Traduit par Bernadette Cosyn

Où sont passés tous les démons ?

Par Michael Pakaluk

vendredi 16 novembre 2018

L’évangile de Marc jouit d’une priorité parmi les premiers témoignages sur le Christ. La plupart des érudits soutiennent que ce pourrait être le premier à avoir été mis par écrit. Par tradition, c’était « l’évangile de Pierre » : Marc l’a écrit, pourtant c’était le récit de Pierre « comme raconté à » Marc. Et Pierre était « le Rocher », le premier des apôtres, le premier pape.

Il est courant de nos jours (même si cela l’a été davantage par le passé) que des non-chrétiens concèdent que Jésus était au moins « un grand enseignant moral ». Cette vision a été fort bien dynamitée par C.S. Lewis et Peter Kreeft : Jésus enseignait qu’Il était le Fils de Dieu qui pouvait pardonner les péchés, et que notre salut dépendait de Lui. Mais ces revendications sont délirantes si elles ne sont pas vraies. Par suite, ou Jésus est Dieu, ou c’est un homme mauvais. Il n’y a pas d’autre alternative. Et dans aucune des alternatives il ne peut être simplement « un grand enseignant moral ». les Père de l’Eglise ont plaidé le même : aut Deus aut homo malus.

Donc l’opinion selon laquelle Jésus est « un grand enseignant moral » n’est pas solide. S’il est grand, vous devriez croire son enseignement et accepter qu’il soit également Dieu ; si son enseignement est faux, il ne peut pas être grand. Malheureusement cependant, un argument comme celui-ci ne montre pas le chemin de la vérité. Par lui-même, il est tout autant susceptible d’engager quelqu’un à rejeter Jésus qu’à l’accepter.

Mais ce qui ressort de l’Evangile de Marc est un « argument » plus fort et plus frappant, et peut-être davantage nécessaire à notre époque. Ce n’est pas que Jésus n’est pas simplement un enseignant moral – c’est plutôt que Jésus est présenté ici comme n’étant même pas un « enseignant moral » ! Pour le dire sans détour, il proclame quelque chose tout autant qu’il enseigne, et ce qu’il proclame est l’intrusion du « Royaume de Dieu » dans le territoire du démon.

Ce qui est en jeu dans l’Evangile, dans le récit de Marc, ce n’est pas tant les bons conseils sur la façon de vivre, mais plutôt le fait qu’est venue une autorité spirituelle capable de chasser et de réprimer le démon.

Une mise en garde : oui, quelques érudits déséquilibrés en ont fait tout un plat, aussi l’enseignement de l’Eglise au long des siècles procure la seule manière fiable d’interpréter les Ecritures. Pourtant il reste vrai que Marc offre une correction revigorante de certains de nos propres penchants, comme par exemple une certaine insouciance dans la façon de considérer le péché et les actes peccamineux.

Dans l’Evangile de Marc (1:23) le premier miracle de Jésus est un exorcisme : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es, le Saint de Dieu. » Dès le début, ce pouvoir sur les démons devient ce que les gens désignent comme « son enseignement » : « Qu’est cela ? » disent-ils, « Un nouvel enseignement ! Il commande avec autorité même aux esprits impurs et ces derniers lui obéissent. » (1:27)

Quand Jésus désigne douze de ses apôtres, Il les envoie enseigner, leur donnant « autorité pour chasser les démons » (3:15). Que Jésus ait ce pouvoir est Son trait principal aux yeux de ses ennemis : « il chasse les démons par le prince des démons » disent-ils, ne niant pas l’action.

Quand Jésus commence à enseigner (chapitre 4), il se contente de parler en paraboles de l’irruption du Royaume de Dieu. La toute première parabole mentionne Satan et ses efforts de résistance, arrachant la parole qui a été semée (4:15). Quand Jésus commence Ses œuvres de miséricorde, c’est Sa guérison du « démoniaque gérasénien » qui attire le plus l’attention, dans un chapitre qui inclut également la guérison de la femme souffrant d’hémorragies et la résurrection de la fille de Jaïre (chapitre 5). Quand Il envoie vraiment les Douze prêcher, leur message est « que les hommes doivent se repentir » associé avec le fait qu’ils « chassent beaucoup de démons » (chapitre 6).

La première implication de Jésus avec un païen, laquelle montre que l’Evangile est prêché aux nations, est l’exorcisme du démon qui afflige la fille de la Syrophénicienne (Chapitre 7). Sa célèbre réprimande à Pierre montre comment Il identifie l’opposition au Royaume : « passe derrière moi, Satan ! » (chapitre 8). La question de savoir si quelqu’un est avec Lui ou contre Lui dépend précisément de savoir si cette personne chasse les démons au nom de Jésus (9:38-41).

Ce n’est qu’au dixième chapitre que vous rencontrez « l’enseignement moral » proprement dit. De manière convaincante, pour notre époque, il concerne l’indissolubilité du mariage et l’accueil des enfants. Après cela, l’Evangile de Marc est consacré aux événements de la Semaine Sainte.

Mais nous devons regarder en face le contraste. Beaucoup d’entre nous récitent la prière à Saint Michel Archange après la messe. Le Saint-Père fait fréquemment allusion au diable, traitant clairement des démons comme d’une réalité. Et nous connaissons tous Screwtape (NDT : personnage du roman épistolaire de C.S. Lewis, ses avis décrivent la tactique utilisée par les démons pour détourner les hommes du salut).

Cependant, en général, la « culture » de la foi dans laquelle nous sommes immergés est, de façon inquiétante, différente de celle de Marc. Nous avons perdu la notion que le combat contre le démon est une part de la condition de disciple du Christ, et c’est précisément ici que l’Eglise a le pouvoir nécessaire.

Dans notre attitude complaisante, nous sommes en désaccord non seulement avec Marc mais avec la chrétienté historique : « par le péché de nos premiers parents, le démon a acquis une certaine domination sur l’homme (Catéchisme de l’Eglise Catholique 407). « Puisque le baptême signifie la libération du péché et de son instigateur le démon, un ou plusieurs exorcismes sont prononcés sur le candidat » (Catéchisme de l’Eglise Catholique 1237).

Alors où sont passés tous les démons ? Espérons qu’ils puissent être largement bannis du domaine de la « chrétienté ». Mais les remparts de cette civilisation ont subi des brèches – bien que la vie sacramentelle demeure effectivement une sauvegarde contre les démons. Les démons sont des êtres immatériels qui ne peuvent pas être détruits. On dit d’eux qu’ils « rôdent de par le monde » jusqu’à la fin de cette génération. Si nous admettons leur existence, il serait judicieux pour nous de supposer qu’ils ne sont pas loin de nous maintenant.

Michael Pakaluk, spécialiste d’Aristote et ordinaire de l’Académie Pontificale Saint Thomas d’Aquin, est professeur à l’école d’économie et de commerce Busch, de l’Université Catholique d’Amérique. Il vit à Hyattsville avec son épouse, également professeur dans le même établissement, et leurs huit enfants.

Illustration : « Exorcisme de démons à Arezzo » par le Giotto, vers 1298 [basilique Saint-François à Assise]. Cette fresque (dans l’église supérieure) fait partie de celles peintes par Giotto di Bondone et/ou son atelier.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/11/13/where-have-all-the-devils-gone/

Messages

  • Merci de votre commentaire.Une remarque qui ne vous a pas échappé :CHACUN DES 11 PREMIERS CHAPITRES DE MARC RAPPELLE l’ EXISTENCE DU DÉMON...cela éclaire sur la nature de nos combats spirituels
    Fidèlement
    GdG

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