Pastoral da Criança : hommage au docteur Zilda Arns Neumann

Entretien avec le cardinal Geraldo Majella Agnelo, archevêque de São Salvador da Bahia

dimanche 7 mars 2010

Le docteur Zilda Arns Neumann, pédiatre et fondatrice de la Pastoral da Criança (Action pastorale de l’Enfant) qui aide 1 900 000 enfants et femmes enceintes dans les communautés défavorisées du Brésil, est morte à Haïti, le 12 janvier.

Photo : le docteur Zilda © Signis

Éminence, vous êtes cofondateur de la Pastoral da Criança qui est une organisation œcuménique de la Confé­rence nationale des évêques du Brésil : comment avez-vous réagi à la nouvelle du décès du docteur Zilda ?

Cardinal Majella : Dans la nuit du 12 janvier dernier, j’ai suivi les premières nouvelles de cet épouvantable tremblement de terre, quasi jusqu’à l’aube. J’ai été consterné en voyant ce peuple héroïque tellement éprouvé, tellement discriminé, vivant amèrement tant de pauvreté, de faim, de souffrance. Les premières nouvelles des victimes sont arrivée au matin, et, dans les premières, celle de la mort du Dr Zilda Arns Neumann. J’ai tout de suite pensé que Dieu voulait nous donner un signe de son dessein.

La Pastorale de l’Enfant est née d’une petite graine jetée en terre à Flo­restópolis, dans l’État du Paraná, dans l’archidiocèse de Londrina, il y a vingt-sept ans. Aujourd’hui, elle est présente dans tous les pays d’Amérique latine, différents pays africains, en Asie, au Timor occidental. L’arbre a une belle frondaison. Tout ce parcours est amour, ardeur missionnaire, joie de faire du bien à ceux qui souffrent le plus, d’améliorer la qualité de la vie des autres, surtout des enfants. Le Dr Zilda s’était déjà entièrement donnée. Le Seigneur l’a trouvée mûre pour l’appeler à lui. Depuis longtemps, elle avait pensé à la poursuite de son parcours. Elle avait préparé une équipe qui puisse la remplacer à différents niveaux. J’ai fait l’expérience de l’espérance, comme si c’était une certitude. Je conserve cette foi aussi après ce qui est arrivé à Haïti : sa vie et sa mort sur le champ de bataille seront un constant stimulant.

Quel accueil les Brésiliens lui ont-ils réservé à l’occasion de ses funérailles, quel hommage lui ont-ils rendu ?

Tous les Brésiliens la connaissaient et les moyens de communication n’ont pas cessé de rappeler fréquemment sa mémoire. La veillée funèbre a eu lieu au siège du gouvernement du Paraná, le palais des Araucaries. Des délégations sont venues de tout le Brésil. J’ai présidé la célébration devant son cercueil, entouré de cinq évêques et de prêtres. Ses enfants et ses petits-enfants et d’autres membres de la famille y ont participé avec la foule qui priait et chantait. Des foules sont en effet accourues pour venir s’incliner devant son cercueil. Une caractéristique de cette veillée est qu’elle n’a pas été la démonstration d’un échec, mais d’une victoire. Une vie entièrement dévouée à ceux qui souffrent. De nombreuses personnalités politiques y ont participé : le président de la République, les gouverneurs des États du Paraná et de São Paulo, des ministres d’État, des sénateurs, des députés fédéraux et d’État, et d’autres autorités civiles et militaires. Des caravanes de la Pastorale de l’Enfant sont venues de différents États.

Mme Arns avait atteint une stature universelle : elle avait été citée pour le Nobel de la paix et elle avait reçu différents prix des Droits de l’Homme. Mais vous êtes un témoin privilégié des débuts : comment l’aventure a-t-elle commencé ?

