PMA : Erreur de diagnostic

par Gérard Leclerc

mercredi 19 juin 2019

Le débat politique en France – mais le problème dépasse largement nos frontières – s’est trouvé transformé depuis les dernières décennies du XXe siècle. Un des marqueurs de ce changement se reconnaît dans la substitution lexicale progressive du sociétal au social.

Le social avait presque exclusivement rapport avec la condition ouvrière et les injustices structurelles du capitalisme. Mais depuis les années 80, l’abandon par François Mitterrand du programme commun de la gauche et la décision de Jacques Chirac de renoncer à résoudre « la fracture sociale », la classe politique a changé de langage et de préoccupations. Ainsi que l’écrit l’historien Pierre Vermeren dans La France qui déclasse : « L’immigration et l’islam, la délinquance et les banlieues, la réforme du code de la nationalité, le vote des immigrés, le pacs et le mariage pour les homosexuels, les modalités de la fécondation et de la grossesse, l’anti-racisme et le néo-féminisme ont peu à peu gommé la question sociale. »

La question sociale n’a pas disparu

Une telle évolution s’est particulièrement avérée lors du quinquennat de François Hollande dont la seule réforme majeure fut le « mariage pour tous » avec la profonde division du pays qu’il entraîna et le grand mouvement de La Manif pour tous. Est-ce à dire que la transformation du corps social, en fonction de l’individualisme moderne et de la puissance de la technique, est devenue l’un des soucis majeurs du politique ? Il n’est pas possible de le contester même si les vecteurs de cette transformation ouvrent à des interrogations morales considérables et si la question sociale n’a nullement disparu. La crise des Gilets jaunes, constitue un avertissement.

Revendication individualiste

Mais puisque le sociétal s’est imposé, il convient de considérer avec soin si les choix actuels, avec l’inspiration idéologique qui les sous-tend, correspondent vraiment à un devenir meilleur pour tous et à un progrès moral. Force est de constater qu’en cédant sur la procréation médicalement assistée, le gouvernement satisfait d’abord une revendication individualiste, qui privera autoritairement des centaines d’enfants de la présence paternelle. Cela ne fera que conforter une des plus terribles dérives contemporaines qui est celle de la destruction des liens de solidarité, avec la solitude alarmante de plus en plus de femmes et d’hommes. Celle des femmes est évidente avec la croissance des familles monoparentales, où ce sont les mères qui élèvent seules leurs enfants.

Mais, comme le montre aussi Pierre Vermeren, c’est de plus en plus vrai des hommes, célibataires, pauvres, isolés et sans enfants, dévalorisés à la mesure de la dégradation de leur situation économique.

S’il y a un vrai problème sociétal, il résulte dans cette dislocation de notre corps social. Et ce n’est pas en encourageant l’individualisme général qu’on le corrigera !

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