Oui, je redeviendrais catholique

par Michael Pakaluk, traduit par Yves Avril

dimanche 26 avril 2020

Jérusalem, Terre sainte
© Eduardo Castro / Pixabay

Un récent pèlerinage en Terre Sainte avec Saxum Holy Land Dialogues m’a conduit à me poser très sérieusement cette question : aujourd’hui, étant donné la crise et la confusion dans l’Église, si j’étais un protestant convaincu du genre « protestant C.S.Lewis » – comme je l’ai été – me ferais-je encore catholique hic et nunc ?

Je me posais cette question, d’une part, parce que les jeunes professionnels que j’accompagnais avec Saxum Holy Land Dialogues désiraient m’entendre parler de ma conversion au catholicisme quand j’était étudiant gradué, et je me trouvais ainsi obligé de réexaminer mes motifs. D’autre part, c’était parce qu’un pèlerinage offre en quelque sorte la meilleure condition possible pour un protestant d’embrasser le catholicisme.

J’ai prié à Gethsémani et j’ai gravi le Golgotha. J’ai lu les Béatitudes dans mon Nouveau Testament grec en regardant le lac de Tibériade. J’ai chanté l’Adeste Fideles en compagnie d’autres croyants dans la grotte de Bethléem. Mais en faisant tout cela, qu’est-ce qui me manquerait si j’étais protestant comme avant ? J’ai alors fait un inventaire de moi-même et voici mes comptes.

Premièrement, il me manquerait le Canon de la messe. Cela peut paraître curieux de placer ce point en premier. Pourtant je me rappelle clairement que, quand j’étais protestant, il était difficile de trouver des expressions propres pour l’adoration. Presque toujours, le langage utilisé était simplement émotionnel, ou simplement humain, ou manquant de quelque élément essentiel.

Quelles que soient les griefs de certains catholiques à propos du Novus Ordo, il reste vrai que chacune des quatre versions du Canon de la messe donne une expression admirable aux vérités essentielles de notre foi, et à la nature de la communion chrétienne quand il s’agit de rendre à Dieu le culte qui Lui est dû. Ces prières expriment tout à fait adéquatement ce qu’on recherche et apprécie dans les lieux de la Terre Sainte.

Deuxièmement, me manquerait l’Eucharistie. Les pèlerins sont conscients qu’un pèlerinage efface la distance. Ici (hic en latin) devient le mot-clé. Ici le Verbe s’est fait chair. Ici est né le précurseur du Seigneur. Ici Marie a placé l’enfant Jésus dans la mangeoire, l’a enveloppé de langes. C’est finalement ce pourquoi on fait un pèlerinage en Terre Sainte.

Mais les différences de temps aussi sont effacées par l’Eucharistie. Notre groupe a célébré la messe dans la chapelle du Cénacle. Pour cette liturgie, ce n’était pas simplement hic mais aussi nunc que le pain devenait Son corps et le vin devenait Son sang. Et ces choses-là se passent de la même façon maintenant à chaque messe catholique.

Troisièmement il me manquerait la succession apostolique. En disant cela, je ne veux pas simplement répéter le lieu commun, très vrai, que les catholiques demeurent sous l’autorité de Pierre, et d’André, et de Jacques et les autres apôtres, exactement comme les premiers chrétiens l’étaient. Nous vivons donc sous la forme de gouvernement que Jésus a instaurée et établie. Je veux dire en outre que la succession apostolique – avec son enseignement constant au long les siècles et l’Eucharistie sont les modes de continuité à quoi Dieu clairement s’attache.

Ce point mérite qu’on s’y arrête. Quand vous visitez un site en Terre Sainte, vous y trouvez souvent, aujourd’hui, une église. Et le guide de dire quelque chose comme : « Cette église date du début du XXe siècle, sur un site où les archéologues ont découvert des traces de pèlerinage datant du Ier siècle avant Jésus-Christ. Les Romains ont bâti par-dessus un temple païen. Sous Constantin, une basilique y a été édifiée qui a été détruite par les Maures. Les croisés ont repris la place et y ont construit une église qui a été détruite par Saladin. Les franciscains se sont adressés au Sultan et ont été autorisés à construire une nouvelle église ici. » Etc.

Aucun lieu saint n’est resté indemne de telles révolutions et destructions, reconstructions et changements de contrôle. L’identité d’un lieu de pèlerinage semble incroyablement laissée au hasard. Parfois même un miracle est nécessaire, comme la découverte de la Vraie Croix par sainte Hélène. Sur ces questions la Providence semble vraiment mystérieuse.

Et pourtant, en contraste, Dieu a clairement pris grand soin que deux choses soient préservées au long des siècles, la Succession apostolique avec la continuité dans l’enseignement, et la célébration de l’Eucharistie, telle qu’elle a été instituée à l’origine.

La condition la meilleure pour un protestant pour embrasser le christianisme1, a été laissée au hasard. Mais ces autres choses qu’un protestant ne possède pas, ne sont pas laissées au hasard. (On doit compter l’Écriture parmi les dernières – parce que la Bible ne confirme pas son propre canon, ou porte avec soi son interprétation véridique).

Quatrièmement, il me manquerait les miracles. Pèlerins, nous nous sommes trouvés devant la Mer de Galilée où Jésus a créé pain et poisson pour la multitude. Nous avons vu à Jérusalem les piscines de Siloé où l’aveugle a reçu la vue, et de Bethesda où celui qui était malade depuis trente-huit ans a été guéri. Je me souviens que je me demandais, quand j’étais protestant, pourquoi il n’avait plus de miracles.

Beaucoup soutiennent que si un « âge des miracles » était nécessaire, c’était seulement au début, afin que le christianisme pût se diffuser rapidement. (N’a-t-il pas besoin aujourd’hui de se diffuser ?) Mais nous catholiques nous vivons et bougeons et avons notre existence au milieu des miracles. Nous connaissons tous des histoires de miracles parmi nos amis. Nous attendons des miracles. Il y a un Siloé et un Bethesda pour toute canonisation. L’Eucharistie est un miracle quotidien.

Cinquièmement et finalement, il me manquerait ma mère, c’est-à-dire, comme chrétien, Marie. Quand je me suis converti, je l’ai fait en dépit des “doctrines mariales”, et non à cause d’elles. Mais je vois maintenant que mon cœur se trouvait alors appauvri, aussi bien que ma foi. Un pèlerin protestant pourrait bien se demander pourquoi les lieux qui impliquent Marie, tels que sa maison à Nazareth, où l’ange lui est apparu, sont justement aussi anciens que ceux qui impliquent Jésus et les apôtres. Pourquoi les chrétiens dès le début se sont-ils rendu compte que Marie était si centrale ?

Mais la réflexion sur le Verbe devenant Chair devrait dissiper cet étonnement et éclairer le lien entre Marie et l’insertion de la vérité dans le temps et l’espace.

Ces réalités demeurent. Oui, si j’étais un chrétien « protestant C.S.Lewis », je redeviendrais catholique, par la grâce de Dieu, en un battement de cœur.


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