Où va l’Église de France ?

par Gérard Leclerc

lundi 2 novembre 2015

Cette semaine, comme chaque année à l’automne, la Conférence des évêques de France se réunit à Lourdes pour examiner les dossiers d’intérêt général qui concernent la pastorale de notre pays. Je me joindrai à mes collègues journalistes dans la ville mariale, heureux de pouvoir reprendre contact avec nombre de nos pasteurs et de prendre en même temps le pouls de notre Église. Comment réagit-elle, dans une conjoncture très particulière, aux sollicitations dont elle est l’objet ? Comment appréhende-t-elle les suites des deux synodes sur la famille, alors que le sujet est particulièrement sensible chez nous, à la suite des modifications législatives qui ont affecté la structure même de l’institution et provoqué d’intenses mobilisations ? Comment est perçue cette autre question cruciale qui est celle de l’islam, dans ses dimensions nationales et internationales, et alors que l’afflux de vagues migratoires ébranle les opinions publiques et désarçonne souvent les dirigeants politiques ?

Il n’est pas possible non plus d’éluder la façon dont notre Église reçoit les orientations du pontificat du pape François. Quelles inflexions en résultent sur la vocation missionnaire des chrétiens sollicités de sortir de leur entre-soi pour aborder «  les périphéries  » ? D’aucuns discernent le retour d’un progressisme ecclésial qui s’était estompé dans les dernières décennies, mais que pourrait ranimer le clivage mis en évidence par les médias à propos d’une sortie du «  conservatisme  ». Sans doute ces catégories sont-elles approximatives, voire douteuses, quand elles ne sont pas carrément inadéquates. Mais elles renvoient à des débats sérieux. Il suffit de suivre, semaine après semaine, les interventions du Pape, pour se rendre compte qu’il n’est à proprement parler, ni progressiste, ni libéral. On pourrait même parler à son propos d’intransigeance, au sens où Émile Poulat avait défini le terme dans le contexte de l’histoire contemporaine. Toujours est-il que François provoque sans cesse à une ressaisie spirituelle et missionnaire, qui n’est pas sans conséquence pour notre Église de France.

Par ailleurs, cette Église de France, si fragile et si vivante en même temps, a vu se lever des forces nouvelles, notamment du côté de la jeunesse, dont le dynamisme n’est pas forcément pris en compte au sommet. Il serait extrêmement dommageable que se perpétue et se creuse une distance entre certaines structures de pilotage et – disons‑le carrément – ce qui s’est affirmé dans le cadre et autour de La Manif pour tous. Un événement qui a changé profondément les données du débat national, ce dont les meilleurs observateurs extérieurs, tel Gaël Brustier [1], se sont rendu compte. Il serait tout de même curieux qu’un tel constat ne soit pas sérieusement analysé et intégré par les instances de la Conférence épiscopale.


[1Le mai 68 conservateur. Que restera-t-il de La manif pour tous ?, Éditions du Cerf.

Messages

  • Comme d’habitude... comme d’habitude. Elle ne sortira rien de nouveau !
    C’est à nous pauvres ... de puiser nos forces dans le Seigneur, c’est tout !

    • Non, il ne faut pas se lamenter car cela ne fait avancer en rien.

      Plutôt retenir les deux dernières lignes de l’article de G. Leclerc, qui "sonnent" comme un appel encourageant à une prise urgente des responsabilités à tous les niveaux. Qu’il soit entendu, avec d’autres peut-être déjà exprimés ou en cours de se faire entendre.

      Et accompagner de nos prières toutes les démarches entreprises et à venir. Il est le Maître de l’impossible ...

    • Je rejoins la précédente intervenante : même quand il s’y dit des choses importantes et intéressantes, les évêques ont le chic pour faire de leur assemblée plénière un non-événement qui passe inaperçu...

      C’est comme une béatitude supplémentaire :" Heureux les inaudibles, ils seront écoutés..."

      Une sorte de "retraite plénière des évêques" suivi par un petit groupe d’auditeurs admis dans la confidentialité des débats...

      Sincèrement, je suis incapable de me souvenir des points forts des assemblées plénières...ne serait-ce que des deux dernières années...et pourtant j’essaie de suivre ! D’ailleurs, ne faites pas un sondage parmi les cathos pour savoir qui, selon les personnes interrogées, connaît le nom du président de la conférence épiscopale...

    • absolument d’accord !
      que l’église de France cesse de faire de la politique et qu’elle se concentre précisément sur cette ressaisie spirituelle et missionnaire.

    • Qu’entendez-vous exactement par « faire de la politique » ?

      Il me semble pourtant que l’Eglise de France respecte assez scrupuleusement la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

    • Exact ! Mais comme "un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire", il est urgent de souligner des aberrations appuyées : à l’autre qui s’avoue
      "incapable de se souvenir des points forts des assemblées plénières..." :

      - le plus risible, cette confidence qui débute par : "Sincèrement" ! ;

      - un pas de trop dans le subterfuge enfariné : comment être capable de quoi que ce soit qui se passe extra-muros quand on se scotche désespérément sur ce forum 24h/24h ? Pathétique !

      - "l’Eglise de France" : faut-il applaudir ou pleurer ou rire ? La voilà épinglée à son tour, après toutes les caricatures et insultes lancées contre les Eglises Proche et Moyen orientales,l’ Eglise orthodoxe russe mise à part. On est en droit de relever des manques ici et là et parfois il le faut. Mais de là à tomber dans la vulgarité, non !

      - Finesse "gros sel" habituelle de l’Eminence de service, cette fois : "Heureux les inaudibles, ils seront exaucés...", même les mouches n’ont pas envie de rire. La voilà prise une fois de plus la main dans le sac en train de se faire passer pour Jésus-Christ. Aujourd’hui, au menu : "Les Béatitudes" ou "Le discours sur la montagne"...Cela frise, non, cela ne frise rien du tout : cela est carrément de la profanation !

      ASSEZ PARODIER,CARICATURER, DEFIGURER ET DEVOYER LES

      SAINTS EVANGILES ! ASSEZ !

      Que la triste Eminence s’en souvienne et l’ajoute à ses "margaritas" :

      les "porcos" veillent au grain.

      N’est-ce pas SS Monsignore Adolpho Chefancullo ?

      Merci.

    • Geymayel,

      Je suis peut-être sotte mais je ne comprends rien à ce que vous écrivez ! Pourquoi ne pas dire simplement votre pensée plutôt que de la noyer dans un discours, qui à la finale n’apporte rien. Ce n’est pas une critique c’est une demande de clarification intellectuelle.

