d’un ravin impossible, m’expliquait ce que lui coûtait l’élevage d’un agneau (auquel il appliquait toute sa passion) et ce que ça lui rapportait. En gros, on aurait pu résumer son bénéfice par “bernique” !

    Comment, dans ces conditions, se fait-il, par exemple, que de la viande d’agneau élevé en Nouvelle-Zélande soit vendue au même prix, voire moins cher, que la viande d’agneau français (on parle là d’animaux "de souche" et non de "naturalisés" dans des officines par des tours de passe-passe administratif) ? Seraient-ils venus à la nage, ces agneaux ?

    Car, même si les cours du pétrole sont depuis peu en baisse significative, les coûts réels du transport ne sont pas négligeables (**). Alors, où est le loup ? Où est l’arnaque ?

    * là, ça sent également autre chose (surtout quand on sait comment lesdites bestioles sont nourries), mais je ne voudrais pas être indélicat à l’égard de lecteurs qui vont peut-être se mettre à table dans quelques instants...

    ** Grâce aux baguettes magiques de l’industrie agro-alimentaire et de la distribution, le prix d’un voyage en carriole jusqu’au plus proche abattoir français est souvent plus élevé qu’un billet d’avion (sans retour !...) Canterbury (N.Z.)-Rungis.
    Pourtant, le coût de transport de denrées sur quelques milliers de km est une réalité incontournable qui devrait être incorporée dans le prix final...
    à titre d’élément comparatif, pour aller de la Place de la Nation (à Paris) jusqu’à Fontenay sous Bois (soit 6 km), il en coûtera 2,40 euros par le RER ; idem pour un trajet encore plus court Place de l’étoile - La Défense ; certes, nous ne sommes pas des moutons (quoique...), donc la comparaison veau ce qu’elle vaut...

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