Communautarisme

Où est le danger

par Gérard Leclerc

mercredi 5 février 2020

Communauté musulmane, Paris.
© Fred de Noyelle / GODONG

Philippe Bas, qui préside la commission des Lois au Sénat, entend mieux armer la République contre le danger de fragmentation communautariste. Ainsi a-t-il formulé une proposition de loi dont le premier article exprime au mieux l’intention : «  Nul individu ou nul groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour s’exonérer du respect de la règle commune.  »

Sans doute peut-on s’interroger sur la nécessité d’une telle affirmation. N’est-elle pas implicite dans la législation française, notamment dans la loi de 1905 qui réglemente les relations de l’État avec les cultes ? La France ne se réclame-t-elle pas du principe de laïcité, qui fait d’ailleurs son originalité, le mot et le concept n’étant guère traduisibles dans des pays qui sont pourtant proches de notre culture et de nos mœurs ? Il faut croire que toute une évolution sociale et d’autres circonstances ont ainsi poussé le législateur à préciser et parfaire son dispositif.

Le Sénat, qui est à majorité de droite, pourrait donner l’impression de brûler la politesse au président de la République qui, depuis longtemps, annonce un grand discours fondateur sur la nation, le communautarisme et la laïcité. Jacques Julliard, dans son dernier carnet du Figaro, exprime son scepticisme à ce sujet : «  Ou bien, en effet, il reprendra à son compte la doctrine républicaine et universaliste, et toute la gauche collabo va mener un tapage infernal en criant à l’islamophobie ; ou bien il reviendra à sa tendance profonde qui est celle d’un communautarisme contrarié par les circonstances, et toute la France républicaine montera au créneau. Dans les deux cas faute d’avoir agi assez vite et fermement, il ne peut qu’aggraver la situation.  »

Le mot qui fait mal
En parlant d’islamophobie, Jacques Julliard désigne le mot qui fait mal et que beaucoup hésitent à prononcer. S’il y a en effet, un problème communautariste en France, c’est à la présence de plus en plus importante de l’islam chez nous qu’il est dû. Et s’il n’a cessé de s’aggraver c’est en raison d’un extrémisme qui fait de plus en plus de dégâts.

L’ancien maire de Sarcelles, François Pupponi, vient de publier un essai très explicite sur le danger que fait courir à toute la banlieue la gangrène islamiste [1]. Et c’est ce danger qui met mal à l’aise nos politiques à la recherche du remède adéquat.

Un renforcement de la législation contre le communautarisme y suffira-t-il ? Un discours présidentiel viendra-t-il porter enfin la lumière au milieu de la confusion ? Ce qui est sûr, c’est que la menace est sérieuse et demande des réponses appropriées. La laïcité peut être un garde-fou, surtout si des précisions pratiques sont préconisées pour juguler le mal. Mais ce n’est pas la question religieuse en soi qui est porteuse du trouble. Ni le judaïsme, ni le christianisme ne sont en cause. C’est le caractère particulier d’un phénomène incompatible avec le cours de notre histoire, notre art de vivre et la paix sociale, qui fait toute la difficulté.


[1François Pupponi, Les émirats de la République, Éditions du Cerf, 280 p. 19 €.

Messages

  • A la base de bien des problèmes qui secouent actuellement notre société n’y aurait-il pas quelque part et avant tout une totale ignorance de la véritable signification des mots "laïcité", "liberté d’opinion", "liberté d’expression", "droit à", "droit de", etc...? (Prendre en compte le fait que la notion de "laïcité" n’existe pas dans l’Islam).

    D’autre part, tout et n’importe quoi peut-il être dit, écrit et proféré au nom de la laïcité et de la liberté d’expression ? N’y aurait-il vraiment pas de limites à l’"injure", la "grossièreté, la "diffamation", l’"offense", l’"outrage", l’"outrance", au "blasphème" (ce dernier relevant de la sphère religieuse) ? Il existe pourtant, sur un autre plan, la limitation de vitesse, l’interdiction de signes spécifiques ostentatoires et celle de crèches dans les lieux publics.

    Pourrait-on ajouter qu’une bien curieuse coïncidence s’est invitée entre début et fin janvier 2020, d’une part sur les ondes avec un "baladin" et d’autre part sur le web avec une internaute. Mais c’est une autre histoire...

    Enfin, et sans tomber dans le catastrophisme, prendre quand même en compte dans la conclusion de l’article ci-dessus que oui : "... ce qui est sûr c’est que la menace est sérieuse et demande des réponses appropriées".

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