      Quant à être sur ce forum 24/24 h il me semble que vous y êtes souvent car comment savoir alors que d’autres internautes y sont en permanence ?

      Très bonne journée à vous et j’aurais plaisir à vous lire... mais je ne suis sur ce forum qu’une heure par semaine et encore... forum que j’apprécie.

    • Sauf exceptions, il y a c’est vrai une terrible insignifiance épiscopale qui découle certainement d’une formation théologique et philosophique défaillante ( années 70 !), d’un manque de courage évident en particulier sur les questions sociétales et d’une culture du consensus "mou" qui
      est à des années lumières du "n’ayez pas peur" de Jean Paul II.
      En contrepoint, il y a la qualité morale et intellectuelle d’une jeunesse catholique, certes minoritaire, qui est fort réjouissante et gage d’Espérance...Jeunesse qui - et je crains de décevoir Gerard Leclerc- me semble perplexe vis à vis du discours du Pape François............et qui désormais, après le lâchâge de la MPT par la conférence épiscopale, président en tête, sait qu’elle n’a pas beaucoup à attendre d’une partie de la hiérarchie......Alors, elle fera sans.............

    • cf. : 3 novembre 16:44

      Ce billet a attiré mon attention pour bien de raisons :

      - le "langage" clair et calme m’a fait mieux reconnaître les points, comment dire, importants relevés concernant, je cite : "...une formation théologique et philosophique défaillante (années 70 !)..." et la suite... Ce faisant, le lecteur que je suis s’est trouvé d’emblée intéressé par la démonstration de réalités lesquelles, ainsi exposées, amènent à un sérieux travail de réflexion. Me voici donc, non pas face à un jugement mais à un constat, et cette approche encourage à continuer la lecture de cette courte mais riche intervention. Pour résumer, simplement pointer des insuffisances tout en suggérant leur "réparation" sans imposer de recette-miracle, et cela sans parti-pris ni violence, voilà de quoi susciter l’intérêt. Et pourtant, on perçoit bien entre les lignes que l’urgence appelle à une révision en profondeur.

      - pour ce qui a trait à la jeunesse, il me semble me trouver à égale distance, je dirais, entre la vision de G. Leclerc et l’idée de l’auteur du message. Le "gage d’Espérance" est certain quand il est question de la jeunesse - malgré les contradictions et le tumulte autour d’elle. Pour ce qui est du lâchage de la MPT par l’Episcopat français, j’y vois aussi comme l’autre côté de la médaille : un encouragement à continuer de façon plus décidée et courageuse qu’auparavant puisque voilà qu’il ne faudra compter que sur Dieu seul et sur ses propres forces. A la limite, qui pourrait assurer que ce "lâchage" n’est pas finalement que du négatif, la présence visible agissante d’hommes d’Eglise pouvant être mal perçue par ceux que le seul mot "Eglise" rebuteraient. Livrés ainsi à eux-mêmes, le courage et la persévérance dans l’action des membres de la MTP s’en trouveraient, qui sait, redoublés. Toutefois, rien ne pourrait, peut-être empêcher, plus tard, un changement de positionnement de l’Episcopat dont la présence ne serait plus ressentie comme, disons, un "frein" à l’action de la MTP.

      Il reste, bien entendu, que mes lignes sont à prendre pour ce qu’elles sont, des impressions personnelles, sous-tendues par le fait que je n’ai nullement la prétention de détenir la vérité.

      Et, qui sait, il se pourrait que la lecture par des membres de l’Eglise en France de l’intervention précitée à la suite de l’article de G. Leclerc
      soit de nature à les faire réfléchir...

      Il n’y a pas, me semble-t-il, de hasard ni de sens unique dans l’action du l’Esprit.

      Merci.

    • @ Emeraude, cf. : 3 novembre 11:55

      Bonjour, Madame ! Merci d’avoir pris sur votre temps déjà très court sur ce forum pour m’adresser votre message ci-dessus. Comme demandé, je vais tenter de vous apporter une "clarification" sans vous garantir qu’elle sera de facture, comme vous dites, "intellectuelle". Le terme "simplicité" me convient mieux.
      - "...je ne comprends rien à ce que vous écrivez ! ....dire simplement votre pensée plutôt que de la noyer dans un discours, qui à la finale, n’apporte rien" ;
      - "Ce n’est pas une critique..." ;
      - "Quant à être 24/24 h sur ce forum...qui y sont en permanence" ;
      - "Je ne suis sur ce forum qu’une heure par semaine... et encore...".

      Si vous me le permettez, je m’en vais répondre à vos questions en commençant par la fin.

      N’avoir la possibilité d’être sur ce forum qu’une heure par semaine au
      maximum est, en effet, très limitatif. Cela pourrait expliquer que bien des choses vous échappent, car avec une seule petite heure/semaine comment pourrait-on, en effet, embrasser et comprendre le nombre de messages diffusés pendant sept jours, certains d’entre eux d’une longueur inégalable inclus.

      Vous n’avez rien à craindre, je n’ai pas du tout pris vos phrases pour une critique, comme vous l’écrivez. Pas du tout. Je les ai prises juste pour ce qu’elles sont.

      Pour ce qui est des 24/24h sur ce forum et ma présence qui, elle, s’y trouve "souvent", vous avez parfaitement raison. Je suis souvent, en effet, sur ce forum, mais les 24/24 h, ce n’est pas moi. Vous vous ferez une petite idée, peut-être, en relisant mon message du 2/11 09:06 où j’ai pris la peine de dresser, à l’appui de mes dires, le détail d’une journée heure par heure. Il m’en a fallu du temps pour en venir à bout. Ce n’est pas pour rien, voyez-vous, que j’ai pris cette peine : c’est que je préfère toujours apporter les preuves de ce que j’avance. C’est un principe. Parce que sinon, il vaudrait mieux se taire.

      J’espère sincèrement avoir répondu à vos questions et soyez tout à fait certaine que je reste à votre disposition pour tout autre interrogation supplémentaire.

      Bonne continuation.

    • Merci. Vous me rassurez. Je ne suis donc pas seul à avoir des problèmes de compréhension...

      Quant à camper 24/24 heures en douce France catholique, je ne connais pas meilleure localisation au monde, en dépit de bien des vicissitudes. Vivre ailleurs : impossible. Et quand on aime, on ne compte pas son temps.