Le projet de la Pastorale de l’Enfant peut se résumer ainsi : le président de l’UNICEF internationale a donné au cardinal Paulo Evaristo Arns des instruments pour préparer à la maison un sérum indiqué contre la diarrhée.
La découverte du sérum semble avoir été d’inspiration divine. Une infirmière du Bangladesh confrontée à une épidémie de diarrhée qui avait fait des milliers de victimes parmi les enfants, sans moyens ni pouvoir, a utilisé les seules ressources qui lui restaient : un peu d’eau et un peu de sel. Elle a rempli un verre d’eau et a ajouté une cuillérée de sucre et une cuillerée de sel, a bien mélangé et l’a donné à boire à un enfant qui allait mourir, et la diarrhée a été vaincue en peu de temps. C’est ainsi qu’on a découvert empiriquement le plus simple des remèdes pour une situation très grave !

M. James Grant a demandé au cardinal Arns de réaliser un projet pour que ce sérum fait à la maison et d’autres mesures de santé de base puissent être apportés aux populations les plus souffrantes, étant donné que, souvent, seule l’Église était en mesure d’arriver jusqu’à elles. Le cardinal Arns a indiqué sa sœur, le Dr Zilda Arns Neumann, pédiatre spécialisée en santé publique, employée au Secrétariat d’État à la santé, pour piloter le projet dans mon ancien diocèse dans le Paraná.

C’est ainsi qu’en septembre 1983 nous avons commencé à mettre en œuvre le projet avec la collaboration des techniciens de l’UNICEF et d’autres venant des secrétariats d’État et municipaux de Londrina. Dans un premier moment, on a décidé que les mères des enfants devaient être les protagonistes de la promotion sociale de leurs familles. Pour chaque groupe de dix mères, nous avons décidé d’en former une, qui aurait des dons d’animatrice, afin qu’elle forme ensuite les autres. L’objectif était d’obtenir une diminution drastique de la mortalité infantile, dans une communauté où les statistiques étaient de 131 morts pour mille naissances. L’âme de notre projet – qui est l’amour des personnes -, doit se manifester au milieu d’elles. Les actions de base choisies étaient la formation des futures mamans, l’allaitement maternel, l’accompagnement mensuel du poids, les vaccins, le sérum fait à la maison pour la réhydratation orale.

Jean-Paul II a dit qu’on ne comprendrait bien le mal que «  de l’intérieur  » : il semble qu’on puisse appliquer cette observation à Mme Arns...

Il est certain qu’elle a beaucoup souffert dans sa vie personnelle. Le Dr Zilda venait d’une famille nombreuse caractérisée par l’accès à la spécialisation universitaire. Elle a choisi la médecine pédiatrique. La formation religieuse est une autre caractéristique familiale : deux prêtres, trois religieuses, et d’autres professionnels, tous compétents et enthousiastes. Zilda s’est distinguée par sa préoccupation pour la formation de la famille, en particulier des enfants, et pas seulement de ses enfants, mais aussi de ceux de sa famille, de ses voisins...

Elle a choisi la médecine comme une mission et elle a dirigé ses pas sur la voie de la santé publique. Son activité quotidienne ordinaire était celle de pédiatre à l’hôpital des Enfants César Pernetta a Curitiba et, ensuite, comme directrice du département maternel-infantile du Secrétariat de la Santé de l’État du Paraná. Elle s’est spécialisée dans différentes universités et organisations brésiliennes et étrangères et cela lui a fourni de solides bases théoriques.

Le cœur du Dr Zilda était rempli de dons pour le prochain, une mission, une grande sensibilité dans son rapport avec les personnes, une ouverture spéciale à la compréhension, la patience, et une attention pour le monde des enfants. Elle-même, à travers des drames familiaux : la perte d’un nouveau-né, le décès de son mari dans sa tentative de sauver un adolescent – qui n’était pas de sa famille - , en mer, et ensuite d’une fille, disparue dans un accident de la route, qui a laissé un fils aux soins de sa grand-mère Zilda.

