Traduit par Bernadette Cosyn

Où est la Foi, où est la Raison ?

par Bevil Bramwell, OMI

dimanche 8 septembre 2019

Dans quelques jours, nous célébrerons l’anniversaire (le 14 septembre) de la sortie de l’encyclique « Fides et ratio » (Foi et raison) de Jean-Paul II. Cette encyclique est une explication concise mais exhaustive des relations étroites entre une foi authentique et une raison authentique. C’est un moment opportun pour regarder en arrière et voir comment cette contribution à l’Eglise faite par un saint moderne a été utilisée depuis sa parution.

A l’époque il semblait étrange (pour les non-croyants et même pour certains croyants) que l’Eglise Catholique Romaine soit dans le monde moderne l’institution enseignant la raison convenablement envisagée et s’en faisant l’avocat.

Ce n’étaient certainement pas les universités qui allaient le faire. Dans un sens, ce n’était pas surprenant parce que à de rares exceptions près – très rares – la plupart des universités actuelles sont déterminées à utiliser principalement des méthodes de raisonnement agnostiques et rationalistes dans tous les départements. Dans le pire des cas, elles n’ont plus confiance en l’aptitude de la raison à atteindre la vérité. Tout le grand complexe moderne de certification et de vérification par les pairs est englué dans ce schéma réducteur.

C’est également vrai de presque toutes les universités dites catholiques. Leurs départements universitaires – y compris en Ecriture Sainte et en théologie – se débattent toujours dans des formes de raisonnement agnostiques et rationalistes.

Ce que « Fides et ratio » a fait, et avec quel talent, c’est de rappeler aux gens, y compris aux catholiques, que le catholicisme connaît le véritable contexte des choses parce qu’un raisonnement correct est plus que « naturel ». Il implique en fin de compte la sagesse divine. Ce n’est pas affaire de chauvinisme ecclésial mais une affirmation que l’Eglise prétend non seulement aux usages les plus élémentaires et pratiques de l’intelligence mais est la gardienne des vérités qui nous sont données par révélation divine.

L’Eglise « apporte à l’humanité la lumière allumée par l’Evangile et met à sa disposition les ressources salvatrices qu’elle a elle-même reçues de son Fondateur, sous la conduite de l’Esprit-Saint ». Cette notion apparaît dans la constitution pastorale « Gaudium et spes » du concile Vatican II mais peu nombreux sont les enthousiastes du concile qui l’ont prise à cœur.

La question se pose alors : pourquoi des universitaires souhaiteraient-ils être dans une université catholique s’ils ne croient pas que le catholicisme à quelque chose de plus – et de nécessaire – à offrir dans le domaine universitaire. Cette approche sans perspective semble résulter de l’adoption d’une romance imaginée de la « diversité » ou d’un sens faussé de ce que constitue le travail professionnel.

« Fides et ratio » a montré aux gens ce que sont une foi correcte et une raison correcte. Et pourtant il n’y a guère eu d’effort pour s’assurer qu’elles soient mises en application dans l’Eglise Catholique. L’attitude était « oh, encore un texte de Jean-Paul II » ou « nous n’avons pas idée de ce que cela signifie » ou, plus souvent, « nous préférons le statu quo parce que le catholicisme n’est pas la vérité toute entière ».

Une adhésion falote au catholicisme apporte un certain confort à beaucoup de gens. Etre tiède est facile et politiquement correct. Ca ne fait pas de vagues avec les collègues dans les institutions non-catholiques. Aussi longtemps que tout le monde pense identiquement de travers, il n’y a pas de conflit.

« Fides et ratio » a également mis en évidence les insuffisances de nombre de nos évêques. Ils sont supposés veiller à ce que l’enseignement se poursuive et qu’il soit de la meilleure qualité possible. Mais eux-mêmes devraient premièrement comprendre ce que dit l’encyclique, et c’est déjà beaucoup demander. Exiger que les évêques soient titulaires de doctorats n’est pas la solution. Cela ne marcherait certainement pas en Allemagne. Les gens peuvent avoir des doctorats en pensée faussée.

Le vrai problème de l’épiscopat est que souvent les évêques ne reconnaissent pas le cadre complet de leurs obligations envers la vérité. Après l’inconsistance catéchétique ayant suivi Vatican II, l’Eglise, sous Jean-Paul II, a fait un rétablissement surprenant et développé un catéchisme solide (1992).

Malheureusement, cela ne s’est pas traduit par une réforme du travail de l’Eglise dans le domaine du savoir. Les évêques qui ont des universités catholiques dans leur diocèse devraient vraiment battre leur coulpe.