    • Encore faudrait-il en savoir un peu plus. Qui est perplexe et combien sont perplexes ? Parmi ces "perplexes", quelle est la proportion de ceux qui ont attentivement lu les textes et divers propos du pape ?

      Et si perplexité il y a, il convient, dans la Foi, de demander quelques lumières au Saint-Esprit ; ceci en évitant d’entonner les mêmes “cantiques” que les conservateurs-libéraux américains qui se complaisent dans des complaintes discordantes.

      Pour ce qui concerne LMPT, il serait peut-être temps de passer à autre chose et dépasser cette nostalgie habituelle aux moments forts et inattendus.

      J’ai participé à deux marches parisiennes. La grande, celle qui était réputée (si l’on en croit des fonctionnaires myopes et des médias hostiles) n’avoir compté que trois cent mille manifestants et celle de "la Grande Armée" qui s’est conclue par les prouesses courageuses d’une police gazant quelques mamies et quelques mères de familles (*). Je ne le regrette pas, c’était nécessaire dans le contexte.

      Cependant, il faut être lucide, cette formidable levée (un peu inattendue) de citoyens de tous bords (ou presque) se mobilisant contre un déni de démocratie et des lois sociétales imbéciles ne pouvait être que sans lendemains trop nombreux, et raisonnablement pas être pérennisée dans un cadre permanent.

      Les querelles entre les organisateurs, quelques anathèmes échangés et diverses tentatives de récupération par de vieux rouliers de la politique ont d’ailleurs assez vite démontré la vanité de cette tentative de transformer un collectif dynamique en mouvement installé dans la durabilité et la sédentarisation.

      Que les épiscopes aient pris leurs distances avec LMPT montre plutôt une certaine sagesse de l’Eglise (qui en douterait ?...) évitant de s’allier avec des organisations guettées par le partisanisme (et le parisianisme).

      Ce qui n’empêche pas les chrétiens de rester vigilants et mobilisés ni d’agir lorsque c’est nécessaire (ainsi les Veilleurs). L’essentiel étant de laisser place à une créativité et à une ouverture dépassant les appartenances communautaires ou les réflexes habituels d’organisations à caractère politique.

      * Police de monsieur Valls qui fut nettement moins martiale et intraitable lorsqu’il fallut faire face, quelques temps après, place du Trocadéro, à quelques hooligans déchaînés ; mais il est vrai que ces casseurs n’étaient que des supporters de foutebaule et non ces dangereux ennemis de l’ordre public et socialiste osant défier madame Taubira en revêtant des T-shirts siglés La Manif pour Tous...

    • Chère Edith Gassion... "Allez, venez, milord, vous asseoir à ma table, il fait si froid dehors, ici c’est confortable...Laissez-vous faire, milord, et prenez bien vos aises, vos peines sur mon cœur et vos pieds sur une chaise...". Mais bien sûr, voyons ! Et puis, comme dit l’autre : "Quand il y a de la gêne il n’y a plus de plaisir".

      Ou encore, comme le montrait cette délicieuse publicité pour l’or noir, oui brut, ici raffiné : "Plaisir d’essence, plaisir TOTAL".

      Seulement voilà, il ne faut pas se tromper : une maison qui se respecte est une maison ouverte, accueillante. Où il y a nombre d’habitués fidèles dont on doit respecter la personne, la présence, le temps, le repos, et les idées. La maison qui se respecte on est tenu de la respecter, elle n’est pas une île déserte... Même si pour des raisons bien connues elle semblerait être en état de désertification. Raison de plus pour en prendre soin, l’aérer de temps à autre, lui cirer les pompes, laver les vitres pour y voir clair, agiter le plumeau et désinfecter les lieux...Oui, surtout ne pas confondre : prendre ses aises avec...lieux d’aisance. Et la liberté de tous, bordel !

      Oui, c’est vrai, comme dit l’autre :" quand on aime on ne compte pas", on ne compte pas les heures à servir, on ne lésine pas, on est aux petits soins, on se fait petit pour permettre à l’autre de s’épanouir, on donne au lieu de tout arracher, on ne tire pas toute la couverture à soi, au contraire, on s’en dispense parfois afin que l’autre n’attrape pas froid, et...et...

      Comme quoi la notion de l’amour varie d’une culture à une autre, d’une religion à une foi, d’un "je-moi" à d’autres "eux-nous"...

      Pour en terminer, la devinette du jour :

      - Quel est le comble pour une "maison close" ?

      -  ? ? ?

      - C’est de vouloir la fermer.

      Merci.

  • Les voix du Seigneur, sont impénétrables.

    • Peut-on entrer juste pour ramasser une coquille d’impression, lire : "les voiES du Seigneur...".

      Les autres" voiX" étant, parait-il, "inaudibles".

      Mais n’est pas "inaudible", hélas, la musica conçue et appliquée par il gran Maestro Benvenuto ALLACACOFONIA.

  • L’insuffisante capacité de communication de nos évêques est l’indice de forme qui révèle le fond : il est clair que, sous la présidence actuelle, la conférence épiscopale a "enterré" les Manifs pour tous et ne veut plus assumer aucun rôle moteur dans les grands débats de société.

    Je pense que ça participe d’un manque de confiance en soi et dans les catholiques : les évêques ont peur d’être entraînés là où ils ne veulent pas aller, dans une confrontation avec le pouvoir et un rejet des options libertaires de ce pouvoir,postures qui sont de plus en plus affirmées chez les catholiques de droite aujourd’hui prédominants. Ils craignent peut-être encore plus de créer des tensions dans leurs prebytériums qui sont nettement moins à droite que les fidèles et encore assez largement sociaux- ou chrétiens-démocrates de tendance : pour faire bref, sur la ligne de la Lettre aux catholiques de France de 1996 pourtant obsolète à mon avis.

    Je l’ai fait observer à propos du livre de Pierre Manent "Situation de la France" : nous n’avons pas de prélat politique, nous avons un épiscopat qui est assez largement une "non-référence" éthique pour l’engagement en politique. Nous sommes passés d’un "modèle" où les évêques voulaient tenir les laïcs "en laisse" au modèle du "laisser faire, laisser parler, ceci ne nous regarde pas...". Du cléricalisme politique à l’évanescence politique. Il faut que les catholiques se débrouillent sans leurs évêques pour l’action en politique en se référant quasi exclusivement à Rome pour fixer leurs références éthiques. La mobilisation observée au moment des Manifs pour tous a été sans suite.