Elle avait un dialogue intense avec ses enfants qu’elle consultait dans les moments importants de sa vie, surtout quand elle devait faire de longs voyages. La force de ses propres parents a marqué sa vie, elle se souvenait d’eux avec affection. Je me souviens que sa vie a suivi un crescendo d’enthou­siasme et de formation dans sa fonction. Sa sensibilité l’a conduite à s’occuper des enfants dans tout le Brésil, et à l’étranger, à commencer par l’Amérique latine, jusqu’en Afrique et au Timor occidental. Je peux dire qu’elle consacrait beaucoup d’espace à l’action et à son travail dans les conversations avec sa famille et avec ses amis.


Aujourd’hui, comment chiffre-t-on l’œuvre accomplie par Zilda Arns et ses collaborateurs ?

L’éducation des mères par des responsables communautaires formées s’est révélée la meilleure forme de lutte contre les maladies faciles à prévenir et contre la marginalisation des enfants. Après 27 ans, la Pastorale guide plus de 1,9 million de femmes enceintes et d’enfants de moins de six ans, et 1,4 million de familles pauvres dans 4 063 communes du Brésil. Plus de 260 000 bénévoles apportent la foi et la vie, sous la forme de la solidarité et de connaissances sur la santé, la nutrition, l’éducation, la citoyenneté, aux communautés défavorisées.

En 2004, le Dr Zilda a reçu de la Conférence nationale des évêques brésiliens une mission semblable : fonder, organiser et coordonner la Pastorale de la personne âgée. Jusqu’à aujourd’hui, plus de 129 000 personnes âgées sont accompagnées chaque mois par 14.000 bénévoles.
Elle a reçu des prix et des reconnaissances internationales pour son travail d’une grande portée sociale.

Dans son dernier discours à Haïti, il semble que Zilda Arns ait laissé comme un testament spirituel… Que dire de ce message posthume ?

Je considère en effet le discours aux religieux et aux religieuses d’Haïti comme un testament spirituel, et, comme l’a suggéré l’ambassadeur brésilien près le Saint-Siège M. Luiz Felipe de Seixas Corrêa, sa propre oraison funèbre. Je soulignerai de façon spéciale ce passage : « Notre objectif est de réduire la mortalité infantile et de promouvoir le développement des enfants jusqu’à l’âge de six ans. La première enfance est une étape décisive pour la santé, l’éducation, et la consolidation des valeurs culturelles et religieuses.  » Cela peut sembler très simple et en même temps ambitieux, mais c’est important de rêver à un avenir meilleur grâce à des actions qui soient elles aussi simples et reconnues scientifiquement comme valides.

À différentes reprises, notamment, dans son message pour la Journée mondiale de l’Alimentation 2007, Benoît XVI a lui-même indiqué cette priorité de l’enfance dénutrie…

Oui, en 2008, également pour la Journée mondiale de l’Alimentation, il a déclaré : «  Une campagne efficace contre la faim demande beaucoup plus qu’une simple étude scientifique pour faire face aux changements climatiques ou pour destiner en premier lieu la production agricole à l’usage alimentaire. Il est nécessaire, avant tout, de redécouvrir le sens de la personne humaine, dans sa dimension individuelle et communautaire, depuis le fondement de la vie familiale, source d’amour et d’affection dont provient le sens de la solidarité et du partage. Ce cadre répond à la nécessité de construire des relations entre les peuples basées sur une constante et authentique disponibilité, de rendre chaque pays capable de satisfaire les nécessités des personnes dans le besoin, mais aussi de transmettre l’idée de relations fondées sur l’échange de connaissances réciproques, de valeurs, d’assistance rapide et de respect.  »

Le Saint-Père ajoute : «  Il s’agit là d’un engagement pour la promotion d’une justice sociale effective dans les relations entre les peuples, qui demande à chacun d’être conscient que les biens de la Création sont destinés à tous et que dans la communauté mondiale la vie économique devrait être orientée vers le partage de ces biens, vers leur usage durable et la juste répartition des bénéfices qui en découlent.  »

http://www.h2onews.org

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.