Même « Fides et ratio » n’a pu les tirer de leur torpeur. C’était toujours suivre le traint-train, laisser les universités indiscutées et affirmer – par omission – que la pensée catholique ne peut se mesurer aux glorieux fruits des Lumières.

Si le catholicisme n’est pas suffisamment vrai pour que vous le mettiez en pratique, alors, quel que soit votre poste, par pitié, démissionnez. Trouvez un autre travail, un qui n’implique pas la vérité.

Cependant, les évêques ne sont pas les seuls qui devraient être dans l’embarras. Le clergé diocésain et les religieux ont tous reçu cette même encyclique. Le grand problème est que raisonner de façon indigente, par exemple en ignorant les données de la foi, vous empêche d’agir comme une personne pleinement humaine.

Selon les mots de Jean-Paul II : en utilisant de concert foi et raison, « les hommes et les femmes ont à leur disposition un éventail de ressources pour générer une plus grande connaissance de la vérité si bien que leur vie peut être plus humaine ».

Ignorer « fides et ratio » a signifié que la plupart au sein de l’Eglise n’ont pas été poussés à développer pleinement leur humanité. La prédication ne s’efforce pas à présenter les meilleures combinaisons de foi et de raison. A la place, on continue de se préoccuper de pensées frustes ou de panacées simplistes tirées de la psychologie et de la sociologie.

Les congrégations n’ont pas été aidées à contribuer davantage à la mission d l’Eglise qui « fait de la communauté des croyants un partenaire dans la lutte partagée de l’humanité pour parvenir à la vérité » (Jean-Paul II). Avons-nous agi plus dans ce sens après que « Fides et ratio » soit entrée en scène ?

Il est temps de relire ce document percutant et d’adhérer à la puissance de la vérité qu’il proclame.

Bon anniversaire à « Fides et ratio » et que Dieu bénisse Saint Jean-Paul II !

Bevil Bramwell, Oblat de Marie Immaculée, est l’ancien doyen de premier cycle de l’université catholique à distance. Il a écrit plusieurs livres.

Illustration : Jean-Paul II écrivant

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/09/08/where-is-the-fides-and-the-ratio/

Messages

  • Le Père Bewil Bramwell revient ici sur "Fides et Ratio" qui, bien qu’adressée au clergé, est susceptible d’intéresser les laïcs. Pourrait-on, cependant, ajouter sans se tromper que les encycliques sont, certes, publiées mais restent, le plus souvent, ignorées et incomprises faute d’explications indispensables pour intéresser le grand public.

    Dans le discours de Benoit XVI d’octobre 2008 au Congrès Fides et ratio on peut lire : "La recherche scientifique a certainement une valeur positive. La découverte et le développement des sciences mathématiques, physiques, chimiques et les sciences appliquées sont le fruit de la raison et expriment l’intelligence avec laquelle l’homme réussit à pénétrer dans les profondeurs de la création. La foi, pour sa part, ne craint pas le progrès de la sciences et les développement auxquels ses conquêtes conduisent lorsque celles-ci sont finalisées à l’homme, à son bien-être, et au progrès de toute l’humanité". Et Benoit XVI rappelle la "lettre à Diognète" : "Ce n’est pas l’arbre de la science qui tue, mais la désobéissance. Il n’y a pas de vie sans science, ni science sans vie véritable", et de souligner que les scientifiques ne dirigent pas toujours leurs recherches vers ces objectifs quand l’arrogance de remplacer le Créateur est, parfois, déterminante. Soulignant le fait que des principes éthiques ne sont pas de la compétence de la science, la philosophie et la théologie deviennent, dans ce contexte, des supports indispensables invitant à une confrontation pour éviter que la science n’avance toute seule sur des routes très risquées.

    Ceci étant, Benoit XVI explique qu’il ne s’agit pas de limiter la recherche scientifique ou les outils de développement, mais plutôt de garder en éveil le sens des responsabilités que la raison et la foi possèdent toutes les deux envers la science afin que son but demeure le service à l’homme. Vue sous ces angles, Fides et Ratio est à la portée de tous. Il en est de même pour les autres lettres et encycliques.

    En ces jours où diverses innovations scientifiques s’invitent autoritairement dans nos sociétés, il est évident qu’au lieu d’être ignorée ou occultée la parole de l’Eglise devient, n’en déplaise à certains, nécessaire et, pour l’exprimer autrement, parfaitement indispensable.

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