    Inutile de redire que cette posture est complètement inadaptée aux enjeux de notre époque et contribue à accroître le fossé entre la hiérarchie et les fidèles. L’Eglise en France est largement en-dessous de sa mission dans le champ du politique (je dis bien : du politique, c’est-à-dire de la délibération éthique en politique ; pas de la politique qui n’est évidemment pas son affaire).

    Bref, il y a aurait tout un aggiornamento du politique à accomplir au sein de l’épiscopat. Mais ce dernier continue d’esquiver la priorité. Par exemple, il y a une absence totale de réflexion sur ce que doit être une communauté politique. Il est révélateur que l’épiscopat n’ait rien trouvé de mieux pour lui parler d’Europe que d’inviter à Lourdes Mme Sylvie Goulard qui, certes avec talent et persévérance, est une suffragette de l’Europe intégrée dont Pierre Manent a brillamment instruit la complète inopérance.

    Bref, il résulte de tout ça une impression "d’insignifiance épiscopale"...De Lourdes que peut-il sortir d’intéressant ?

    • La question je crois a déjà été posée à propos de Nazareth.
      Le laïc de base que je suis est de plus en plus fréquemment amené à découvrir dans la joie les nominations épiscopales, genre "encore un qui a l’air d’y croire vraiment !"
      Si malheureusement il subsiste un stock de pontifes modérément brûlants du zèle de Sa maison, le Seigneur peut les retourner comme Paul de Tarse, on n’est à l’abri nulle part.
      C’est là que notre prière et nos modestes offrandes de vie sont demandées pour être fortement valorisées.

    • Si déjà nos pasteurs font bien leur travail d’évangélisateurs, le principal est accompli ! On voit bien ici, sur ce site, sous la plume de certains commentateurs, comment une certaines confusion querelleuse - digne des guerres de religion - pourrait s’installer si l’épiscopat français abordait un peu trop clairement la question politique ou "du" politique (nuance un peu trop subtile pour les non spécialistes chrétiens ou non chrétiens - et en particulier les médias habitués des gros traits épais monochromes).

      Monsieur Pouzoulet, pour sa part délimite une zone d’intransigeance des plus étroites, aux arêtes acérées, et bien habile serait l’évêque qui arriverait à recueillir son plein assentiment et ne pas encourir ses foudres ulcérées (les évêques orthodoxes - disqualifiés par avance, et par principe - qui se sont aventurés sur un vague avis politique ont fait les frais de ses jugement définitifs).

    • cf. : 3 novembre 22:09

      Comment ne pas adhérer à un message empreint de sagesse et d’espérance, qui vous invite, par sa simplicité on dirait soutenue par la prière, à une réflexion en profondeur sur bien des points.

      L’évocation du "retournement" de Paul de Tarse rappelle que le Maître de l’impossible a le pouvoir de surgir à n’importe quel moment, ici dans un contexte de haine et de violence, donc de négatif intégral et de la désolation.

      De là, on est amené à se souvenir de la sollicitude de Jésus qui guérit les malades et chasse le Malin des esprits dont il s’est emparé.

      Merci pour cette courte intervention reçue comme une bouffée d’air pur. A 6 h du matin, voilà de quoi donner des ailes pour démarrer vers
      une nouvelle journée, cadeau du Seigneur.

    • De Lourdes que peut-il sortir ...?

      Il y a, à mon avis, deux manières de recevoir cette phrase :

      a) comme l’émission d’un doute dégoulinant de scepticisme. Donc, que du négatif : "abomination de la désolation" ;

      b) comme une simple question : alors, là, qu’on veuille bien me passer l’expression, quelle incongruité !... Laquelle loin de surprendre ne peut que faire pouffer !...

      Ce qui peut sortir de Lourdes ? Un MIRACLE, pardi !

      S’abstenir, si possible, de me jeter la pierre, mais réfléchir plutôt :
      une demi-page contenant six paragraphes formés de vingt-huit lignes
      pour arriver à un tel point d’interrogation...Non, je n’ai rien critiqué, rien dénoncé ! Ou n’a-t-on même plus le droit de "penser"... Et même si cela devait être le cas, je continuerai d’"être", par la grâce de Dieu, et n’en déplaise à Descartes. Qui n’aurait, peut-être, qu’à rebattre les cartes de sa philosophie. ("Foi et raison").

      Oui, bien sûr, je ne suis qu’un ignorant dont les messages et les vues sont "pauvres et ratatinés". Pas de problème. Car rien ne saurait atteindre quelqu’un qui ose encore croire...aux miracles.

      Mais, à Lourdes, aurait-on enregistré, au cours de décennies, des miracles survenus - comme par miracle - sans des paquets de prières en amont ?

      Merci.

    • Je précise mon propos pour être plus clair.

      Quand on lit, dans la Lettre aux catholiques de France, page 20 :"nous acceptons sans hésiter de nous situer, comme catholiques, dans le contexte culturel et institutionnel d’aujourd’hui, marqué notamment par l’émergence de l’individualisme et le principe de la laïcité", alors que cette lettre fait l’impasse complète sur la dérive de la laïcité vers la laïcisation de la société et la dérive de l’individualisme vers le libertarisme (relativisme éthique) le plus absolu et le plus intransigeant, déjà très perceptible au cours des années 90, je prétends que les évêques de France prennent une position qui a une incidence politique et qui aboutit à l’anesthésie des catholiques : pire, à un désarmement moral.

      Et bien non, justement : nous ne devons pas accepter de nous situer ainsi, car nous abdiquons sur l’essentiel. La doctrine Dagens est dépassée, obsolète. Ce qui est écrit ci-dessous était peut-être bon en 1960 ; c’était déjà dépassé en 1996 ; c’est dangereusement anachronique en 2015. La meilleure preuve en est que le principal auteur de la lettre, Mgr Dagens, n’a rien compris à la mobilisation des Manifs pour tous qu’il a interprétée comme une résurgence du catholicisme intransigeant...Comme si les gens qui ont défilé appartenaient tous à Civitas ! Erreur capitale...

      Cette lettre n’a jamais été, sinon démentie, car elle contient des éléments positifs, mais au moins actualisée et corrigée.

      Il a fallu attendre bien longtemps pour assister à un timide réveil, d’abord au moment des états généraux de la bioéthique et surtout lors de la contestation de la loi taubira sur le mariage pour tous. Mais ce réveil n’a pas connu les suites qu’on aurait pu espérer. La mobilisation qui est complètement retombée actuellement au niveau de la conférence des évêques de France. Et Gérard Leclerc a raison de l’affirmer en des termes évidemment moins tranchés que les miens.

