Où nous conduit le relativisme ?

par Charles Becquérieux

mercredi 22 janvier 2020

L’attentat contre « Charlie Hebdo », quand la violence s’invite au pays du relativisme.
© Julian Kumar / Godong

La liberté d’expression recule à vue d’œil dans notre pays.

Combien d’émissions de Pivot ou Chancel, de sketches de Desproges ou des Inconnus, de livres même qui ne pourraient plus être diffusés aujourd’hui ? Le champ des discours considérés comme délictueux s’élargit sans cesse, tandis que les mille bouches de la parole publique mâchouillent la même doxa insipide. Si vous ne vous inclinez pas devant les totems de l’idéologie dominante, la police de la pensée intervient immédiatement : « dérapage », « propos controversés », « déclarations nauséabondes »… Comment une telle ambiance a-t-elle pu s’installer dans le pays de Rabelais et de Descartes ?

En première analyse, je dirai qu’il y a trois causes : le règne du relativisme, l’expansion du multiculturalisme, l’emprise des réseaux sociaux.
D’abord, le relativisme. J’entends par là la théorie selon laquelle les questions morales ne relèvent pas du vrai et du faux, c’est-à-dire du débat rationnel, mais de l’arbitraire subjectif – autrement dit, des goûts et des couleurs. Or, cette idée a une conséquence rarement étudiée, mais bien réelle : les grandes options ne sont plus traitées comme des choix discutables, objets possibles de controverses argumentées, mais comme des prolongements des personnes, comme des éléments constitutifs de leur identité – soustraits à tout jugement. Il s’ensuit que toute critique visant à montrer qu’une opinion est fausse ou qu’un choix est néfaste est dès lors traitée non pas comme un argument à considérer, mais comme une offense faite aux personnes elles-mêmes, comme un « manque de respect », voire comme un « discours de haine ».

Plus de dialogue

N’étant plus traitées comme des objets possibles de réflexion et de jugements sous la lumière de la Raison, les opinions et choix moraux sont d’un seul coup censés bénéficier du respect inconditionnel dont, normalement, ne devraient jouir que les personnes. Dans de telles conditions, en l’absence du tiers que constitue la Raison, il n’y a plus de dialogue véritable sur les questions morales fondamentales (mariage homosexuel, filiation, divorce, avortement, etc.), mais une juxtaposition de monologues. On ne parle pas pour s’approcher du vrai. On parle pour s’exprimer et communiquer (les deux fonctions du langage animal).

J’en viens au deuxième élément d’explication : le multiculturalisme. Il est bien évident que l’hétérogénéité croissante des sociétés mondialisées multiplie les conflits de valeurs. Il peut y avoir, à Paris, dans le même mois, une manifestation de défenseurs de la prostitution transsexuelle et une manifestation de partisans de la lapidation pour adultère. Les pouvoirs publics, face à cette fragmentation, ont naturellement tendance à penser que la seule solution pour éviter les heurts est d’instaurer un étroit contrôle de la parole. On pressent une évolution à l’indienne : la France se caractérise d’ores et déjà par un laxisme inouï à l’égard des crimes et délits et une répression tatillonne des pensées et des propos. De toutes les communautés revendicatrices, l’islam est évidemment la plus violente et celle dont on redoute le plus les réactions. Elle tend à hausser le niveau d’intolérance général, par mimétisme, et elle accrédite l’idée que les discours critiques, par les réactions qu’ils suscitent, engendrent des troubles à l’ordre public.

Tyrannie des réseaux sociaux

Enfin, le troisième élément, ce sont les réseaux sociaux. On en connaît les effets : irréflexion, panurgisme, hystérie. À quoi s’ajoute que, les responsables politiques, branchés en continu sur « Twitter », sont sommés en permanence de réagir aux injonctions des mille petites milices victimaires qui les sollicitent. Leur plus grande peur est en effet d’être accusés de « silence complice » face à toute pensée non conforme, aussitôt requalifiée en « discours de haine ».

Comment s’en sortir ? On ne décrète pas la fin du relativisme… Du moins pourrait-on contrebattre tout ce qui, dans la France actuelle, pousse à la réduction du champ de la discussion. De ce point de vue, le plus urgent serait sans doute d’abolir la loi Pleven et ses suites, de couper toutes les subventions aux associations communautaristes qui n’ont d’autre rôle que d’empêcher le débat public ; d’interdire aux responsables publics d’utiliser les réseaux sociaux – ils ont autre chose à faire ! – et enfin de donner au Parquet l’instruction de requérir contre les actes et non contre les paroles (hors appels au meurtre et autres calomnies, évidemment, qui ont toujours été condamnés). Sans parler, bien sûr, du coup d’arrêt qu’il faudrait mettre aux causes structurelles du multiculturalisme. 

Messages

  • C’est bien exact ce constat et l’analyse des causes est aussi exacte mais elle ne va pas jusqu’au bout : derrière les causes il y a des facteurs qui ont agi. C’est toute notre culture d’origine chrétienne (foi et raison ) qui a été jeté aux orties .
    Qui était le garant de la transmission ?
    L’ éducation nationale et l’enseignement diocésain. Les deux ont failli.
    En plagiant Zola , j’ose dire "j’accuse…. les évêques des années 68 à maintenant. "
    Ils n’ont plus considéré l’enseignement catholique dont ils avaient et ont toujours la charge comme, non seulement le meilleur moyen d’évangélisation mais également comme le plus sur moyen de transmission de notre culture laïque d’origine judéo chrétienne et gréco-latine. Car une famille sur deux, qu’elle soit croyante ou non a eu un enfant, au moins durant quelques années dans l’enseignement libre. c’est dire le rayonnement qu’aurait pu avoir ces établissements !!!
    Y-a-t-il un seul évêque de France a exiger aujourd’hui d’avoir "au rapport" deux fois par an, leurs subordonnés que sont les chefs d’établissement scolaire catholiques pour faire le bilan pastoral de ces établissements et convenir d’objectifs de progrès pour la période suivante ?

  • Colcombet, vous oubliez cependant un détail. Les établissements catholiques sous contrat, lorsqu’ils recrutent, ne peuvent plus exiger que le candidat soit chrétien, ni même qu’il mène une vie morale (autrefois le ministère de l’Instruction Publique exigeait la moralité de son personnel, ou tout au moins une apparence de moralité).
    Cela ne facilite pas la mise en place d’une pastorale.

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