      Ne pas réagir alors que la société politique connaît un "évidement" comme celui qu’analyse lucidement Pierre Manent, c’est de la part de l’épiscopat prendre une position politique par défaut, que je déplore comme inadaptée.

      L’Eglise catholique s’est trouvée souvent distinguée par sa passivité pour qu’on puisse rester indifférent cette fois-ci encore alors que les enjeux sont si cruciaux.

      La question n’est pas de savoir si nos évêques sont de bons pasteurs. Ils le sont assurément. Mais un évêque est plus qu’un "super-curé". Un évêque, ou plutôt le collège épiscopal, a un autre rôle à jouer dans la cité. La sphère civile et POLITIQUE n’est pas autonome par rapport à la sphère morale (cf J. Ratzinger, Note sur l’engagement des catholiques en politique, point 6) et c’est dans cette sphère morale que l’Eglise de France n’est pas assez présente alors que, comme l’affirme à juste titre Pierre Manent, elle devrait y être médiatrice.

      Je persiste et signe : les évêques ne sont pas à la hauteur des défis éthiques que nous pose la crise de la démocratie libérale.

      Sans doute, nos évêques nous diront : aux laïcs de prendre leurs responsabilités dans la cité...et ils les prennent, notamment parmi les nouvelles générations. Mais ça ne suffit pas. L’Eglise ne joue pas assez son rôle éducateur. La paroisse est trop petite et démunie pour assumer cette mission. Ce devrait être au niveau des diocèses qu’elle devrait se déployer. Nos diocèses devraient être autant de foyers de résistance morale...Je précise pour ne pas entretenir de malentendu : il ne s’agit pas de fortins (!) mais au contraire de foyers créatifs, ouverts sur la société, capables de proposer une autre vision de la vie que celle qu’impose l’idéologie libertaire, notamment aux jeunes. Bref, non pas des diocèses "bunkers" mais des diocèses "oasis" au coeur du désert libertaire. Or, il se passe très peu de choses dans nos diocèses.

      Sans doute nos évêques nous diront : nous manquons de bras et de têtes... Certes, les clercs ne peuvent pas tout faire, mais je suis frappé de constater à quel point le potentiel disponible chez les laïcs est peu mobilisé. Ceux-ci se prennent en main pour se former, sans attendre que les évêques agissent. Pourtant, on assiste à d’excellentes synergies qui réussissent. On peut donc faire plus et mieux. L’épiscopat est beaucoup trop passif par rapport à cette soif de réveil culturel qu’on perçoit parmi les chrétiens et aussi chez les autres. Beaucoup de jeunes sont "en recherche". Que de personnes ont dressé l’oreille en écoutant le pape ? Et le relais sur le terrain ?

      Quant aux forces intellectuelles comme la communauté dominicaine, à qui d’autre s’adresse-t-elle que les intellos bourgeois ? Je connais une grande ville de province où de jeunes dominos en séminaire sont passés faire un stage dans une cité très défavorisée...Trois petits tours et puis s’en sont allés...Ils n’ont pas eu le temps d’apprendre auprès d’un vieux prêtre de la mission Saint Pierre et Saint Paul qui évangélise les pauvres d’entre les pauvres que dans ces cités, la parole ne peut même plus être transmise parce que les gens ne comprennent plus les mots que les dominos emploient avec les bourgeois...

      J’espère qu’on aura mieux compris que mon propos n’a absolument pas pour objet de demander que les évêques prennent position dans la politique partisane...Je parle de l’éducation des consciences et la conscience politique est une conscience à former en priorité. Je parle de l’ensemencement de la culture. Voilà ce qui fait cruellement défaut.
      Que notre Eglise soit pauvre, soit. Mais qu’elle soit d’une passivité aussi décevante au sommet de sa hiérarchie, ça c’est le plus dur...surtout après la séquence réussie des Manifs pour tous où se sont admirablement impliqués des cardinaux Vingt-Trois, Barbarin et d’autres évêques qui n’ont pas hésité à mouiller la soutane ou le col romain : reconnaissance éternelle à ceux-là.

    • "Eternelle reconnaissance à...".

      En espérant qu’avec leur soutane mouillée ils arriveront aussi à éteindre le risque d’incendie cause directe d’un style par trop...pompier !

    • P.S. Morte de honte

      Mathilde, 5 ans, revient de l’école où elle a eu sa première leçon sur les bébés. Sa mère : "Comment cette leçon s’est-elle passée ?".

      Mathilde : J’étais morte de honte ! Paul dit qu’on peut acheter des bébés à l’orphelinat ; Marie explique qu’on peut acheter des bébés à l’hôpital ; Pierre dit qu’on peut aller acheter des bébés à l’étranger ; Jean dit qu’on peut demander à une dame de faire un bébé qu’on lui achètera.

      C’était "Le Mariage Pour Tous" !

      La maman reprend en riant : Mais pourquoi étais-tu "morte de honte" ?

      Mathilde (en éclatant en sanglots) : Parce que je n’ai pas osé leur dire que mon papa et ma maman sont tellement pauvres qu’ils ont dû me faire
      eux-mêmes...

      C’était la petite détente du vikènde.
      (même si bon nombre de lecteurs la connaissent déjà).

  • En juillet dernier, nous avons pu lire un bref message nous rappelant que ce forum n’est pas un champ de bataille où s’échangent des invectives réciproques. Nous avons eu la paix pendant environ trois semaines en septembre, mais c’est fini.

    Il ne me semble pas si difficile (mais peut-être, ô naïf de moi, est-ce très difficile) de chercher le vrai, l’instructif ou l’original dans ce qu’écrit l’AUTRE, plutôt que l’erreur, le ressassé ou l’idée fixe. Nous, lecteurs ordinaires de La France Catholique, sommes intéressés par les écrits des penseurs, pas intéressés par les écrits des censeurs.

    Qu’attend le modérateur pour faire ce qu’il a écrit, c’est-à-dire purger le forum de tous ces échanges vengeurs ?

    • cf. : 6 novembre 21:56

      Le message ci-dessus arrivant juste après le mien du 04/11 06.51
      sous le titre "Insignifiance épiscopale", j’en conclus qu’il est de nature
      à faire appel à ma compréhension.

      "Nous, lecteurs ordinaires de La France catholique, sommes intéressés par les écrits des penseurs, pas intéressés par les écrits des censeurs".
      Cette phrase, aussi légitime que percutante, n’est pas tombée sous les yeux d’un aveugle, en ce qui me concerne. Ceci étant, la moindre des choses serait que j’en tienne compte en la respectant. Puisque, sans m’arrêter bêtement à la formulation : agacée ou brusque par exemple, l’important est de veiller, en effet, au sens et à la qualité du contenu d’une intervention.

      Le seul rappel de l’existence de la modération est de nature à encore mieux souligner, d’après moi, l’urgence de la situation. Toutefois, je lis dans le retard d’une action d’une modération, au lieu d’un manque de responsabilité plutôt une pédagogie élémentaire : donner, peut-être, la possibilité aux intervenants de voir jusqu’où peut aller leur erreur et y remédier. Comme, par exemple : faire acte de patience avant que d’assumer sa fonction de "censeur".

      Sur ce, j’ajouterais que, dans les événements, il y a matière à puiser le positif, une autre manière d’en tirer une leçon. Ce qui, loin de me gêner, bien au contraire m’encourage à tenir compte de l’essentiel. Donc, entre autres, le respect dû aux "lecteurs ordinaires", comme
      indiqué.

      Merci.

    • P.S.

      Un peu comme contraint de poursuivre en P.S. mon billet ci-dessous, me voici tout étonné face à une récente "constatation" d’une chute du lectorat de France catholique, revue de qualité mais qui risque de se retrouver, si j’ai bien compris, comme au bord du dépôt de bilan.

      Oui, étonné, on aura bien lu, parce que, bien au contraire, sauf erreur et omission, voici éclos des messages signés de tout nouveaux lecteurs (jusqu’ici - pour reprendre le terme utilisé -) "ordinaires". Le seraient-ils encore, "ordinaires", vu qu’ils ont eu le courage d’intervenir, et voilà le nombre d’intervenants suppléant à d’autres intervenants comme disparus du champ de vision de ce forum.

      Pour la bonne forme, je me permets de citer, par ordre d’entrée :

      - d’abord "elizabeth" qui m’a gratifié personnellement d’un billet auquel, par la plus élémentaire des bienséances, il a été répondu ;

      - "Emeraude" au si joli prénom ou pseudo rappelant les pierres précieuses du même nom. Emeraude a écrit directement à : "Geymayel", et d’un style court, direct et sans fioriture, comme mettant en demeure de donner réponse à son billet. Ce style qu’on qualifierait assez vulgairement de "n’allant pas du dos de la cuillère", apprécié à sa juste valeur, a reçu la réponse courtoise attendue ;

      - et en tout dernier lieu, voilà "rémy" qui n’a pas hésité à dire franchement ce qu’il en était de ce forum...Mais trêve de répétitions, les lecteurs auront lu et approuvé.

      Avec ces seules trois nouvelles "entrées", il semblerait qu’il n’y aurait plus aucune raison valable ni légitime de se plaindre, puisque voilà, on dirait, comme la relève assurée de nombreux et intéressants, je n’ose dire : anciens contributeurs, dont le niveau culturel, spirituel et personnel me laisseront, malgré tout, un peu comme orphelin...

      Une consolation serait de penser que "tout le monde est utile et personne n’est indispensable". Mais tout de même... il subsiste, inconsciemment, comme un vide sidéral...

      C’était juste une parenthèse - en soulignant aussi - que ces trois nouveaux intervenants auraient comme le même fil conducteur : peut-être leurs tournures de phrase conséquente à une supposée jeunesse.

      Merci.

  • Ni les cadres laïques, ni la hierarchie catholique ne sont à l’origine de La Manif Pour Tous...au contraire tous ces gens étaient prêts à entériner, en se fendant peut-être d’un communiqué de principe...je me souviens d’une interview de Michel BON expliquant qu’il y avait lieu...de rien faire !

    La CEF a pris le train en marche et encore... et tant mieux ! Avec les Evêques à sa tête La Manif Pour Tous aurait été un flop ! Heureusement ce mouvement est non partisan et non confessionnel !

    Après "la démonstration de force"..."l’Episcopat" fait maintenant "ami-ami" avec HOLLANDE-VALLS-CAZENEUVE...appelle presque "à faire barrage au Front National"... et à ne plus répondre au appels de LMPT qui serait devenu un affreux mouvement d’extreme-droite !

    Ce mouvement a démontré que les catholiques ne devaient pas attendre grand-chose de l’Episcopat en général, ce n’est pas lui qui les conduira...tout au plus les freinera-t-il !

    Sur les autres questions et en particulier l’islam et "l’accueil des migrants", suivre les consignes irresponsables des prélats seraient tout bonnement suicidaire !

    Par ailleurs, ces gens se sont pour la plupart entièrement donné aux Frères Musulmans...leur naïveté est infinie...
    Non content de ne pas entendre les avertissements de nos frères d’Orient, ils les étouffent ! "L’Humanitarisme mediatique" n’excuse rien.Si les chrétiens d’Irak sont mis en valeur, ceux de Syrie sont ostracisés ! Et la collaboration avec les islamistes en France est odieuse !

    Je respecte la Pape, les évêques et les prêtres pour ce qui ressort de leur domaine exclusif : les sacrements. Pour le reste...

    • La critique des évêques (et je ne vois pas pourquoi ils devraient bénéficier d’une immunité à partir du moment où ils ont un rôle dans la cité) ne doit pas conduire au déni du rôle de ces derniers dans la société comme vous paraissez le penser.

      Pierre Manent l’a bien perçu dans son livre.

      L’Eglise est la seule instance qui ait l’autorité pour en appeler à la conscience. Ce qu’on peut reprocher à nos évêques, c’est de ne pas en faire assez dans ce registre...et, je le redis, d’être inaudibles. La conscience de la nation est inaudible.

      L’assemblée de Lourdes vient de se terminer... Vous avez ne serait-ce qu’une vague idée de ce qui s’y est dit ? Vous allez lu quelque chose sur le net ?

      Courage, allons voir sur le site de la CEF...c’est totalement insipide et sans saveur. On vous renvoie au discours de clôture de Mgr Pontier, pas mauvais d’ailleurs...Mais c’est une homélie : bonheur, miséricorde...On parle des migrants car c’est l’éternel sujet qui fâche le moins entre confrères...

      Mais comment communiquer là-dessus ? Rien, pas une brève, pas un résumé, par une idée force attirant l’attention...

      On sort d’un synode important, on aimerait savoir ce que nos évêques ont à en dire : alors, ils vont faire bouger la pastorale du mariage ? Mgr Pontier en parle un peu, mais dans une telle langue de buis...Aïe, il va falloir faire avec les presbytériums...

      Le suivi des travaux du collège épiscopal, c’est de l’ascèse pure. Hors du temps politique. D’accord, nous ne sommes pas du monde, mais nous sommes tout de même de ce monde aussi...

      Gérard Leclerc a trouvé tellement de choses intéressantes à dire sur l’AG des évêques qu’il a préféré parler (voir article de ce jour) de la commémoration du départ de Sainte Bernadette pour Nevers...Bref, à Lourdes, la Vierge apparaît et les évêques...disparaissent...

      Osons le dire tout net : plus aucun organisme ne peut se permettre aujourd’hui de communiquer d’une façon aussi ringarde.

      Le pire, ce n’est pas que les non-cathos ont depuis longtemps cessé de se référer aux évêques, mais que les cathos finissent aussi par s’en passer. Qui d’entre eux s’intéresse à ce qui s’est dit à Lourdes ?

      En fait, entre le catho de base et le pape, il n’y a plus grand chose pour nourrir la réflexion sur le politique. Il faudrait que ça change. On parle beaucoup de développer le rôle des conférences épiscopales. Je veux bien, mais on ne peut pas développer le rôle d’un ensemble vide...

    • Bonsoir,

      Merci beaucoup pour vos trois interventions sur cette même page.

      1. Prenant appui sur des observations et des analyses qui ne sont pas que les miennes, je crois pouvoir dire que si nous en sommes arrivés là, c’est parce que nous sommes avant tout en présence de suivistes, consensualistes fraternitaires, et non avant tout en présence de prophètes réprouvant l’apostasie et l’idolâtrie ; de suivistes qui ne sont en accord

      - ni avec la très grande majorité des catholiques pratiquants, bien plus réalistes et pragmatiques qu’eux,

      - ni entre eux, entre évêques, au sein même de la CEF.

      2. Bon nombre de ces suivistes sont des vaincus : comprenez donc la chose suivante : nous avons connu et subi, successivement, des clercs communisants, puis des clercs socialisants, puis des clercs sociétalisants, or le communisme est mort, le socialisme est mort, et le sociétalisme (solférinien) ne se sent pas très bien, c’est vous dire dans quelle mesure bon nombre de nos évêques, "vivre-ensemblistes", SONT DES VAINCUS ET LE SAVENT.

      3. Ces suivistes sont aussi des censeurs : ils ne veulent pas entendre parler d’un espace d’expression intra-ecclésial qui serait propice

      - à une critique interne de l’avant-Concile "à la française" et de l’après-Concile "à la française", néanmoins indispensable,

      - à une critique interne du dialogue oecuménique et du dialogue interreligieux, tout aussi indispensable,

      alors que seules de telles critiques internes permettraient aux jeunes générations de comprendre davantage pourquoi nous en sommes là, et de comprendre plus pleinement comment nous pourrions nous sortir de là, avec ou sans l’appui des évêques.

      4. Ces suivistes, enfin, sont des irénistes lénifiants, pour des raisons à la fois intellectuelles et relationnelles, ou programmatiques et psychologiques ; pour la majorité d’entre eux,

      - le catholique qui réussit à voir les chrétiens non catholiques, les croyants non chrétiens, les non croyants, comme il voudrait qu’ils soient, ou meilleurs qu’ils ne sont, a un regard rempli d’amour,

      - le catholique qui essaie de voir les chrétiens non catholiques, les croyants non chrétiens, les non croyants, comme ils sont vraiment (compte tenu de leurs propres idées, de leurs propres actions, et non en fonction des intentions que les évêques leur prêtent), commet un manquement à la charité chrétienne.

      5. Le plus grave est ailleurs : dans leur très grande majorité, les évêques français NE VEULENT PAS avoir un positionnement axiologique durablement et profondément contra-positionnel, par rapport à la conception dominante des valeurs et à la relation dominante aux valeurs qui règnent et sévissent dans notre démocratie hédoniste libertaire post-moderne.

      6. Je trouve cela extrêmement grave,

      - ou bien parce que cela laisse entendre que les évêques concernés considèrent que la démocratie actuelle est la plus proche possible de ce que préconise la doctrine sociale de l’Eglise, ce qui est contestable,

      - ou bien parce que cela laisse entendre que les évêques concernés sont défaitistes ou fatalistes, face aux manifestations contemporaines de l’esprit du monde (euro-atlantisme, homo-sexualisme, etc.)

      - ou bien parce que cela laisse entendre que les évêques concernés se conçoivent eux-mêmes comme des "légitimistes", partenaires du pouvoir, des gestionnaires au service du consensus, et non comme des missionnaires au service de la vérité, même quand celle-ci n’est pas consensuelle.

      7. Je crois aussi en une explication, et en une origine, plus fondamentales :

      - d’une part, les évêques français donnent l’impression de ne pas parvenir à finir d’expier le positionnement qui a été celui de certains d’entre eux, entre 1940 et 1944,

      - d’autre part, les évêques français donnent l’impression de ne pas réussir à commencer à s’affranchir du positionnement "gaudium-et-spiste" qui a longtemps été le leur, et qui les a empêchés de recevoir pleinement le Magistère de Jean-Paul II, surtout entre 1993 et 2004.

      8. J’ajoute un dernier point à la décharge des évêques français : compte tenu du Pape qu’ils ont, depuis mars 2013, et de la diminution du nombre de futurs prêtres et de prêtres diocésains, les évêques français n’ont vraiment pas la vie facile (et ils n’ont encore rien vu !)

      9. Nous reprochons souvent à nos évêques de s’en remettre, ou de se soumettre, à la "mi-sé-ri-cor-de" et au modérantisme (sauf, bien sûr, en direction des catholiques conservateurs, traditionnels, ou "intégristes" !), mais ce n’est pas de leur faute, depuis bientôt trois ans, si "l’exemple" vient "parfois" d’en haut.

      10. C’est pourquoi, malgré tout ce que j’ai déjà écrit, je n’en veux pas à "nos" évêques : ils ont besoin de nos encouragements, toujours, de nos félicitations, souvent, de notre exaspération, parfois, même s’ils sont plus déconcertants, décourageants, désappointants ou désespérants que sanctifiants ou satisfaisants.

      Nos évêques ont par-dessus tout besoin de nos prières, aussi prions pour demander leur conversion au réalisme catholique, lequel se situe, il est vrai, aux antipodes des orientations fondamentales qui semblent vraiment, de temps à autre, être les leurs.

      Bonne soirée.

      A Z

    • Bonsoir,

      1. Il est vrai que nous sommes en droit de nous demander jusqu’où iront certains évêques français, compte tenu de la persistance de leur relation "soviétoïde" à la réalité.

      2. De même qu’il ne leur est pas venu à l’esprit, hier, de dire : "oui à Jésus-Christ, donc non à l’atlantisme et au communisme soviétique", de même, il ne leur vient pas à l’esprit de dire, aujourd’hui : "oui à Jésus-Christ, donc non à l’atlantisme et à l’intégrisme islamique".

      3. Vous ne pouvez pas tirer grand-chose d’interlocuteurs qui sont persuadés que quand on dit ce qui est, sur une religion, un régime, ou un système, on ferait mieux de se taire, parce que, selon eux, dans les faits, on est alors en train de dire du mal, de ceux, ou sur ceux, qui adhèrent, effectivement ou officiellement, à cette religion, à ce régime, ou à ce système...

      4. Et c’est cet état d’esprit, ce mode de raisonnement, qui donne un petit côté : "ne combattons pas, mais dialoguons", ou "ni pour, ni contre, bien au contraire", à bien des prises de positions épiscopales.

      5. L’autre raison pour laquelle je me demande jusqu’où iront certains évêques est celle-ci : bientôt trois quarts de siècle après 1945, puisque, faut-il le rappeler, c’est juste après la fin de la seconde guerre mondiale, et non juste après le Concile Vatican II, que certaines choses ont commencé à se détériorer, nous ne sommes plus en mesure de croire, ni d’espérer, qu’une seule génération d’évêques est porteuse de cette relation soviétoïde à la réalité, aux réalités, intra-ecclésiales ou intra-mondaines.

      6. Il y a eu, c’est vrai, la génération Vatican II, et ce que l’on a appelé, à juste titre, le "soixantisme", puis la génération anti-Paul VI, ou, si l’on préfère, la génération très opposée à Humanae vitae,

      - mais il y a eu, en amont, la génération anti-Pie XII, et ce que l’on pourrait aussi bien appeler le "cinquantisme", marqué par le service minimum des évêques français, face au néo-modernisme et au néo-progressisme,

      - et il y a eu, en aval, la génération Jean-Paul II, tout au long de laquelle quelques arbres, dont Mgr Lustiger, ont caché presque tout le reste de la forêt épiscopale.

      7. En un sens, le plus facile, avec toutes ces générations successives, n’est pas de comprendre ce qu’ils veulent en priorité, mais est de comprendre ce qu’ils ne veulent absolument pas, ce dont ils ne veulent absolument pas entendre parler.

      8. C’est un peu comme si un parti, le Parti iréniste, avait pris la tête de "l’Eglise qui est en France", et était farouchement décidé, totalement résolu, à y rester, coûte que coûte, à tout prix, y compris au prix de l’annonce de Jésus-Christ, en tant que seul Médiateur et seul Rédempteur, notamment en direction des croyants non chrétiens et des non croyants.

      Bonne soirée.

      A Z

    • Je vous rejoins sur le mot de la fin : on ne sait pas ce que veulent les évêques mais on a bien compris ce dont ils ne veulent pas entendre parler.

      Il en résulte un climat de "mise à l’index" qui fait que l’Eglise en France est encore un lieu où l’on prie mais plus du tout, ou très peu, un lieu où l’on pense encore...

      C’est bien simple : je ne mets plus les pieds dans ces réunions de palabres sans suites, où l’on s’empresse d’étouffer à l’édredon tout commencement de réflexion qui dépasse les limites voulues par l’appareil clérical tenu par des permanents laïcs chargés de faire respecter les consignes, toujours les mêmes, et dont nos diocèses, de synode en synode tout aussi verbeux et inutiles, se sont fait une spécialité...

      Pour des raisons évidemment très différentes, le catholique français sous Hollande est un peu dans la situation du chrétien soviétique sous Brejnev, ne pouvant compter ni sur la société qui l’entoure ni non plus sur une Eglise qui soit vraiment libre de la raison autant que de la foi : il doit se prendre en main pour réfléchir "dans les interstices"...

  • Dans l’article de Gerard Leclerc, je ne vois ni le mot amour, ni celui de charité, ni aucun autre mot tiré du commandement suprême de Jésus. N’est-il pas là le problème de l’Église ?

    « Uides Trinitatem si charitatem uides » écrivit Augustin d’Hippone.

    • Un article, serait-ce l’édito, serait-il à lui seul représentatif de l’Eglise ?

      Dans ce contexte spécifique, les évêques de France toutes tendances confondues, représenteraient-ils à eux seuls l’Eglise ?

      Un seul intervenant sur un forum, ou deux en discussion entre eux, ou cinq intervenants soumettant chacun ses idées etc... seraient-ils seuls forcément représentatifs de l’Eglise ?

      "Le mois de novembre est le mois des morts. C’est aussi le mois des
      assemblées épiscopales en France et aux USA...". Ces mots, perle rare, trouvés et ici rapportés intentionnellement, comme ambassadeurs d’une certaine tendance ici et là à ne faire ressortir que du "négatif", seraient-ils représentatifs de l’Eglise ? En s’ingéniant ainsi à stigmatiser l’image d’une Eglise figée, donc "irréformable", ces mots seraient-il représentatifs de l’Eglise agissante ? (Et plus : confinant cette "Eglise" à des "assemblées épiscopales en France et aux USA, comme si d’autres pays et régions et continents n’existaient pas).

      "Pointer les imperfections tout en suggérant leur "réparation" sans improviser de recette-miracle, et cela sans parti-pris ni violence"...et

      "Il convient, dans la Foi, de demander quelques lumières au Saint-Esprit" (lu sur ce même forum)

      ne serait-ce pas là comme une invitation à chercher ce qui pourrait, peut-être, aider à une révision en profondeur de ce qui devrait l’être ?

      et plutôt que de ne faire que dans les lamentations, les vociférations et les stigmatisations, tendance à confondre agitation et action et critique pour critiquer et remue-consciences ?

      Voilà qu’est proposé depuis hier dans cet espace un article de The Catholic Thing lequel sans être forcément à prendre au pied de la lettre, s’inscrit aux antipodes de la "réflexion unique" pour rejoindre plus de hauteur, il s’agit, en toute simplicité de "Une vue historique".

      Après tout comme disait et écrivait Lacordaire, "il y a plus de lumière dans deux têtes que dans une seule".N’est-ce pas...

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.